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Depuis 1958, la nation guinéenne a vécu beaucoup d’événements heureux et malheureux dans sa vie. De ces événements, deux ont particulièrement sensibilisé, voire passionné la communauté internationale. Ce sont l’agression du 22 novembre 1970 et le massacre du 28 septembre 2009.
S’agissant du novembre, il avait suffi la déclaration du président Ahmed Sékou Touré annonçant l’agression à 9 heures locales pour que se mobilise le conseil de Sécurité de l’ONU et envoie sur le champ d’une importante délégation composée des représentants de cinq pays et conduite par le Népalais l’ambassadeur Padma Bahadur Khadri. Arrivée à Conakry, cette délégation a aussitôt demandé et obtenu du gouvernement guinéen sa participation aux premiers interrogatoires des mercenaires capturés. C’était donc sur le terrain que l’ONU avait constaté la matérialité indéniable de la perfide agression.
Dans la nuit du 21 au 22 novembre 1970, il y’ avait en effet plus de 400 cadavres qui jonchaient les rues de Conakry. La résolution du conseil de Sécurité était catégorique quant à la condamnation de l’acte ignoble. Mais tenez vous bien, la France n’avait pas voté cette résolution et pour cause ?
La France était bel et bien membre des pays qui avaient conçu, organisé et exécuté l’agression. La preuve ? Une vingtaine de français pur sang avaient été arrêtés et incarcérés au camp Boiron pendant plus de 4 ans. Il a fallu le départ des gaullistes du pouvoir en France pour qu’avec le président Valery Giscard d’Estaing, les négociations aient lieu sous l’égide des Nations Unies en vue de la normalisation des rapports franco-Guinéens. Il convient de rappeler ici que ces négociations avaient eu pour aboutissement non seulement le regret de la France pour s’être mêlée aux différents complots contre la Guinée, mais fait capital, « la reconnaissance par elle de la souveraineté, de la dignité et de la spécificité guinéenne ». La publication de cette déclaration historique a eu lieu le 14 juillet 1975 à Paris, à Conakry et à New York. Le diplomate français André Lewin le sait très bien. Et les prisonniers français au nombre de 18 ont été libérés le même jour. C’est pourquoi, quand j’entends un certain Bernard Kouchner se disant ministre français des Affaires étrangères déclaré à un responsable guinéen qu’il ne, je ne sais quoi j’étais ulcéré ? Heureusement qu’il lui a été pertinemment rappelé que la Guinée souveraine n’est plus un hameau de la France depuis le 2 octobre 1958 .S’agissant du massacre du 28 septembre 2009 au stade du 28 septembre, il est triste de se rendre compte de l’inexpérience politique du CNDD et de la bavure inadmissible de certains soldats de l’armée guinéenne. Je me presse de présenter mes condoléances attristées aux familles éplorées des victimes. Cette bavure inqualifiable est attribuée à quelques éléments d’une armée glorieuse. Oui, l’armée guinéenne créée un mois seulement après la proclamation de la République de Guinée s’était vue assignée de la mission suivante « L’armée guinéenne n’est pas une armée de conquête et de domination, elle est l’armée de l’édification de la souveraineté de la Guinée liée à la nation et à son peuple par le pacte de libération auquel chaque militaire guinéen a souscrit… Nous voulons qu’elle s’inscrive dans notre mouvement d’émancipation et qu’elle demeure unie fraternellement au peuple de Guinée… » Cette mission a été dignement accomplie par elle dans la discipline contrairement à ce qui se dit aujourd’hui. Sur le plan intérieur, l’armée guinéenne avait honorablement marqué sa participation dans les secteurs d’activités de la nation : voyons le génie rural, le génie route, l’industrie que sais- je encore ?
