samedi 13 décembre 2008
La déclaration du Ministre Guinéen du contrôle d’Etat : Un mea-culpa ou une manœuvre internationale pour raison d’état ?
Bernard Auger

J’ai lu avec surprise, le 9 décembre, sur des sites guinéens, la déclaration de Monsieur Souleymane CISSE, Ministre guinéen du contrôle d’Etat et de la bonne Gouvernance lors de la célébration de la journée mondiale de la corruption.

 

Dans cette intervention, Mr Cissé met en exergue la Loi Fondamentale, sans la nommer, et s’insurge contre la non-application de celle-ci concernant notamment :

 

-       la corruption devenue selon lui « un problème de société : la corruption sape les fondements de la démocratie, limite la capacité des investissements productifs, aggrave la pauvreté et provoque des tensions sociales aiguës»,

 

-       la bonne gouvernance qui ne « respecte pas les principes de transparence, d’équité, de responsabilité et de probité des acteurs publics ».

 

Déjà, à l’occasion de la fête nationale en Guinée le 2 octobre dernier, le Chef de l’Etat, son Excellence le Général Lansana CONTE, avait fait une déclaration allant dans le même sens.

 

Du jamais lu à ce jour !  J’espère que cette déclaration du Ministre sera abondamment écrite et commentée dans toute la presse guinéenne, à la radio et à la télévision guinéenne !

 

Sur le moment en lisant la déclaration du Ministre, je me suis dit :

 

« Enfin, l’Etat Guinéen a compris (et il a fallu pour cela que le peuple se soulève et descende dans la rue en janvier 2007, avec pour conséquence des centaines de morts) que le peuple en avait marre de cette corruption et de la pauvreté dans laquelle il se trouvait depuis des décennies.

 

Enfin l’Etat Guinéen a décidé de tenir compte des multiples articles de Guinéens vivant en Guinée et à l’Etranger, sur la situation désastreuse de leur pays, et a décidé d’appliquer la Loi fondamentale. 

 

Que dit en effet cette Loi Fondamentale ?

" PREAMBULE

Par son vote du 28 septembre 1958, le peuple de Guinée a opté pour la liberté et constitué, le 2 octobre 1958, un Etat souverain : LA REPUBLIQUE DE GUINEE.

Tirant les leçons de son passé et du changement politique intervenu le 3 Avril 1984,

LE PEUPLE DE GUINEE

Proclame :

·         L'égalité et la solidarité de tous les nationaux, sans distinction de race, d'ethnie, de sexe, d'origine, de religion et d'opinion.

Son adhésion aux idéaux et principes, droits et devoirs établis dans la Charte de l'Organisation des Nations-Unies, la Déclaration universelle des droits de l'homme, la Charte de l'Organisation de l'Unité Africaine et la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples

·         Affirme solennellement son opposition fondamentale à tout régime fondé sur la dictature, l'injustice, la corruption, le népotisme et le régionalisme

·         Réaffirme Sa volonté de réaliser, dans l'unité et la réconciliation nationale, un Etat fondé sur la primauté du droit et le respect de la loi démocratiquement établie;

 

Dans le TITRE II, intitulé «  DES LIBERTES, DEVOIRS ET DROITS FONDAMENTAUX »,  on peut lire dans les articles qui suivent les phrases suivantes :

 

Article 5 : La personne et la dignité de l’homme sont sacrées. L’Etat a le devoir de les respecter et de les protéger. 

 

Article 10 : Tous les citoyens ont le droit de manifestation et de cortège.


Article 19 : Le peuple de Guinée détermine librement et souverainement ses institutions et l’organisation économique et sociale de la Nation.

 
Il a un droit imprescriptible sur ses richesses. Celles-ci doivent profiter de manière équitable à tous les Guinéens.


Il a le droit de résister à l’oppression.

 

Article 21 : L’Etat doit promouvoir le bien-être des citoyens.


Il veille au pluralisme des opinions et des sources d’information.


Il assure la sécurité de chacun et veille au maintien de l’ordre public.

 

Pourquoi donc, cette déclaration du 9 décembre 2008 du Ministre Monsieur Souleymane CISSE m’interpelle ?

