samedi 10 avril 2010
La diaspora n'est pas un Etat
Saïdou Nour Bokoum

Il y a à peu près un an, le ministre Alexandre Cécé Loua me tenait le cliché recuit,

« Vous avez des problèmes vous là-bas, en France, vous n'êtes pas unis. ».

Il y a une petite semaine le ministre en charge des Guinéens de l'Etranger me demandait,

 « Qui est l'interlocuteur ici en France aujourd'hui, la section France des Forces vives, ou bien... ? ».

On parle de trois à cinq millions de Guinéens à l'Extérieur. Je ne sais pas combien nous sommes en France, ni combien en Europe. Nous savons qu'en Côte d'Ivoire et au Sénégal seulement, ils sont plus de deux millions de Guinéens.

Il y a peut-être neuf à dix millions de Guinéens en Guinée. Je voudrais bien savoir qui est leur porte-parole. M. Moussa Dadis Camara, Président de ce qui est visible du CNDD, le Général Sékouba Président intérimaire, le Premier ministre Jean-Marie Doré, ou bien M. Lounsény Fall, porte-parole des Forces Vives ? Ce sont ceux-là mêmes qui insistent sur notre division qui finiront par la consolider. Je passe sur l'incroyable distraction de toutes les instances censées organiser les voyages des autorités de la République, les chancelleries en intelligence supposée avec le « protocole d'Etat » au pays. Je sais bien que dans nos républiques bananières, gérer le temps de travail d'un ministre ou d'un Président de la république est comme organiser un concours de danse des vaches entre Mamou et Dabola.

Tout de même, voilà deux fois que de fortes délégations gouvernementales viennent en France, demandent à rencontrer les Guinéens quelques heures avant des réunions de ces mêmes Guinéens, réunions prévues plusieurs semaines avant. Au lieu de se rendre à ces réunions, quitte à rajouter au battage publicitaire à l'occasion de cette invite, non, on invente des dates, on est prêt à louer le Palais de l'Elysée au prix du Mont Nimba. Mais surtout n'y voyez nulle intention sournoisement fractionniste. C'est que ces Guinéens sont déjà divisés. Pour être précis, il faut insinuer :

"Ici on peut trouver des Guinéens qui ne poseront pas les questions qui fâchent, mais là-bas, Excellence (sic) ce sera la chienlit, ce sont des enfants de Mai 68 qui trainent encore des barbes et des dreadlocks de hippies !"

Alors, on pousse à la multiplication des réunions et après on nous assomme, « ils sont divisés ! »

Ils oublient une toute petite chose, nos plus grands communs diviseurs : 

La Diaspora n'est pas un Etat.

Et cette Diaspora n'a pas à rougir de son état, face à un Etat en loques depuis qu'ont l'a oint de nos tristes « tropicalités » dont l'arborescence n'a pas fini de nous étouffer de ses opulentes senteurs d'euphorbe. Pour dire plus simplement les choses, ces ruineuses habitudes ont un nom : GASPI. Je laisse à nos "auditeurs" publics, le soin de faire le bilan financier des "kotèba" (farces villageoises), comme cette performance de la cour des miracles de l'hôtel Scribe. Il me suffit de pointer le gâchis humain des improvisations savamment calculées de cette chancellerie qui a beau jeu de me jeter à la figure,

L'Histoire se répète, mufti de Dinguiraye !

Le 17 janvier 2008, elle entraîne la délégation du CNDD à Trouffion les Bains, méprisant quelque deux cents Guinéens massés aux portes de Paris, de 14h à 20h, en improvisant une réunion matinale, du jamais vu par nous qui sommes ici depuis que la bâtardise de l'indépendance (Amadou Kourouma) nous a mis dehors. Voici qu'elle remet cela ce 3 avril alors qu'elle savait pertinemment depuis plus de trois semaines, qu'une réunion de ces mêmes Guinéens venus d'un peu partout d'Europe était prévue.

Mufti de Dinguiraye, l'histoire se répète !

Chez Machiavel, le cynisme est une vertu politique. Chez les apprentis sorciers du Parti qui a Usé le Peuple (PUP), c'est du masochisme. Elle n'a eu que ce qu'elle méritait. La foule massée, déchaînée lui a renvoyé la balle :

Houuuuuuu !!!!

