lundi 20 octobre 2008
La crise financière internationale et ses conséquences sur les pays en voie de développement
Aboubacar Fofana

Nous allons aborder ici la crise financière qui secoue la planète entière depuis à peu près un mois, depuis ses fondements idéologiques jusqu’aux conséquences non seulement pour les pays à économies développées (P.E.D.), mais aussi pour les pays en voie de développement (P.V.D.) comme les pays Africains.

Le père fondateur de l’école classique, Adam Smith, énonça sa théorie il ya de cela  bien longtemps, selon le raisonnement qui veut que chacun d’entre nous en essayant de pourvoir à son bien être individuel, et sans le savoir, concoure par la même occasion au bien être général. C’est la théorie de la main invisible.

Il faut donc laisser faire le marché qui s’autorégule de manière automatique.

Nous savons, que cela n’est qu’une pure vue de l’esprit et qu’à laisser faire le marché, les agents économiques les plus puissants, donc mieux armés, finissent souvent par prendre le meilleur du « gâteau » sur les autres.

L’école des néolibéraux s’est inspirée des travaux d’Adam Smith, pour aller plus loin dans la mise en place d’une théorie dite de l’école de Chicago, incarnée par Milton Friedman.

Le postulat de base est que l’Etat doit se désengager de tous les secteurs productifs.

Pour ce faire, il faut déréguler et privatiser tout ce qui peut l’être.

  • Libérer complètement le commerce entre pays, en supprimant les barrières tarifaires et non tarifaires.

  • L’Etat doit se retirer donc privatiser tous les secteurs productifs.

  • Réduire le nombre de fonctionnaires.

  • Rétablir les équilibres extérieurs.

  • Réduire l’inflation

  • Etc.,

Tout ceci conduisit, dans les pays d’Amérique latine, d’Asie et d’Afrique, bref dans tous les pays du tiers monde, aux privatisations à marche forcée, imposées par les tenants de la pensée libérale triomphante à partir des années 70, jusqu’à nos jours, par le biais des institutions de Brettons Wood, c'est-à-dire le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale(B.M).

C’est la période où Ronald Reagan et Margaret Thatcher étaient au pouvoir aux Etats unis et  au Royaume uni.

Le terrain d’expérimentation fut donc les p.v.d, avec des plans d’ajustements structurels qui n’en finissent plus depuis le début des années 80.

L’économie mondiale est ainsi aux mains de ces apprentis sorciers. Et la crise financière que nous vivons en ce moment, n’est que l’une des résultantes désastreuses de leurs recettes.

Le dogme libéral en a pris un sacré coup de vieux, au point que l’Etat est appelé à la rescousse un peu partout, à commencer par les Etats unis, pays chantre du laisser faire.

On a prêté à tout va, pourvu que ça tourne pour certains, sans se soucier de la solvabilité de l’emprunteur. D’où ce que l’on nomme aujourd’hui « le scandale des subprimes », l’élément déclencheur de cette crise. Qui eut cru que l’Amérique viendrait à « nationaliser » certaines banques et assurances, pour éviter la crise généralisée ?

Si l’on  voulait une preuve palpable que le marché a besoin de réglementation et de régulation, on n’aurait pas eu meilleure occasion que ce que nous venons de vivre ces dernières semaines.

John Maynard Keynes et sa théorie de l’interventionnisme de l’Etat, quand cela va mal, s’en trouvent réhabilitée.

Ce qu’il faut à présent redouter, c’est que cette crise financière, qui est une crise de « l’économie virtuelle » ou « irréelle », ne se transforme en crise économique généralisée ou crise de « l’économie réelle ». Ce qui risquerait de toucher beaucoup plus de monde, comme en 1929, avec son cortège de chômage et de fermetures d’usines et d’entreprises.

Il ne faut plus se voiler la face, la récession est bien là et la politique de l’autruche ne servirait à rien.

L’espoir maintenant, demeure dans le souhait que les pays émergeants, principalement la Chine, puissent maintenir la croissance mondiale, à défaut de la tirer vers le haut. Si ce pays pouvait encore connaitre une croissance de six pour cent, cela sauverait l’économie internationale, à commencer par celle des p.v.d. Car partout ailleurs, elle tournerait autour de zéro pour cent.

Pour ce qui est des pays en voie de développement en général, et de l’Afrique en particulier, cette crise financière recèle en elle-même des leçons pour l’avenir. Les pays africains ne seront pas directement touchés par elle, car le réseau bancaire n’est pas si imbriqué dans l’économie boursière internationale. Il s’agit le plus souvent de banques de dépôt et qui le plus souvent, financent le commerce à court terme.

Mais seulement, comme cela a été précisé plus haut, les dommages collatéraux de la crise actuelle pourraient se faire sentir jusque dans ces pays là. En effet, une croissance internationale de moindre ampleur constituerait, surtout de la part de la Chine, un manque à gagner pour les exportations de matières premières de toutes sortes, et de produits agricoles.

Une autre conséquence de cette crise pour cette catégorie de pays pourrait être la baisse de l’aide publique au développement (APD) allouée par les pays développés. Ce qui constituerait une de ses conséquences indirectes.

L’adage populaire dit bien que les bons conseillers ne sont pas bons payeurs. Ceci doit s’appliquer aux relations nord-sud, car tous les remèdes conseillés ne sont pas forcément adaptés au malade.

L’Etat, surtout dans les pays en voie de développement, doit s’occuper des secteurs vitaux tels  la santé, l’éducation, les transports routiers et autres, la sécurité alimentaire et j’en passe... Les « grands pays » de ce monde nous ont habitués à nous faire faire ce qu’ils nous disent mais pas ce qu’ils font.

Quand on voit que les Etats Unis et l’Europe ont réussi momentanément à sauver le système financier, en apportant des garanties pour près de 3000 milliards de dollars en deux semaines alors que les huit objectifs du millénaire pour le développement (O.M.D.) élaborés en 2000 par les soins de l’Organisation des Nations Unies (O.N.U), ont du mal à être atteints à mi-parcours, il ya de quoi réaliser que les priorités des uns ne constituent pas celles des autres.

La dérégulation économique et le désengagement de l’état ne sont plus de mise, car au même moment où l’on conseillait cela aux p.v.d, les donneurs de leçons ne se privaient pas d’aider des secteurs entiers de leurs économies, que ce soit en Europe ou aux Etats Unis, au  point de fausser les règles du commerce international qu’ils ont contribué à mettre en place.

Cette crise donne aussi l’occasion de se pencher sur le fonctionnement des institutions de Brettons Wood. En effet, elle montre les limites du système. Celui-ci doit être repensé et réorienté, en vue d’éviter que de tels phénomènes puissent se produire à nouveau. Il s’agit   aussi et surtout, de favoriser le développement effectif et durable des pays en voie de développement.

Aboubacar Fofana
Economiste
Président du Club D.L.G.
pour www.guineeactu.com

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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