 

Si je me suis permis, en tant que Français, d’écrire un article, résumé succinct de mon mémoire, intitulé « Arnaque et corruption en République de Guinée », qui a paru sur des sites internet de Guinée (et je remercie les responsables de rédaction de ces sites), c’est parce que pendant 7 ans, je suis resté en Guinée, non pas comme investisseur venu piller les richesses du pays au détriment de la population,

 

-       mais d’abord, fin 1995, comme consultant international en décentralisation pour faire avec des cadres du ministère guinéen de l’intérieur de la formation aux élus locaux,

 

-       ensuite pour venir en aide, bénévolement, à des familles guinéennes dans de nombreux domaines (éducatif, alimentaire, santé. On ne peut pas oublier les terribles images qui se sont passées devant moi dans la rue : des enfants handicapés mourir car atteints de la tuberculose, et des femmes couchées sur le trottoir, désespérées, et voulant en finir avec la vie, car n’ayant pas mangé depuis plusieurs jours !)

 

-       et en voulant créer pour les Guinéens des petites PME dirigées par des Guinéens avec du personnel guinéen formé sur place et en France.

 

Mais malheureusement, tout cela n‘a pas plu à la mafia locale hautement protégée, car je refusais de rentrer dans le cycle de la corruption, devenue une institution, et en 2002 tout s’est mal terminé pour moi : sur demande de la mafia locale j’ai été arrêté et incarcéré arbitrairement à la « maison centrale de Conakry, dite « maison de la mort et de la corruption », afin que je n’en sorte jamais.

 

Avant de rentrer en France fin 2002, malgré plusieurs tentatives de la mafia pour m’éliminer physiquement, bien que protégé dans tous mes déplacements à Conakry, j’ai réussi à démontrer publiquement cette corruption auprès du ministre de la justice de l’époque qui d’ailleurs n’a tenu aucune de ses promesses.

 

Rentré en France j’ai continué et je continue à me battre pour mes amis guinéens vivant dans la pauvreté, car je ne peux supporter l’injustice et la corruption, en dénonçant par de nombreux écrits ce qui se passait en Guinée. En 2003-2004, le journal guinéen « L’Enquêteur » a publié (et je l’en remercie) une grande partie de ce qui m’était arrivé en 2002 à Conakry. J’ai ensuite écrit mon mémoire « Arnaque et corruption en République de Guinée », relatant mes 7 années passées en Guinée.

 

Les Administrations Guinéennes (Ambassade de Guinée à Paris, Assemblée Nationale, Ministères des Affaires Etrangères, Secrétariat de la Présidence à Conakry) et  Françaises (Ministère des affaires étrangères, Secrétariat d’Etat aux Droits de l’Homme, Secrétariat de l’Elysée, Ligue Française des Droits de l’Homme), l’Union Européenne (à Bruxelles et son représentant à Conakry), Amnesty International, la Fédération Internationale des Droits de l’Homme et la Fédération Guinéenne des Droits de l’Homme, la presse guinéenne et Française, ont reçu une copie de mon mémoire ou un résumé de ce mémoire.

 

Résultat : AUCUNE  REACTION !!!  La vérité n’est, sans doute, pas bonne à dire !

 

Qu’à cela ne tienne, je les ai tous remercié pour leur non-réponse ou leur indifférence ! Mais qu’ils sachent que ce qui compte pour moi, c'est qu'enfin la population guinéenne puisse retrouver de quoi s'alimenter, se soigner normalement et retrouver la sérénité. J'aime trop la Guinée pour penser autrement et je continuerai mon combat pour cela.

 

J’ai alors décidé dernièrement d’interpeller par e-mail les présidents des principaux partis politiques de Guinée, en leur rappelant les principes généraux de la Loi fondamentale, indiqués précédemment. Et en conclusion, je leur disais ceci :

 

« La plupart des articles de cette Loi ne sont pas appliqués (il n’y a qu’à consulter les articles des sites internet de la Guinée et lire toutes les nombreuses correspondances que je reçois de Guinée). J’ai pu le constater moi-même car j’ai vécu pendant 7 ans dans votre pays, en faisant essentiellement et bénévolement des opérations humanitaires, pour aider des familles guinéennes en pleine détresse dans tous les domaines, et qui se sont mal terminées pour moi parce que cela gênait la mafia locale hautement protégée.

 

Monsieur le Président, si vous prenez le pouvoir aux prochaines élections, cette Loi Fondamentale de la République de Guinée, l'appliquerez-vous enfin pour sauver votre pays de la corruption et de la misère?

