mercredi 24 février 2010
La femme est l’avenir du développement

Si la femme est l’avenir de l’homme, comme le chante le poète, elle est alors également l’avenir du développement économique et social des pays du Tiers monde. C’est du moins ce qui ressort de la conférence-débat organisée le 20 février 2010, à la Bourse du Travail de Paris, par l’Association Femmes et Développement Solidaire (Fedesol) présidée par Mme Biya Diallo.

Pour une première, le thème proposé à une assistance mixte et particulièrement attentive était audacieux : « Paix, stabilité politique et développement : Rôle de la femme africaine ».

Malgré une après-midi de rigueur hivernale, Mme Biya Diallo réserve un accueil chaleureux à ses invités, expose la démarche de Fedesol et cède la parole à une pléiade de conférenciers.

D’entrée, Nabbie Soumah, juriste et anthropologue, campe le vaste débat sur la dimension politique, sur les atouts et handicaps de la lutte des femmes en général et guinéennes en particulier en faveur de leur promotion et de l’égalité des sexes.

S’agissant du cas de la Guinée, Nabbie Soumah rappelle la Révolte des femmes du 27 août 1977 contre la dictature du PDG ; ce rappel est suivi de l’évocation des viols du 28 septembre 2009 à Conakry, date charnière de l’histoire de la Guinée éternelle dont une valeur républicaine affichée est « Solidarité ».

Le deuxième conférencier, Bombi Baldé, un jeune spécialiste du droit public, aborde l’aspect juridique des luttes d’émancipation des femmes africaines. Premières levées, dernières à se coucher dans la vie quotidienne, elles sont le pivot, le cœur et l’âme de nos sociétés.

Pourtant, Bombi Baldé met en exergue l’absence de protection juridique réelle des femmes en dépit de la ratification de l’article 4 de l’Union Africaine (UA) par les différents Etats. Il dénonce l’exploitation et les diverses injustices qui frappent les femmes qui n’ont quelquefois pour seul moyen de défense que la grève sexuelle.

Selon Bombi, il existe un palmarès des régions africaines de maltraitance des femmes. Il note avec amertume que la Guinée s’illustre « bien » en tête des pays de l’Afrique de l’Ouest dans ce palmarès de la barbarie. Il estime toutefois que l’espoir d’égalité hommes-femmes est permis en raison de l’évolution des mentalités en Afrique australe, au Libéria, au Ghana, au Rwanda, au Gabon et au Maghreb, là où quelques progrès institutionnels ont été enregistrés.

L’auditoire est au comble du malaise lorsque la journaliste Anastasie Mutoka Dasashi relate les violences faites aux femmes dans les régions de conflits et singulièrement dans la Région des Grands Lacs, à l’est de la République Démocratique du Congo (RDC).

Le récit méticuleux et poignant des violences, exécutions et abominations commises en RDC a fait plus d’effet sur la conscience des auditeurs que tout ce que l’actualité médiatique internationale charrie en ces temps de bestialité révoltante.

L’exploitation des richesses minières, les viols massifs et en public des femmes apparaissent comme des armes de guerre, d’expansion politique, voire d’annexion territoriale. Ces objectifs de guerre ont été clairement poursuivis en RDC.

Comment 2000 soldats rwandais dont une grande majorité de séropositifs ont-ils pu violer impunément des milliers de femmes congolaises ? Pourquoi et au nom de quels principes des soldats onusiens ont-ils pu commettre des agressions sexuelles sur les femmes dont ils doivent assistance et protection ? La réponse à ces questions et à bien d’autres se trouve sur la table de la Cour Pénale Internationale (CPI) de la Haye.

Mme Sadio Kanté, pour sa part, militante panafricaniste et femme d’action, aborde le rôle de la femme africaine dans la Diaspora. Elle soutient que les multiples migrations hors du continent-mère sont d’abord une fuite désespérée de la misère généralisée et sélective des femmes, puis une recherche individuelle de mieux-être.

La prostitution est en embuscade au bout des chemins d’exil. Mais les « femmes-courage » que le sens des affaires transforme en cheffes d’entreprise capables de rapatrier des revenus importants pour la survie familiale en Afrique par l’entremise des sociétés de transfert de fonds sont d’une exemplarité rassurante.

