lundi 15 juin 2009
La Guinée à la croisée des chemins : Observation de la situation actuelle

Dans sa nouvelle marche depuis décembre 2006, la Guinée est à nouveau à la croisée des chemins. Elle doit prendre une décision extrêmement importante dans sa vie : aller aux élections en 2009 et tenter d’instaurer un État de droit, ou bien le faire plus tard et risquer d’instaurer une dictature. C’est en observant attentivement les récents événements que l’on se rend compte de l’enjeu politique.

 

En fin avril 2009, suite à la rencontre avec nos partenaires européens, l’engagement du Cndd était ainsi formulé : « Le retour à l'ordre constitutionnel suite à la tenue d'élections législatives le 11 octobre 2009 et présidentielles les 13 et 27 décembre 2009 ; formalisation de l'engagement du Président et des membres du Cndd ainsi que du Premier ministre de ne pas se présenter aux élections ; mise en place effective du Conseil national de transition [Cnt] dans le courant du mois de mai 2009. »

 

En cette mi-juin, le Cnt n’est toujours pas en place. En fait, le mois de mai est une mise à jour ; la période initiale était mars. Pire, on nous ramène à la case de départ : il faut réfléchir sur la période de la transition et décider de nouvelles dates. Pourquoi ce revers de fortune ? Le Président, après avoir goûté au pouvoir veut-il s’y attacher maintenant, malgré ses proclamations contraires ? Serait-il sous la pression de son entourage, dans lequel on sait qu’il y a des gens qui ont peur – et à juste raison – de l’État de droit ? Serait-ce la combinaison de tout ceci et d’autres choses ?

 

Selon les chefs militaires, lors de leur réunion du 7 juin, les raisons sont autres. Pour certains d’entre eux, la population guinéenne n’est pas prête pour les élections, et les y contraindre pourrait aboutir à une guerre civile. Pour d’autres, les élections ne sont pas une priorité. L’un des participants à cette réunion l’avait dit sans ambages : « Si nous avons sacrifié notre vie, c’est pour aider ce peuple-là. C’est pas pour organiser seulement des élections, mais surtout aider les Guinéens à mieux vivre. L’élection simple, c’est pas un problème. On peut le faire même demain, si on le veut. »

 

C’est ce qui fut transmis au peuple par le Président, lors des rencontres qui suivirent. Et c’est surtout à partir d’ici qu’il faut faire le plus attention dans les observations. Le Président se dit toujours prêt à respecter le calendrier électoral de 2009 et insiste qu’il ne sera pas candidat. Le 10 juin, il dit ceci :

 

« [J’ai] signé devant la communauté internationale, j’ai signé devant le Groupe de Contact international : je ne serai pas le premier à renoncer. J’ai pris l’engagement : Et 2009, je ne suis pas candidat aux élections ; 2009, je ne suis pas candidat aux élections ! »

 

Pourquoi insiste-t-il sur 2009 ? Il a répété la même phrase en appuyant sur chaque syllabe ! C’est l’ambassadeur d’Allemagne qui dira haut ce qui se murmure. Au nom de la même communauté internationale dont parle le Président, il exprime ainsi son inquiétude et sollicite des éclaircissements : « Dans quelques interviews des derniers jours vous avez limité votre non candidature à l’année 2009. Mais s’il est nécessaire de reporter les élections, est-ce que ça veut dire que vous êtes peut-être candidat en 2010 ? »

 

La suite fut un vrai séisme. Au lieu de répondre à la question, pourtant simple et bien fondée, le Président se déchaîne contre le diplomate. Entre autres, il lui crie : « Vous ne parlez pas à n’importe qui ! Vous parlez à un président, s’il vous plaît. […] Ayez ce minimum de respect pour moi. Je suis président d’une république ; je ne suis pas votre égal. »

 

Théoriquement, donc, voici le problème. Le Président, lui, est prêt pour les élections en 2009. Mais il a donné son accord sans consulter ses collaborateurs ni son peuple, dont les Guinéens de l’étranger ! Maintenant, à tous de réfléchir pour décider d’un nouveau calendrier électoral. Pour ce faire, il va certainement falloir organiser plusieurs rencontres. Et, puisque nous sommes déjà en juin, l’année 2009 suffira à peine pour ces seules consultations. Quant aux élections, le plus tôt possible sera donc 2010. Or qu’a dit Dadis à propos de sa candidature ? Qu’en 2009, et 2009 seulement, il n’est pas candidat.

