 |
L’abandon des cultures vivrières n’a pas que nui à la politique agricole de la Guinée, il a aussi et surtout fait de notre pays l’un des plus gros consommateurs de produits céréaliers importés. Notre orgueil de bon Guinéen ne saurait s’en offusquer, puisque, depuis près de deux décennies, aucune politique agricole viable et fiable n’a été conçue pour le retour des populations rurales à la terre, avec les moyens techniques appropriés. La situation dépasse le cadre d’une simple campagne de sensibilisation. Il faut une politique qui définisse le contexte d’une reprise en main de l’activité agricole, avec une implication de l’Etat, à travers le département en charge du secteur. Les émeutes de la faim qui constituent une menace réelle pour le monde, plus particulièrement pour l’Afrique, sont la conséquence de la négligence coupables des gouvernements africains. Pour ce qui est du cas guinéen, c’est bien dommage que, jusqu’à présent, rien de fiable ne soit entrepris pour l’aménagement des terres, en vue de leur exploitation conséquente. La relance de la culture cotonnière est aujourd’hui inopportune, d’autant que les milliards de nos francs engloutis dans cette entreprise fictive auraient pu servir à soutenir les paysans, tout au moins à leur offrir quelques outils aratoires, pour la culture vivrière. Certaines localités du pays, notamment dans la Préfecture de Dinguiraye ont été victimes l’année dernière d’inondations ayant entraîné la destruction de leurs cultures. C’est dire que, dans ces zones, les populations sont déjà confrontées à une situation préoccupante. Nous tirons la sonnette d’alarme. Il est aussi à redouter que des commerçants habitués à s’enrichir dans les souffrances des citoyens, ne créent une pénurie alimentaire, en faisant disparaître le riz (l’aliment de base) des magasins, dans le but d’en augmenter le prix ou d’ouvrir le fameux marché noir inaccessible aux démunis. Le gouvernement doit prendre le taureau par les cornes, au cas contraire, les émeutes de la faim finiront par sortir le loup des bois. Il ne s’agit pas seulement d’encourager l’importation des denrées alimentaires en chantant la vertu du patriotisme aux rares importateurs qui ne veulent pas prendre trop de risque, tant que le gouvernement ne décidera pas d’une exonération sur l’importation du riz, pour une période déterminée, il faudra, en plus concevoir, en collaboration avec des experts des pays voisins, comme le Mali, une véritable politique de développement agricole, évidemment, qui tienne compte des réalités guinéennes. L’heure n’est plus aux tâtonnements. Le ministre actuel qui se dit agronome ne donne aucune preuve de sa maîtrise du domaine. Il ne suffit pas d’être agronome pour concevoir une bonne politique agricole. Nous avons besoin de cadres avertis, non pas d’organisateurs de mamayas agricoles profitant d’un certain support médiatique, tout aussi folklorique, pour oser dire que l’agriculture se porte bien en Guinée. Nous ne voulons plus de ces déclarations démagogiques dans un pays où les populations se meurent de faim. Il est nécessaire de recenser les espaces cultivables par région naturelle, de définir, par rapport à la qualité des terres, les cultures appropriées. Mais auparavant, il faut disposer d’un personnel technique (moniteurs, ingénieurs et autres agronomes spécialisés ou seulement initiés aux techniques rudimentaires). Il faut entrevoir la question des engrais, chimiques et organiques. Tout ce personnel aura un rôle d’assistance, de conseil et de suivi des paysans sur le terrain. Au Mali, les différentes zones cultivables ont été identifiées et classifiées. La vallée du fleuve Niger, regroupant les localités agricoles de Ségou, la 3e Région administrative, est réservée exclusivement à la culture du riz. L’Etat dispose d’une société agricole, l’Office du Niger, dont la production contribue à l’autosuffisance alimentaire. Près de 3 millions d’hectare de terres irriguées par les service de l’Etat sont distribuées aux paysans et même à d’autres citoyens voulant s’impliquer dans la culture rizicole. Les bénéficiaires payent le prix de l’eau. Dans la 4e Région, Sikasso, ce sont les plantations qui sont faites. Dans la région de Koulikoro qui abrite la Capitale Bamako, c’est la culture du mil, sous ses différentes espèces (sorgho, millet, gadiaba, sounan, bimbiri, etc..). Dans la Région de Kayes, la 1ère, c’est le mil, le haricot, le mais etc.. Il faut noter que le mil est l’aliment de base au Mali et le riz l’aliment des fêtes. Il y a des cultures qui sont faites dans toutes les localités. Dans des localités des Régions du Nord, comme Tombouctou, Diré, Goundam, Gao, les populations cultivent du mil sur les bords du fleuve Niger. Certaines font des emblavures. Les cotonculteurs maliens se sont tournés vers la culture du coton biologique, comme pour renouer avec la tradition et ils en tirent de grands profits, puisque le prix au producteur est de 300 francs CFA, le Kilo. La Guinée doit reprendre sa place. Thierno Dayèdio Barry Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
|
 |