Sadio Kanté soutient que la Diaspora anglophone est plus « dynamique » et peut-on y voir un défi ou une incitation : « Femmes de toutes les Diasporas, enrichissez-vous car vous pouvez le faire» !

Les Africaines dans la mondialisation sont évoquées par Mme Frikech Chaouih Souad qui apporte une contribution concrète à partir du cas marocain illustrant une volonté politique et une réponse particulière d’un Etat africain.

Il est intéressant de remarquer que depuis 10 ans une accélération des réformes sociales a été impulsée par le Roi Mohamed VI, au grand dam des intégrismes religieux et culturels.

Au nombre de ces transformations « culturellement sismiques », il y a la réforme du Code de la Famille, du Code de la Nationalité et du Code du Travail. Qui dit mieux dans le continent africain, même si le curseur de la vigilance nécessaire indique qu’on n’est pas en fin de parcours?

Le journaliste Alpha Sidoux Barry parachève le cycle d’interventions par un exposé magistral sur le thème « Genre et développement ».

Pour Sidoux BARRY, la modification des rapports hommes-femmes, qui est la clef du développement, est entravée tout à la fois par la différentiation sexiste du travail, les effets du néo-libéralisme économique, les méfaits des Programmes d’ajustement structurel (PAS) imposés par le Fonds monétaire international.

Le brio et l’éloquence aisée de l’économiste-journaliste rendent accommodant le regard pessimiste et réaliste d’Alpha Sidoux Barry quand il observe que les femmes ont su créer de nouvelles formes de solidarité en exerçant un travail invisible, hautement productif en termes de richesse et de valeur : le travail d’éducation familiale qui est loin d’être un simple confinement domestique.

L’indice du développement humain (IDH) devra tenir compte de ce nouveau paramètre dans l’évaluation qualitative du progrès de l’humanité entière.

Après ce « marathon polyphonique », bien balisé par le vigilant modérateur Sorel Kéïta, qui s’est acquitté de son rôle avec un brio remarquable, Mme Biya Diallo conclut la conférence-débat en suggérant de renouveler l’esprit de cette démarche initiale de Fedesol et des différentes interventions contributives.

Cette suggestion aboutira à une rencontre ultérieure où la Ligue guinéenne des droits de l’homme et d’autres associations citoyennes seront des partenaires utiles. Donc un nouveau challenge à relever par tous.


Sadou Diallo
pour www.guineeactu.com



Bombi Baldé, A.M. Dasashi, Nabbie Soumah, Biya Diallo, Sorel Kéïta, Sadio Kanté et Sidoux Barry

 

 