Voici plus d'un an qu'elle est rappelée. Elle vient d'obtenir son billet retour, délivré devant le Président de la Transition. Ce départ peu glorieux de son Excellence n'est pas la solution à notre « division », même s'il y a là en l'espèce, une question de dignité, d'honneur. Il faut que toutes nos chancelleries et tous nos responsables d'Etat comprennent une fois pour toute que la Diaspora n'est pas un Etat. Que la Diaspora a compris que son destin est entre ses mains et non pas esclave des calculettes trop souvent opportunistes de nos acteurs politiques, qu'ils soient ou non aux affaires. Les juifs ont mis plus de deux mille ans pour se trouver un coin où unir leur diaspora. Et encore ce lopin de terre est déchiré entre deux légitimités historiques, voire métaphysiquement antagoniques.

Les quelque cinq cents Guinéens qui depuis plus de cinq ans ont signé deux appels pour la structuration de la Diaspora en une entité nationale, vient de franchir une étape cruciale. Après quatre réunions difficiles pour les raisons que l'on sait, dispersion géographique, partisane et autres ressorts centrifuges, bien à l'image du ronronnement historique qui a plombé le changement social au pays profond, les Guinéens d'Europe ont mis en place dimanche 4 Avril 2010 la procédure qui permettra de fédérer les Guinéens de l'Europe. Et de proche en proche, toute la Guinée en Exil, de l'Asie au continent américain sans oublier l'Australie et l'Afrique, fera de même, pour qu'à la tenue des Assises nationales, cette cinquième région de la Guinée ait ses lettres de noblesse, frappée du sceau du martyre qu'elle a connu en ses rangs au fil des républiques, avec parfois le silence assourdissant de certains acteurs politiques ingrats à son endroit.

La France, la Hollande, la Suisse, l'Allemagne étaient bien représentées ce 4 Avril. La Grande Bretagne, l'Espagne et le Portugal étaient attendus. Ceux qui ont suivi les reports et les contretemps de ce rassemblement, qui ont fini par empêcher les délégués de ces trois derniers pays de venir, comprendront bien la légitimité des conclusions que je me contenterai de synthétiser ici.

Nous avons choisi trois critères ou paramètres pour mettre en place un collège le plus large, le plus ouvert qui soit. Ce collège dans une semaine, devra mettre en place un bureau provisoire qui aura pour mission essentielle de préparer nos Assisses avant les élections. Ce collège est composé comme suit :

1) Deux représentants pour chaque pays européen, précisément l'Allemagne, la Belgique, l'Espagne, la France, la Grande Bretagne la Hollande, le Portugal et la Suisse. En attendant que la Hongrie, la Tchécoslovaquie et d'autres pays européens signataires de notre Appel nous rejoignent effectivement. Ce paramètre de représentativité géographique est associé à deux autres qui bouclent l'entrée du Collège.

2) Nous avons estimé que les associations et les Doyens (ou Sages) doivent aussi, les une et les autres, être représentés par deux délégués pour chaque entité. A chaque entité, comme pour le CNT, de choisir ses représentants,

3) Une représentation féminines (deux représentantes), que ce soit une structure morale dirigée ou "dominée" par nos sœurs ou des personnalités consensuelles a été jugée opportune,

4) Une représentation des jeunes (deux délégués), a fini par être aussi reconnue nécessaire comme l'air du temps.

Nous avons la ferme conviction que nos travaux ont été fructueux et qu'ils auront eu la bénédiction du Ministre chargé des Guinéens de l'Etranger, qui était à cette réunion qui lui a donné l'occasion de présenter l'organigramme de son département et surtout les projets prometteurs qu'il a dans sa valise. Nous sommes pour l'essentiel en phase avec lui. Nous avons été assurés de l'appui ferme du Président de la Transition, le Général Sékouba Konaté, prêt à promulguer une ordonnance, dès lors que le CNT lui en aura fait la proposition, ce dont nous ne doutons pas. Il me l'a assuré en présence du ministre secrétaire général de la Présidence, M. Tibou Kamara. Mais à défaut, un décret suffirait, en attendant la saisine du CNT. Ce qui serait en phase avec l'approche du Ministre des Guinéens de l'Etranger qui pense plutôt à un décret déjà prêt nous a-t-il confié, seul bémol que je mettrais à ses projets par ailleurs courageux et ambitieux (dans le bon sens) dans l'ensemble. Mais l'idée de faire du futur CNGE une sorte d'appendice d'un ministère me paraît totalement inacceptable. Les ministères et les ministres passent, la Diaspora reste. Hélas ! Cependant un dialogue fructueux est amorcé. Nous ne ferons pas la fine bouche.