C’est sur le plan extérieur que l’armée guinéenne avait bâtie sa célébrité dans la guerre de libération des peuples d’Afrique. De l’Afrique du sud qui croupissait sous le régime humiliant d’apartheid aux territoires soumis au colonialisme portugais le plus anachronique, le plus têtu, le soldat guinéen, anonyme, était au rendez vous des combats héroïques en Angola, au Zimbabwe, en Guinée Bissau et en bien d’autres lieux encore. Des noms émergeaient cependant de la mêlée pour se hisser au panthéon de l’histoire de la libération des peuples Il est ainsi difficile d’oublier Idrissa Condé dans les champs de bataille en Angola, tout comme Lansana conté en Guinée Bissau. C’est encore l’armée guinéenne qui aux cotés du peuple avait écrasé les mercenaires du 22 novembre 1970 et ceux du 1er septembre 2000. Qui ne se souvient pas de Tiana Diallo au camp Samory le 22 novembre 1970 En revenant sur le massacre du 28 septembre, il est plus qu’impérieux de sauver l’image de marque de l’armée nationale en procédant à une enquête systématique afin de démasquer et de punir les auteurs de cet acte ignoble. Je me permets d’encourager le président Dadis Camara à accélérer ce travail d’investigation. Quant à nous autres leaders des forces vives, nous avons un devoir sublime de respecter l’image glorieuse du peuple de Guinée acquise dans sa lutte de libération. Nous devons savoir que notre condition d’accession à l’indépendance n’a pas plu à la puissance colonisatrice. Le général de Gaulle pour qui j’ai beaucoup d’admiration pour s’être sacrifié au profit de sa nation, n’avait-il pas dit à Jacques Focart, un de ses fidèles serviteurs en 1969 que son plus grand regret est d’avoir quitté le pouvoir sans mettre Sékou Touré à genoux. Ce regret, beaucoup de Français le porte encore. Ils vont jusqu’à tenter d’étouffer l’économie nationale. Sinon pourquoi Bernard Kouchner bondit-il à Washington pour mobiliser les Américains contre la participation des Chinois à la relance des exploitations minières en Guinée ?
Pensez-vous que ce lynchage médiatique se fait uniquement pour les événements du 28 septembre dernier ? Eh bien il s’agit d’extrapoler une situation donnée pour des fins inavouées que nous connaissons parfaitement.
Alors, nous leaders des forces vives au regard de notre histoire, ne prenons pas Paris comme lieu de concertation pour une quelconque stratégie de lutte. Une fois de plus, je vous rappelle que grâce à un sens élevé de responsabilité du président français Valery Giscard d’Estaing, la Guinée s’était réconciliée avec la France. Au lendemain des funérailles d’Ahmed Sékou Touré, l’armée avait pris le pouvoir le 3 Avril 1984. Ce jour-là, j’ai été comme mes collègues arrêté et conduit au camp Alpha Yaya pour quelques heures. Fait curieux j’ai trouvé dans la cour du camp la voiture de commandement de son excellence M. l’ambassadeur de France, reconnaissable par le bleu - blanc- rouge. Cela voulait tout dire. Pourquoi la France est-elle si tenace dans sa haine contre la Guinée ? A examiner les choses de très près, la France profonde n’a pas de rancune contre la Guinée indépendante. C’est principalement le milieu gaulliste qui a fermement et durablement vomi Sékou Touré après les événements du 25 Août 1958.
Malgré toutes les avances que faisait Sékou Touré au gouvernement français, ce milieu était viscéralement hostile à lui. Force nous est de reconnaître que la haine n’appartient pas à une race, elle est d’essence humaine. C’est pourquoi je vous ai toujours rappelé qu’à l’occasion des funérailles du général de Gaulle le 12 novembre 1970, Sékou Touré avait envoyé à Paris une délégation gouvernementale pour présenter au peuple français les condoléances du peuple de Guinée. Le président français d’alors, Georges Pompidou n’a pas daigné serrer la main au ministre Lansana Béavogui, chef de la délégation guinéenne. Un autre ultra gaulliste est à Conakry en juillet 1999. Il s’agit du président Jacques Chirac. Il avait refusé de se faire loger à Bellevue, villa d’Ahmed Sékou Touré, pour se retrouver dans un hôtel de la place. En dépit de tout cela, je continue à croire qu’avec l’élimination des complexes de tous genres, Français et Guinéens finiront par se donner la main pour vivre ensemble. En attendant cela, nous Guinéens, cessons de piétiner nos acquis, de nous rabaisser pour prendre Paris comme lieu de concertation pour une quelconque lutte politique. Le complexe d’infériorité est une maladie incurable. Soyons vigilants !
El Hadj Momo Bangoura Secrétaire Général Adjoint du PDG-RDA
Source : L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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