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Si la femme est l’avenir de l’homme, comme le chante le poète, elle est alors également l’avenir du développement économique et social des pays du Tiers monde. C’est du moins ce qui ressort de la conférence-débat organisée le 20 février 2010, à la Bourse du Travail de Paris, par l’Association Femmes et Développement Solidaire (Fedesol) présidée par Mme Biya Diallo.
Pour une première, le thème proposé à une assistance mixte et particulièrement attentive était audacieux : « Paix, stabilité politique et développement : Rôle de la femme africaine ».
Malgré une après-midi de rigueur hivernale, Mme Biya Diallo réserve un accueil chaleureux à ses invités, expose la démarche de Fedesol et cède la parole à une pléiade de conférenciers.
D’entrée, Nabbie Soumah, juriste et anthropologue, campe le vaste débat sur la dimension politique, sur les atouts et handicaps de la lutte des femmes en général et guinéennes en particulier en faveur de leur promotion et de l’égalité des sexes.
S’agissant du cas de la Guinée, Nabbie Soumah rappelle la Révolte des femmes du 27 août 1977 contre la dictature du PDG ; ce rappel est suivi de l’évocation des viols du 28 septembre 2009 à Conakry, date charnière de l’histoire de la Guinée éternelle dont une valeur républicaine affichée est « Solidarité ».
Le deuxième conférencier, Bombi Baldé, un jeune spécialiste du droit public, aborde l’aspect juridique des luttes d’émancipation des femmes africaines. Premières levées, dernières à se coucher dans la vie quotidienne, elles sont le pivot, le cœur et l’âme de nos sociétés.
Pourtant, Bombi Baldé met en exergue l’absence de protection juridique réelle des femmes en dépit de la ratification de l’article 4 de l’Union Africaine (UA) par les différents Etats. Il dénonce l’exploitation et les diverses injustices qui frappent les femmes qui n’ont quelquefois pour seul moyen de défense que la grève sexuelle.
Selon Bombi, il existe un palmarès des régions africaines de maltraitance des femmes. Il note avec amertume que la Guinée s’illustre « bien » en tête des pays de l’Afrique de l’Ouest dans ce palmarès de la barbarie. Il estime toutefois que l’espoir d’égalité hommes-femmes est permis en raison de l’évolution des mentalités en Afrique australe, au Libéria, au Ghana, au Rwanda, au Gabon et au Maghreb, là où quelques progrès institutionnels ont été enregistrés.
L’auditoire est au comble du malaise lorsque la journaliste Anastasie Mutoka Dasashi relate les violences faites aux femmes dans les régions de conflits et singulièrement dans la Région des Grands Lacs, à l’est de la République Démocratique du Congo (RDC).
Le récit méticuleux et poignant des violences, exécutions et abominations commises en RDC a fait plus d’effet sur la conscience des auditeurs que tout ce que l’actualité médiatique internationale charrie en ces temps de bestialité révoltante.
L’exploitation des richesses minières, les viols massifs et en public des femmes apparaissent comme des armes de guerre, d’expansion politique, voire d’annexion territoriale. Ces objectifs de guerre ont été clairement poursuivis en RDC.
Comment 2000 soldats rwandais dont une grande majorité de séropositifs ont-ils pu violer impunément des milliers de femmes congolaises ? Pourquoi et au nom de quels principes des soldats onusiens ont-ils pu commettre des agressions sexuelles sur les femmes dont ils doivent assistance et protection ? La réponse à ces questions et à bien d’autres se trouve sur la table de la Cour Pénale Internationale (CPI) de la Haye.
Mme Sadio Kanté, pour sa part, militante panafricaniste et femme d’action, aborde le rôle de la femme africaine dans la Diaspora. Elle soutient que les multiples migrations hors du continent-mère sont d’abord une fuite désespérée de la misère généralisée et sélective des femmes, puis une recherche individuelle de mieux-être.
La prostitution est en embuscade au bout des chemins d’exil. Mais les « femmes-courage » que le sens des affaires transforme en cheffes d’entreprise capables de rapatrier des revenus importants pour la survie familiale en Afrique par l’entremise des sociétés de transfert de fonds sont d’une exemplarité rassurante.
Sadio Kanté soutient que la Diaspora anglophone est plus « dynamique » et peut-on y voir un défi ou une incitation : « Femmes de toutes les Diasporas, enrichissez-vous car vous pouvez le faire» !
Les Africaines dans la mondialisation sont évoquées par Mme Frikech Chaouih Souad qui apporte une contribution concrète à partir du cas marocain illustrant une volonté politique et une réponse particulière d’un Etat africain.
Il est intéressant de remarquer que depuis 10 ans une accélération des réformes sociales a été impulsée par le Roi Mohamed VI, au grand dam des intégrismes religieux et culturels.
Au nombre de ces transformations « culturellement sismiques », il y a la réforme du Code de la Famille, du Code de la Nationalité et du Code du Travail. Qui dit mieux dans le continent africain, même si le curseur de la vigilance nécessaire indique qu’on n’est pas en fin de parcours?
Le journaliste Alpha Sidoux Barry parachève le cycle d’interventions par un exposé magistral sur le thème « Genre et développement ».
Pour Sidoux BARRY, la modification des rapports hommes-femmes, qui est la clef du développement, est entravée tout à la fois par la différentiation sexiste du travail, les effets du néo-libéralisme économique, les méfaits des Programmes d’ajustement structurel (PAS) imposés par le Fonds monétaire international.
Le brio et l’éloquence aisée de l’économiste-journaliste rendent accommodant le regard pessimiste et réaliste d’Alpha Sidoux Barry quand il observe que les femmes ont su créer de nouvelles formes de solidarité en exerçant un travail invisible, hautement productif en termes de richesse et de valeur : le travail d’éducation familiale qui est loin d’être un simple confinement domestique.
L’indice du développement humain (IDH) devra tenir compte de ce nouveau paramètre dans l’évaluation qualitative du progrès de l’humanité entière.
Après ce « marathon polyphonique », bien balisé par le vigilant modérateur Sorel Kéïta, qui s’est acquitté de son rôle avec un brio remarquable, Mme Biya Diallo conclut la conférence-débat en suggérant de renouveler l’esprit de cette démarche initiale de Fedesol et des différentes interventions contributives.
Cette suggestion aboutira à une rencontre ultérieure où la Ligue guinéenne des droits de l’homme et d’autres associations citoyennes seront des partenaires utiles. Donc un nouveau challenge à relever par tous.
Sadou Diallo pour www.guineeactu.com

| | Bombi Baldé, A.M. Dasashi, Nabbie Soumah, Biya Diallo, Sorel Kéïta, Sadio Kanté et Sidoux Barry |
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