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Vos commentaires
koivogui, samedi 27 février 2010
A l’attention des guinéens, du gouvernement guinéen, des amis de la Guinée et de l’Afrique. AMEG Association des Mères et Enfants de Guinée. « Agissons ensemble pour un monde meilleur ». AMEG remercie vivement toutes les bonnes volontés, de près ou de loin, qui ont œuvré pour l`obtention de son Agrément. AMEG a été fondée pour l`amélioration de la condition de la Femme et de l`Enfant en Guinée afin que la Femme retrouve son statut de Mère, de Sœur, de Tante, de Compagne, de Cousine,..., ainsi une citoyenne à part entière. Et que l`Enfant ait la chance de grandir dans un monde plus tolérant, respectueux et soucieux de l`avenir des nouvelles et futures générations. AMEG invite les Guinéennes, les Guinéens et amis de la Guinée à travailler ensemble pour que le droit et le devoir des citoyens ne souffrent d`aucune forme de discrimination. Agissons ensemble pour que vivre en Guinée soit un confort pour les citoyens et tous les résidents de la guinée. La Guinée a eu son indépendance dans l’idée panafricaine. Aujourd’hui nous sommes convaincus que le développement de de l’Afrique en générale, de notre chère Guinée en particulier doit passer par l’éducation de tous, éducations civiques (AMEG souhaite que ce volet civique soit obligatoire dès l’école primaire) et professionnelles. Par l’appui d’une manière concrète pour favoriser la création d’emploi pour tous donc redynamisation de l’activité sociale économique et cela ne sera hélas possible qu’avec un maximum de volonté politique et un maximum de volonté du peuple, juste pur rappeler que nous devons tous mettre la main à la patte. Nous visons le brassage des peuples et des cultures communément appelé le « métissage », ce brassage nous permet d’aller à l’encontre de l’autre, l’accepter dans sa différence et sa beauté d’où la mise en valeur de nos belles régions une richesse aux bénéfices de tous via votre site internet :www.ameg-guinee.org. Nous demandons le concours du gouvernement, de la communauté internationale, aux amis de la Guinée, l’UNICEF, de l’UNESCO et d’autres organismes sur place dans notre pays pour nous aider à veiller sur les applications des conventions internationales liées aux protections des couches les plus vulnérables, les femmes, filles, petites filles, enfin les enfants, les malades et les handicapés physiques et mentaux qui errent dans les rues pour voler, mendier ou se prostituer au su et au vu de tous. Pourtant nous pouvons tous faire quelques choses. J’en appelle à la bonne volonté de tous, de nous venir en aide car le travail est énorme, le chantier est grand et avons dans l’urgence besoins de ressources humaines et financières pour mener à bien cette belle ambition par laquelle le passage est obligatoire au nom de la paix et de l’autosuffisance(lutte contre la pauvreté.). Rien n`est impossible, alors............................................. AMEG Association des Mères et Enfants de Guinée. « Agissons ensemble pour un monde meilleur ». Marthe Dèdè KOIVOGUI FONDATRICE ONG AMEG www.ameg-guinee.org BP1767 CONAKRY REP DE GUINEE
Marie José YOMBOUNO, vendredi 26 février 2010
Merci Monsieur Alpha Oumar BARRY, J’aimerais bien mettre un visage sur votre nom. En effet, la femme n’est pas l’avenir du développement mais le moteur du processus de développement si on l’inscrit dans une perspective participative. Autrement dit, que sa contribution se traduise par son accès au pouvoir décisionnel du projet la concernant et qu’elle ait également accès aux ressources et services disponibles. Puis, le développement est un processus qui englobe en plus de la croissance économique, toutes les possibilités sociales, politiques, culturelles offertes à l’individu qui lui permettent d’exploiter ses capacités et d’orienter son existence. Que le « seigneur » tout puissant bénisse la Guinée. Amen !
FIDEL, jeudi 25 février 2010
Merci Mr Traoré pour ce rappel, bon courage surtout. Fidel comme Castro
ALPHA OUMAR BARRY, jeudi 25 février 2010
Du machisme encore jusqu`au bout. 4 hommes pour 3 femmes dans une conférence axée sur la participation de la junte féminine au développement. Les hommes ont encore raté la chance de se taire en ravissant la vedette de la conférence aux femmes. J`aurai souhaité voir A.BARRY BAUD, SIA YOMBOUNO, AÏSSATOU BARRY, et bien d`autres à la tribune en place de nos burlesques frères du genre.La participation des femmes aux processus économico- social est acquit. Reste la lutte pour leur totale libération des connotations qui leur sont affublées, et des entraves tant machistes que religieuses qui sous-tendent notre conviction d`hégémonie. Incapables de nous libérer de nos chaînes ,tares et insuffisances nous trouvons en la femme, le souffre douleur car il faut bien que quelqu`un paye nos déboires.En leur accordant la totale LIBERTE d`expression, de mouvement, bref l`équivalent d`homme en accord avec la société nous en ferons des défenseurs , des alliés loyaux dans notre lutte pour la démocratie et le développement socio-économique de toute nation.LA FEMME N`EST PAS L`AVENIR DU DEVELOPPEMENT, ELLE EN EST LE MOTEUR.
