|
La gestion de la liquidité monétaire relève de la compétence des autorités monétaires guinéennes (BCRG). Les cibles de maîtrise de l’inflation que la Banque Centrale de la République de Guinée et le Gouvernement ont établies constituent l’élément central de la politique monétaire. L’objectif est de maintenir l’inflation mesurée par l’indice des prix à la consommation dans une fourchette raisonnable tout en simulant l’activité économique. Notre politique monétaire consiste à faire en sorte que la monnaie remplisse adéquatement son rôle, ce qui est essentiel au bon fonctionnement de notre économie dans le respect du principe d’une économie de marché ouverte où la concurrence est libre ; c’est pourquoi la Banque Centrale de la République de Guinée s’emploie, depuis les réformes de 1993, par les mesures de politique monétaire qu’elle prend, à protéger la valeur de notre monnaie en gardant l’inflation à un niveau bas et stable. Le maintien d’un taux d’inflation bas et stable est nécessaire pour garder l’économie sur la meilleure trajectoire possible menant à une croissance soutenue et à la création d’emplois. L’accent mis par la Banque Centrale sur la maîtrise de l’inflation implique que l’écart de production, soit la différence entre la production potentielle et la production effective de l’économie, soit réduit au maximum. Sa politique monétaire vise à éviter les cycles de surchauffe inflationniste ou de contraction. Le maintien d’un taux d’inflation bas et stable permet aux gens de planifier leurs dépenses et leurs investissements avec une plus grande confiance. Cette confiance est particulièrement favorable aux investissements à long terme qui contribuent à une croissance économique soutenue et à la création d’emplois, ainsi qu’à l’augmentation de la productivité, gage de l’amélioration réelle de notre niveau de vie. Une inflation faible comporte beaucoup d’autres avantages directs. Elle permet, par exemple, de protéger le pouvoir d’achat des travailleurs et des autres Guinéens qui ont un revenu fixe. Toutefois, la réussite par la Banque Centrale de cette mission est de nos jours rendue difficile, d’une part, par la nature de son rapport avec le Gouvernement (taux d’endettement du trésor public très élevé) ; d’autre part, par les difficultés d’apprentissage de l’autonomie telle qu’elle ressort dans les textes de 1993 qui régissent son statut et son fonctionnement. Il s’ensuit une dépréciation considérable de la monnaie nationale et une inflation importante qui érodent le pouvoir d’achat du Guinéen et pénalise l’activité économique. Le 15 mars, nous avons assisté à deux situations : la crise de liquidité Bancaire et une appréciation du Franc Guinéen. L’arrivée de ces situations s’expliquent par le fait que depuis la fin de la grève déclenchée par l’inter centrale syndicale, le 10 Janvier 2007, nous avons assisté à une série de facteurs conjoncturels et une cause structurelle d’ordre historico-culturel. En ce qui concerne la première, c’est la conjugaison de l’accroissement relatif de la demande du franc guinéen comparativement à la demande de devises et de la baisse relative de l’offre du franc guinéen, ce qui concourt à l’augmentation de la valeur du franc guinéen à la course pour détenir la liquidité. La hausse de la demande de franc guinéen s’explique par : - la reprise des activités économiques après la grève et comme l’essentiel des transactions se font en espèces, il y a thésaurisation en dehors du système bancaire (effet grève) ; - par les anticipations des agents économiques pour une appréciation du franc guinéen en vertu des mesures contenues dans les protocoles d’accords de sortie de crise visant à soutenir la valeur de la monnaie guinéenne, de la confiance suscitée par la formation du nouveau gouvernement qui pourrait donner lieu à climat de confiance. Les programmes avec les bailleurs de fonds : Ces anticipations renforcées par l’appréciation effective du taux de change ont donc donné lieu à une demande de monnaie pour des spéculations et des transactions futures. La baisse de la demande de devises s’explique - essentiellement par l’effet de grève lié à l’accumulation d’un important stock de marchandises importées ; - par les anticipations de la baisse des prix des importations des denrées en raison notamment de l’effet d’annonce cité supra ; - par la mesure d’interdiction de réexportation qui explique une partie de la demande d’importation en Guinée. La baisse de l’offre de monnaie s’explique essentiellement par la diminution de certaines dépenses de l’Etat financées par les avances de la BCRG au trésor suite aux mesures prises par le Premier Ministre. On voit donc que les facteurs qui incitent à l’accroissement relatif de la demande de monnaie sont plus importants et comme l’essentiel des transactions se font en espèces et que les agents économiques ont, pour des raisons historico-culturelles, une propension plus forte à détenir leurs encaisses en espèces, il s’ensuit une thésaurisation en dehors du système bancaire. Cela a entraîné une course à la liquidité en espèces avec effet contagion. Par ailleurs, les divers retraits d’espèces importants par l’administration civile et militaire pendant la période de grève a également contribué à générer et à renforcer ce comportement de course à la liquidité chez les déposants craignant de perdre leurs espèces comme par le passé. C’est le lieu, ensuite, de souligner ici l’échec des diverses politiques économiques, et ce depuis la première République, à intégrer ce que l’on appelle communément le secteur informel dans le cadre du circuit officiel formalisé …I ll s’en est suivi un développement de la dichotomie de l’économie formelle et de l’économie informelle. Durant la première République, le secteur privé fut, avec la politique de planification et de centralisation, forcément réprimé. Cette politique à l’origine d’une culture de méfiance entre secteur privé et secteur public qui, sûrement, laisse des traces dans les esprits des opérateurs économiques, était accentuée par les diverses mesures visant à lutter contre l’inflation qui tendait à pénaliser les déposants bancaires. En effet, la lutte contre l’inflation donnait lieu à des réformes monétaires à l’occasion desquelles le gouvernement procédait par surprise et donnait toujours un court délai au public pour effectuer les opérations d’échange et fixait un plafond au montant à échanger manuellement pour obliger les détenteurs des sommes importantes à verser en comptes bancaires et même souvent il y avait le gel des gros avoirs en compte. A l’avènement de la deuxième République, on a autorisé l’activité du secteur privé, mais il n’y a pas eu de réelles politiques visant à intégrer le circuit et les flux financiers en dépit d’une refonte totale du système financier avec une politique de privatisation et de participation dans le capital des banques des partenaires étrangers. Enfin, la bonne gestion de la quantité de monnaie nécessaire au besoin de notre économie et la création de la zone ZMAO pendant les années à venir pourront aider à inverser la tendance actuelle. Elle aura, à coup sûr, des répercutions très importantes sur les activités économiques en Guinée. La mise en place de la nouvelle zone monétaire qui était prévue pour 2005, mettra à rude épreuve la compétitivité de notre économie dans le cadre d’un marché commun très vaste. L’adaptation à cette nouvelle réalité qui verra le franc guinéen disparaître de la circulation, sera nécessaire à la fois de la part du gouvernement dans ses rapports avec la BCRG, mais aussi avec les opérateurs économiques. Mamadou Saïdou Baldé Professeur d’économie monétaire Université Sonfonia
|