vendredi 19 février 2010
La diplomatie guinéenne se trouve dans un coma profond
Nouhou Badiar Diallo

Politique étrangère inexistante, budget dérisoire, personnel pléthorique, improductif et démotivé.

« La politique étrangère est le prolongement de la politique intérieur », disent les internationalistes.

Le nouveau Chef de la diplomatie guinéenne fait face aujourd’hui à une situation désastreuse qui reflète le désordre politique qui a affecté le pays depuis plus d’une décennie. Nos diplomates n’ont aucun programme et ne défendent aucune politique étrangère. Ils sont devenus des simples bureaucrates détachés à l’étranger.

Pendant plus d’une décennie, aucune reforme significative n’a été esquissée pour rénover les outils d’action diplomatique tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Les problèmes ont été laissés en l’état au point de rendre ce Département Ministériel dit de souveraineté tout simplement difficile à gérer :

  • Inexistence de politique étrangère,
  • Personnel pléthorique, improductive et démotivé,
  • Salaires dérisoires et difficilement payés.

Les Ministres qui se sont succédé au Département se sont limités à quatre activités :

  • Les voyages à l’étranger,
  • Les nominations à la sauvette,
  • La gestion de quelques ressources en devises étrangères.
  • Les tentatives de rappel collectif du personnel, sans budget et sans motif.

Les Missions diplomatiques sont laissées à leur propre sort :

  • Retard de payement des salaires,
  • Coupure d’eau et d’électricité pour non payement,
  • Mauvaise relations entre le personnel.

Les Rapports envoyés au Département pour expliquer ces problèmes sont toujours restés lettre morte. Dans un pays où la délégation du pouvoir est une notion quasi inconnue, toutes les décisions sont du ressort du Ministre, celui-ci est naturellement souvent en déplacement à l’étranger. D’où l’immobilisme total. Le Secrétaire Général du Ministère est réduit au rang de super-directeur, incapable de donner même un avis sur des questions purement administratives.

La Guinée a-t-elle une politique étrangère c’est-à-dire un ensemble d’objectifs qu’elle veut atteindre dans ses rapports avec le monde extérieur ?

Trop de Missions Diplomatiques (Ambassades et Consulats généraux) pour promouvoir quels intérêts avec quels moyens humains et financiers ?

Voilà autant de questions que je me pose et je ne vois de salut que dans la fermeture de certaines Ambassades inutiles ouvertes juste pour satisfaire des intérêts extra diplomatiques.

Il faut donc que le nouveau Chef de la diplomatie guinéenne intervienne dans ce Secteur dit de souveraineté pour assainir, dans le délais impartis par la transition, par l’élaboration d’un organigramme réaliste et d’une politique étrangère destinée à fixer des objectifs tendant à l’amélioration de la position internationale de la Guinée pour ainsi donner à notre pays les moyens de sa politique étrangère.

J’espère que le nouveau Ministre saisira l’occasion pour administrer et gérer avec compétence ce département, en organisant notamment une vraie conférence diplomatique – limitée aux principaux postes – pour permettre à ses cadres de diagnostiquer les maux dont souffre ce secteur national afin de lui prescrire un traitement de choc pour sortir la diplomatie guinéenne du coma.


Nouhou Badiar Diallo, New York, USA
Ex-diplomate guinéen


www.guineeactu.com

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Vos commentaires
salimatou, samedi 20 février 2010
Cette question est assez importante vue l`ampleur du dégât causé par le manque de politique étrangère. Les diplomates guinéens font pitié, ils souffrent des mois avant de recevoir le maigre salaire. La formation de plusieurs diplomates est aussi dramatique que leur condition de vie. Seule la guinée envoie des diplomates qui ne parlent pas la langue du pays d`accueil; dans plusieurs missions diplomatiques nos représentants ont recours aux interprètes pour se faire entendre. Ils n`ont souvent rien à faire pas d`effort pour faire connaitre le pays en vue d`attirer les investisseurs.
Boubacar Diallo, vendredi 19 février 2010
Ce n’est pas un ministère pour défendre les intérêts de la Guinée et favoriser les investissements directs de l’extérieur, comme c’est le cas chez les pays normaux. C’est un prolongement de la corruption nationale, un ministère de “PLACEMENT”. A part quelques exceptions près, le MINISTRE S’EN SERT POUR PLACER LA FAMILLE ELARGIE DANS LES AMBASSADES.
marcy toussaint, vendredi 19 février 2010
merci pour votre reflexion. je pense que le problème au niveau des affaires étrangères est profond. on a mis dans l`appareil des gens qui s`y connaisse peu. la diplomatie est une affaire de professionnelle et de spécialiste. mais on y envoie les gens en fonction des affinités ethniques et politiques. mais cela nous le payons sur le terrain avec des personnes qui pose des actes contraire à l`orthodoxie diplomatique. il serait impérieux de miser sur des diplmoates de carrière qui sont sont imprègnés de la matière et qui devront établir une politique étrangère repondant aux aspiration légitime d`un peuple qui a arraché sa liberté qui demande à ce que cela soit respectée à l`échelle internationale(la souveraineté internationale). et puisque la diplomatie est le reflet de la politique intérieure, il faille que les gouvernements s`engage à sortir de la culture de la médiocrité en faisant asseoir des institutions politiques économiques juridiques sociales propres inspirées de nos réalités et de notre vécu. ainsi nous pourrons parler de nouvelles politiques extérieures. mais pour cela il faut mettre les moyens et former les cadres: créer un institut des relations internationales de guinée(IRIG)en attendant la création de l`ENA socle d`une administration formée à tache. c`est un problème que l`on néglige en guinée mais qui est important pour un Etat debout et reponsable. pour former nos énarque il faut les envoyer à dakar ou en côte d`ivoire ou en core à paris, c`est quoi ça? notre pays a besoin d`un vrai souffle nouveau. on aura beau orgnaiser des élections si on a pas des gens conscient de l`enjeu du développement commun ce sera peine perdue. la diplomatie ne s`invente pas elle n`est d`un ensemble de reflexion mais il ya des marguoillats dans l`appareil qu`il faut extirper pour qu`il retrouve un réelle dynamisme. pauvre guinée je te plains. on voit les problèmes et on les évite.
Sékou Oumar Camara, vendredi 19 février 2010
« La politique étrangère est le prolongement de la politique intérieure». Cette phrase introductive suffit pour ne pas aller plus loin dans les développements. On ne peut pas avoir une politique extérieure s`il n`y a pas de gouvernance, à l`intérieur de nos frontières. Peut-on exporter la non-gouvernance? Assurément, non. Donc, tout est prioritaire. Si, d`ailleurs mon avis devait compter, la Guinée n`aurait pas plus de 10 missions diplomatiques (mais de vraies MD, pas des refuges dorés pour personnes aux bras longs).

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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