Wa Salam !


Saïdou Nour Bokoum

Bjr à tous,

Juste pour présenter mes sincères excuses à la délégation venue de
Belgique à notre réunion du dimanche 4 avril 2010; c'étaient Mr. Naïmi Diallo, Ismael Bah et El Hadj Sano, pour avoir oublié de mentionner leur présence dans mon libre compte-rendu, en attendant la synthèse du secrétariat; la rectification est déjà partie à Guineeactu.com, je le ferai pour Neo leadership et Tamsirnews; les autres sites n'ont pas encore publié mon article.

Wa Salam à tous! 

 


PS : Nous publierons dans les prochains jours la synthèse de l'ensemble de nos quatre réunions.


www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Sinkefara Bomba, mardi 13 avril 2010
Moi je vis en France mais mes activités professionnelles se déroulent en Afrique et dans tous les pays que je visite sur ce continent vivent des guinéens. Ils sont particulièrement nombreux dans les pays voisins et dans certains pays comme l`Angola, le Gabon, le Bénin, le Burkina Faso et le Nigéria. Or dans l`esprit de quelques "intello" guinéens de France et de Belgique, la diaspora guinéenne se réduit aux guinéens d`Europe et de l`Amerique du Nord. Lorsque je vous ai lis, M. Bocoum, je me suis dis que vous livrez un noble combat pour toute la Guinée en cherchant à associer à son développement ses fils qui sont à l`étranger. Mais j`ai une préoccupation: comment prendre en compte de façon objective les guinéens vivant dans les pays africains?
Balde MS, mardi 13 avril 2010
Doyen Bocoum, savez vous quel le pourcentage des guineens de lextterieur dans le FAMEUX CNT? il ne depasse pas les 8%....C`est vraiment domage, Cependant nous etions dans toutes les luttes pour qu`on ait le resultat actuel en Guinee....Ne pensez vous pas que le CNT devrait avoir 60% des guineens de l`interieurs 40% de G de l`EXT? ensuite ces 40% serions repartis 12 pour l`Eur, 10 pour l`AMERIC 9 AfriK 6 Asie, 3 Aust....Tant qu`il faut lutter on a besoin de nous, mais quand il s`agit des decisions, nous sommes ecarteRs..... C`est vraimnt dffcl d`etre DIAPSO
Chernor Saïdou Jalloh, lundi 12 avril 2010
Dear Bother Bokoum,Iam really excited to read what you had to say on this website.The passion of your articles urges me to have my say whether in English or in French.Your expressions give one a sense of hope and determination,and I have to thank you for that.Until next time see you then and greetings to your friends and family in France and the world over.Merci frére.
kalil, lundi 12 avril 2010
quand ce vieux ecrit ce ne pas n´importe qui qui peut comprendre ce un vieux ancien mais aussi nouveau par ses experiences et son talent je vous remercie DOYEN BOKOON
Doudou Condé, dimanche 11 avril 2010
Respect et félicitations pour votre initiative et votre perséverance. Ce n`est pas évident ni facile. J`en sais quelque chose. En Allemagne, nous y travaillons auusi la déssus. Nous nous rencontrerons certainement un jour pour un échange d`idées et d`expériences sur notre objectif commun. Je préfère laiiser les détails pour plus tard. Merci
Saïdou Nour Bokoum, dimanche 11 avril 2010
ADDENDA IMPORTANT Seules les difficiles péripéties et les contretemps qui ont précédé cette réunion du 4 avril m`ont fait oublier de mentionner la présence de la Belgique dont les délégués se trouvent être parmi les membres les plus actifs de notre comité provisoire de pilotage.Qu`ils veuillent bien trouver ici mes sincères excuses. Ce sont Naîmi Diallo, Ismael Bah et El Hadj Sano. J`en oublie encore ? Wa Salam !
A.O.T. Diallo, dimanche 11 avril 2010
Merci Doyen pour ces infos complementaires et je vous assure, je lis en detail tout texte auquel je veux ensuite repondre, tout juste pour faire avancer les bonnes idees pour nous tous. Neanmoins mon souci demeure et il est meme plus precis encore: pensez-vous qu`une reunion (ou forum) peut parler au nom de toute la diaspora, surtout quand on sait comment sont choisis les participants a toutes les rencontres de guineens? Allons nous refaire la meme erreur que le CNT actuel qui a ete compose de maniere si partisane et ridicule et ensuite pour dire que nous approuvons la constitution et les lois qu`elle va produire pour nous? Moi en tout cas je dis NON a toute tentative qui veut parler au nom de tout groupe de guineens sans avoir au prealable obtenu la majorite de l`approbation de tous ses participants... Au plaisir de continuer cette discussion interessante (si vous le souhaiter) en dehors de ce forum, pour eviter les monologues a deux qui lasseront peut-etre certains lecteurs...