Traore, jeudi 25 février 2010
Je suis sidere de lire la declaration de toute cette intelligentsia de notre pays, qui parle de la femme guineenne en occultant les hauts faits et actes poses par celle ci sous la premiere republique. Est ce par mepris ou par meconnaissance du role primordial joue par cette gent feminine de l epoque? Faut il rappeler pour raffraichir les memoires que la premiere ayant preside le conseil de securite des Nations Unis etait la Guineenne Jeanne martin Cisse, qui fut ensuite ambassadeur dans la meme institution. Que la premiere femme piote d helicoptere d afrique, madame Binta Diallo, fut une autre figure de proue dans l emancipation de la guineenne. Que des grandes dames comme Madame aribot Fatou, Tiguidanke Diakabi, Safiatou Mato, pour ne citer que celles ci, ont toutes ete promu a des postes de gouverneur de region. Que dire de l orchestre feminin les amazones qui furent nos ambassadrices messageres du message d amitie et de fraternite aux quatre coins du continent. Si Monsieur Bonmbi dans sa declaration affirme que"la guinee s illustre en tete des pays d afrique de l ouest dans le palmares de la barbarie Il doit savoir que ce phenomene est recent, car la guineenne a bien connu une periode d epanouissement dans le passe. Les femmes etaient representees dans toutes les structures sociales, des comites de base jusqu au BPN dans les ecoles partout. En plus elles excellaient dans les domaines comme la teinture ou elles etaient les meilleures juqu au moment ou les maliennes leur ont ravi cette place de choix. Quant a la revolte de 1977, qui est a inscrire a l actif des braves ffemmes qui ont eu le courage de denoncer les exactions des forces de l ordre, et bien enttendu celui du regime du PDG qui par la voix du President Sekou Toure a mis une croix sur la police, en prenant faits et causes pour ces grandes combattantes. Ainsi,cette marche qui aurait pu etre reprimee dans le sang a fini par trouver un denouement heureux grace a la volonte du president AST, d etre en harmonie avec son peuple sur lequel il n a jamais donne l ordre de tirer.
Traore, mercredi 24 février 2010
Je suis sidere de lire la declaration de toute cette intelligentstia guineenne qui parle de la femme Guineenne en occultant les hauts faits et actes poses par celles ci sous la premiere republique Actes pourtant qui ont fait l honneur de tous les guineens. Est ce par mepris ou par meconnaissance du role primordiale joue par cette gent feminine de l epoque? Faut t il rappeler pour rafraichir les memoires que La premiere femme qui a preside le conseil de securite fut une guineenne en la personne de Madame Jeanne Martin Cisse qui occupa ensuite le poste d ambassadeur aux Nations Unis? Que La premiere femme pilote d afrique en la personne du commandant Binta Diallo , une grande figure qui a fait la fierte de la guineenne. Q Il ya eu des femmes gouverneur, comme Hadja Fatou Aribot, Madame Tiguidanke Diakabi, Madme Safiatou Mato pour ne citer que celles la. Que dire de l orchestre feminin les amazones qui etaient nos ambassadrices porteuses du messages d amitie et de fratenite a travers les quatres coins de l afrique. Que l on dise que Monsieur Bombi declare que"la Guinee s illustre en tete des pays d afrique de l ouest dans le palmares de la barbarie" est peut etre vrai, Mais il faut reconnaitre que c est un phenomene recent. Les femmes etaient representees dans toutes les structures de la societe: dans les comites de base, jusqu au BPN. Dans les ecoles, partout. Elles etaient les meilleures teinturieres d afrique de l ouest avant que le Mali ne leur retire le monopole de ce marche. Elles etaient tres actives dans les centres de formation de la jeune fille. Quant a la revolte de 1977, qui est a inscrire a l actif des braves femmes qui ont eu le courage denoncer les exactions des forces de l ordre, et bien enttendu du regime PDG qui par la voix du President Sekou Toure a mis une croix sur la police economique en prenant faits et causes pour ces femmes.mettant ainsi fin a ce cauchemard qui avait desole nos populations. Une marche qui pourtant aurait pu tourner en un bain de sang que l humanite entiere aurait retenu pour tout le reste de notre existence, car c etait une maree humaine indescriptible. Des centaines de milliers de personnes. Aucune balle meme en l air n a ete tire. Que vous l admettiez ou pas, Sekou Toure n a jamais fait tirer sur son peuple. Il y a eu des arrestations de personnes, des incarcerations, des executions de groupes de personnes accusees d avoir d avoir commis des crime. Mais jamais le peuple.
Cissé Oumar de Bma, mercredi 24 février 2010
Monsieur Sadou Diallo, vous êtes une des meilleures plumes du Net. Votre compte rendu est dense et particulièrement agréable à lire. Vous devriez prendre en main tous nos journalistes et autres candidats au métiers de communicateurs, pour améliorer leurs formations...
FIDEL, mercredi 24 février 2010
et Rebelote!!!!

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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