 

D'avance merci pour votre réponse. »

 

Un seul parti de l’opposition m’a répondu et sa réponse a été : OUI

 

Bien sûr des détracteurs, en lisant cet article, vont répondre en me disant : « Monsieur AUGER, occupez-vous de vos problèmes en France. La France se dit être la patrie des droits de l’homme et veut nous donner des leçons de démocratie, mais d’abord, avant de critiquer les autres, balayez devant votre porte. Que dit Transparency international à ce sujet ? En France, comme dans les pays de l’Union Européenne,  les principes fondamentaux de la démocratie sont-ils appliqués ? La corruption n’existe-elle pas ? etc, etc…»

 

Ces détracteurs éventuels, d’une certaine façon, n’auraient pas tort, certes ! C’est la raison pour laquelle j’ai l’intention d’écrire un article intitulé «  De la démocratie à la dictature », en donnant les définitions théoriques de Démocratie, République, bonne gouvernance, Etat de droit, dictature. Car c’est vrai, la démocratie dans ses actions dans tous les domaines de la vie courante et sur le plan international, rejoint parfois la dictature pour la non observation de certains de ses principes fondamentaux ?

 

Rappelons-nous certaines citations parmi des centaines sur ces problèmes :

 

« La dictature c’est ferme ta gueule, la démocratie c’est cause toujours » (Woody ALLEN, Jean-Louis BARRAULT, Michel COLLUCCI dit COLLUCHE etc… »

 

« La propagande est aux démocraties ce que la violence est aux dictatures » (Noam CHOMSKY)

 

« La démocratie s’arrête là où commence la raison d’Etat » (Charles PASQUA)

 

Oui cette déclaration du Ministre m’interpelle pour les raisons suivantes :

 

Si le Ministre tient parole et s’il s’attaque délibérément à l’éradication de cette corruption et à instituer la bonne gouvernance, comme le veut la Loi fondamentale :

 

-       les Guinéens sauront-ils exactement, dans la plus grande transparence, la destination des millions d’euros et de dollars que la France et la Communauté internationale ont donné aux gouvernements guinéens successifs, et donnent encore actuellement, alors qu’ils sont toujours dans la misère ?

 

-       les Guinéens connaîtront-ils enfin les raisons pour lesquelles les investisseurs étrangers pillent les richesses du pays au détriment de la population ?

 

-       les Guinéens seront-ils mis au courant par la Communauté internationale, des problèmes rencontrés pour avoir un compte rendu exact de la destination des sommes données, preuves à l’appui ?

 

Je suis très sceptique quant aux réponses à ces questions, que ce soit du côté Guinéen ou du côté de la Communauté internationale. Et le philosophe Français Michel FOUCAULT disait avec justesse : « J’ai toujours regretté que la corruption, qui attire tant de personnes sans scrupules, intéresse si peu les gens honnêtes »

 

Oui cette déclaration du Ministre m’interpelle, car j’ai également lu sur les sites internet de Guinée de nombreux articles récents parmi lesquels par exemple :

 

- La Banque Mondiale épingle la malgouvernance de la Guinée  : la vice-présidente de la division Afrique de la Banque Mondiale a effectué une visite de travail entre le dimanche 7 et mardi 9 septembre 2008 à Conakry. Elle a dit notamment : " Nous avons étés clairs avec tous nos interlocuteurs à qui nous avons dit sans hésiter que la Guinée est sur une pente dangereuse parce que aucune solution n’est encore envisagée pour éradiquer la corruption Une décision unilatérale pourrait décourager tous les investisseurs. Il ne sert à rien d’envoyer des signaux négatifs, surtout que la bagatelle de 20 milliards de dollars US devrait tomber dans les caisses de l’Etat d’ici à 5 ans… Depuis 50 ans, que les mines sont énormément exploitées en Guinée, le pays croule toujours sous l’effet de la pauvreté et continue d’importer des vivres, alors que toutes les conditions sont réunies pour que le pays soit un gros exportateur des céréales. La stabilité du pays, pour la Région Afrique , l’ouverture d’un dialogue franc avec les populations, gage d’un développement économique et social… ’’

 

- La Banque Mondiale accorde 118 millions USD à la Guinée .Ce don non remboursable est destiné à l’amélioration du niveau fondamental et de la qualité du système éducatif.

L’enveloppe des 118 millions de dollars sera disponible à compter de janvier 2009. Elle servira à la construction de 1000 salles de classes et à l’achat de manuels scolaires pour les élèves des écoles primaire du pays dans les zones les plus pauvres en particulier.