Moufti, dimanche 11 avril 2010
QUE makalé ne pousse pas son sans vergogne en faisant de l`humour caustique en parlant de Moufti de Dinguiraye.Elle pousse le bouchon un peu trop.Ce que n`aurait osé celui à qui elle doit son existence.Je veux parler de son feu le "general" soudard qui detruit la guinée en appelant aux affaires une bande de voyous,doublé de sans education notoire.Mais de la à ironiser sur le moufti de dinguiraye,je crois qu`elle depasse les bornes et elle va le savoir.
Youssouf Soumah, dimanche 11 avril 2010
El hadji Bokoum, je suis d’accord avec vous qu’il faut que la diaspora s’organise afin de participer à la gestion de notre pays. De plus, la Guinée ne pourra pas se passer de l’expérience de sa diaspora. Tous les pays du monde font appel à leur diaspora, je ne vois pas comment le notre peut-il faire exception. Néanmoins, je crois que cette organisation doit être représentative et non partisane. Et c’est pourquoi, je crois qu’il est indispensable d’avoir comme critère central de ce collège, la probité morale et, de ce fait refuser dans ce collège les anciens collabos des différentes dictatures dans notre pays ou des organisations qui ont soutenu de près ou de loin ces dictatures. Nous connaissons tous ces personnes, appelées caméléon, après avoir été milicien pdgistes, sont devenus des pupards, puis des cndistes et aujourd’hui cherchent à se transformer en « démocrates » sur le dos de la diaspora. Je crois qu’il ne faudrait pas que la bêtise faite par les « forces vives » en proposant un ancien milicien Sékou Touré au poste de PM, se reproduise au sein de la représentation des Guinéens à l’étranger. Du courage Elhadji et nous vous soutenons.
Saïdou Nour Bokoum, dimanche 11 avril 2010
M.AOT Diallo, quand est-ce que nous apprendrons à nous lire les uns et les autres sans hâte. ! Vous parlez de "référendum" là où je parle d’"Assises" des Guinéens de l’Extérieur ! Vous ne pensez pas que le référendum devrait être réservé aux peuples ? Ceci dit pour que vous sachiez que nous sommes entièrement d’accord, par-delà les mots. Tout ce que les initiateurs du CNGE construisent est conçu provisoirement, en attendant précisément que démocratiquement lors d’un Forum (un autre vocable qui dit la même chose qu’Assises) ce qui est provisoire devienne reconnu ou remplacé par autre chose, l’essentiel étant la reconnaissance par la Nation de cette entité nationale de la cinquième région guinéenne dispersée actuellement aux quatre coins de la planète. Que c’est difficile de s’entendre sur les mots, dans la langue de l’Autre !
Modibo Traore, UK, dimanche 11 avril 2010
Tout en appréciant les efforts du doyen Bokum, déployés en direction de l`implication effective de la Diaspora dans la vie politique du pays, je rejoins entièrement la proposition de de mon prédécesseur Alpha Oumar Telly. Merci
TANIKO, dimanche 11 avril 2010
Conte aura laisse le pays dans une situation bordelique:Makale ambassadeur,cest conte,lesnarco c est conte la pagaille dans l armee,cest conte,le pillage du pays cest encore.En 50ans nous avons une malediction qui s appelle sekou et lansana.sekou atuer, lansana a pille.Makale a detruit tout ce qu elle a eu devant elle, a dakar elle avole meme lescuilleres
A.O.T. Diallo, samedi 10 avril 2010
Doyen Bokoum, avant de chercher le quitus de "responsables qui passent" tres vite (comme vous le dites si bien) ne serait-il pas plus important d`obtenir celui de tous les autres guineens des pays representes a cett reunion, par exemple par un referendum qui serait facile a organiser a travers les associations locales de guineens dans ces pays? Nous ne pouvons proner la democratie chez nous si nous ne l`appliquons pas au sein de la diaspora...

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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