 

Guinéens et amis des Guinéens, comprenons cette situation et agissons en conséquence. Comprenons surtout que le temps mis à attendre jusqu’ici n’est pas fortuit. Bien que l’accord sur le calendrier électoral fut donné, aucune mesure pratique ne fut prise là-dessus. On a donc fait perdre le temps pour se plaindre d’être en retard. Lors de la même rencontre du 10 juin, le porte-parole des Forces vives l’a dit, de façon diplomatique, mais très claire : Ils avaient sollicité des rendez-vous avec le Président « pour discuter dans la sincérité, dans la franchise », mais ils n’ont pas été reçus :  

 

« Nous avons fait le voyage de Alpha Yaya plusieurs fois, mais indépendamment de votre volonté, les allées ne nous ont pas permis d’accéder à votre personne. […] C’est pourquoi aujourd’hui se pose un problème, qui n’en est pas un. Monsieur le Président, si hier vous nous aviez dit ce matin d’être à votre bureau, on aurait déjà trouvé la solution à ce problème-là. »

 

Mais il n’est pas trop tard. Ce qui reste de 2009 suffit amplement, comme l’ont dit les militaires mêmes (lors de la rencontre du 7 juin). Tout compte fait, si ses élections sont reportées, il faut maintenant comprendre que le Président Dadis sera candidat. Or dans ces conditions on connaît déjà les résultats.

 

Pourtant, malgré sa bonne foi et son patriotisme, le capitaine Dadis a déjà suffisamment démontré sa méthode de gouvernance, et le moins que l’on puisse en dire est qu’il s’agit d’une dictature, peut-être moins sanglante – Qui sait ? – mais plus rétrograde et surtout plus humiliante. Il faut insister là-dessus, nul ne saurait systématiquement mettre en cause sa bonne foi. Le gros du problème réside dans sa façon de concevoir les choses, par exemple l’étendue de son pouvoir. Lors des débats autour du terrain de Kaporo, par exemple, il a dit ceci : « En tant que Président de la République, j’ai toute l’opportunité, l’opportunité, le pouvoir de [me] servir de tous les biens de l’État. Qui peut dire un mot ? » « Personne ! » avait répondu en cœur l’assistance.

 

Sa façon cruelle d’humilier les gens (il faut que des pères de famille s’arrêtent en face du public pour subir au plus la punition) s’inscrit dans le même cadre. Nul croyant ne devrait se permettre d’infliger de tels traitements à ses prochains. Que n’a-t-on pas entendu à la rencontre du 8 juin ? Il est allé jusqu’à injurier directement une de ses victimes : Un petit directeur des Douanes ne pouvait pas « se flanquer » et formuler sa requête de cette manière. Cette situation a conduit à la démagogie et l’adulation dans le pays. À présent les gens se rivalisent dans la flatterie du chef.

 

Mais il y a un autre aspect, plus inquiétant, dans cette dictature. On ne peut, pas même au niveau strictement individuel, mener à bien ses affaires dans l’improvisation. Quand ce sont les affaires de toute une nation qui sont gérées à l’improviste, que dire ? On aura beau se justifier et rapporter les décrets impopulaires, on conviendra qu’il aurait été meilleur de bien réfléchir, consulter tout ce qu’il y a à consulter avant de prendre ces décrets, surtout qu’ils n’étaient pas urgents. Le porte-parole des Forces vives en a fait une bonne démonstration d’ailleurs, quand il demanda qu’on leur donne le temps de se concerner autour des questions qui leur avait été soumises : « Je crois que ce n’est pas ici que nous allons donner notre avis sur un problème aussi important », avait-il dit.

 

Guinée, te voici donc, à nouveau, à la croisée des chemins : à toi, et à toi seule, de décider de la voie à suivre. Si ta classe politique se fait avoir cette autre fois, tu en pâtiras pour longtemps, très longtemps.

 

 

Mahmoud Ben Said

 

 

www.guineeactu.com 

 

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Vos commentaires
barry msby, lundi 15 juin 2009
le probleme de la Guinee est en grande partie du aux chefs religieux, aux hauts cadres egoistes, aux militaires sans consciences et surtout d`un abscence total de vrais leader d`opposition. Ni Alpha, ni Sidya et non plus Dore n`a ose dire un mot a l`encontre de la posistion de Dadis . Notre futur president ne viendra pas de ces partis politiques.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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