 

- La Guinée toujours parmi les plus corrompus : « la corruption tue », c’est le cri d’alarme poussé le 22 septembre 2008 par l’ONG internationale Transparency, à l’occasion de la cérémonie de lancement du résultat des enquêtes qu’elle a menées dans 180 pays des cinq continents.

 

La Guinée demeure parmi les pays classés à la queue du peloton mondial : elle vient en 173ème  position sur les 180 concernés par le classement

 

- FMI et Banque mondiale : l’annulation de la dette guinéenne ajournée à fin janvier 2009 pour complément d’examens : après plusieurs scandales financiers supposés ou réels cette année, le gouvernement guinéen a-t-il été sage dans sa gestion ? Le FMI demande des explications au gouvernement Souaré et veut savoir si les programmes engagés pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance ont été effectués

 

 

CONCLUSION

 

Toutes ces interventions et ces questions émanant du FMI et de la Banque mondiale ont été rendues publiques récemment et avant la déclaration du Ministre Guinéen, Monsieur Soulémane CISSE.

 

La question que l’on peut se poser évidemment (et c’est celle de plusieurs internautes étrangers ou guinéens) est celle-ci : cette déclaration équivalant à un « mea culpa » pour la mauvaise politique menée jusqu’à ce jour et les promesses concernant l’application de la Loi fondamentale et notamment la lutte pour éradiquer définitivement la corruption et l’institution d’une bonne gouvernance pour sortir le peuple guinéen de sa pauvreté, est-elle sincère ?  (c’est pour cela que toute la presse guinéenne, la radio et la télévision guinéenne doit largement en parler)  et si c’est le cas enfin, l’horizon pour la population guinéenne s’éclaircit. Car enfin, les comptes de la République de Guinée seront rendus transparents et publics et les investisseurs étrangers, qui n’arrêtent pas de piller les richesses de la Guinée au détriment de la population, devront également rendre publics leurs comptes de façon transparente.

 

Ou est-elle seulement une déclaration de principe pour raison d’état afin de pouvoir satisfaire les demandes réitérées du FMI, de la Banque Mondiale et une déclaration démagogique en vue des prochaines élections législatives ?

 

L’Avenir nous le dira !

 

En attendant, que Dieu aide la Guinée et les Guinéens

 

Bernard Auger

pour www.guineeactu.com

Retour     Imprimer cet article.    

Vos commentaires
Thierno Bah, dimanche 21 décembre 2008
Wooow! quelle article, formidable! vous avez touche sur le mal de la Guinee, ons est tous victim de cette mafia. Je vous remercie d`avoir ecrit un tel article et guineeactu.com de l`avoir publie. Il est bon de rappele aux Guineen que la corruption est a leur detriment. Merci.
alphasdiallo, lundi 15 décembre 2008
Monsieur Bernard,sachez que vos remarques sont justes et vos inquietudes fondées.Le pouvoir de mon pays est composé d`individus sans notion de morale.Le systeme est fait de sorte qu`a chaque situation ils ont une solution de rechange.Pour obtenir les biens d`autrui,ils se mettent a souffler le chaud et le froid a la fois.Ils n`ont aucune honte a s`insulter devant le monde entier pourvu qu`ils arrivent a obtenir leurs buts.Raison qui fait qu`on entend chaque jour des declarations contraires qui sement la brouille au sein de la population et au sein de la communauté internationale,qui,dans le doute crée par la mafia bien rodée,octroi de fonds qui,disparaissent avant meme leur arrivée.D`ou la necessité pour mon pays et mon peuple de lutter pour un changement radical du systeme et des personnes qui l`on nourris et entretenu depuis des decennies.Sans cela,aucune future heureuse n`est envisageable.
Bangwly Traore, lundi 15 décembre 2008
Merci Monsieur Bernard:IL est temps de mettre fin a la corruption,a l`injustice dans notre pays.
Nasser Aidara Cherif, samedi 13 décembre 2008
Je suis tres heureux de savoir qu`il ya des gens meme etant non Guineens de prendre le taureau par les cornes. J`aimerai bien avoir les coordonees de Monsieur Bernard Auger. En fait j`ecris un livre sur la situation de notre cher pays et la j`ai consacrer un chapitre entier a la corruption. Je vous serai tres reconnaissant de me repondre a ma requete. Merci Nasser Aidara Cherif

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
© Tous droits réservés guineeActu.com 2011