mercredi 1 avril 2009
La corruption : ce mal qui gangrène la société guinéenne !
Mouctar Diaby

La corruption est la perversion ou le détournement d'un processus, dans le dessein, pour le corrupteur, d’obtenir des avantages ou des prérogatives particuliers ; et pour le corrompu, d’obtenir une rétribution en échange de sa bienveillance.

 

Depuis belles lurettes, des corruptions de toutes natures sapent tous les fondements de la construction d’un système de gouvernance solide en Guinée et en Afrique. Elle est présente à tous les échelons du pays, de manière à ce qu’elle soit devenue aujourd’hui, un phénomène sociologique intrinsèque aux mœurs de la société.

 

Alors que tous les esprits bienveillants s’accordent à dire qu’aucun mode de gestion durable n’est possible dans un système dominé par des trafiques d’influences et des achats de consciences, la société guinéenne a fini par s’accommoder de cette manière de gérer les affaires, comme si le destin l’imposait par une sorte de fatalité.

 

Après de longues années de mal gouvernance, la Guinée d’aujourd’hui se trouve confrontée à de grands enjeux de développement qui ne sauraient être résolus si le pays ne s’engage pas résolument vers une lutte féroce à la corruption.

 

Tout le monde peut convenir qu’aucun service essentiel de base ne peut être obtenu en Guinée sans mettre la main à la poche. Or, la pauvreté qui sévit dans le pays est tellement insupportable que le citoyen lambda a du mal à tirer son épingle du jeu.

 

Le premier palier de la corruption a, pendant de longues années, été représenté par l’État. Les ressources publiques ont été pillées par les anciens dignitaires du pouvoir, au détriment des services sociaux de base. Si aujourd’hui, le pays connaît tous ses indicateurs sociaux au rouge, c’est parce que nos gouvernants se sont toujours servis, en oubliant les gouvernés, qui ont tout le temps, broyé du noir.

 

C’est pourquoi, la soif de réparation est tellement forte, que la dynamique de vérification déclenchée par les nouvelles autorités, ne devrait se limiter à de simples interrogatoires. C’est par une véritable expertise, par les cabinets d’experts reconnus et par des règles comptables bien précises, que l’on devrait auditer la gestion antérieure de nos ressources publiques. Cette démarche professionnelle d’investigation pourrait se saisir du passé, aussi longtemps que les moyens le permettent.

 

La véritable soif des guinéens est de savoir comment les deniers publics ont été utilisés et comment plusieurs anciens responsables se sont enrichis démesurément, sans causes valables. Ce travail de profondeur ne saurait se faire par des blanchiments à priori, mais par une véritable investigation scientifique, dont la mission serait de dénicher les malversations commises. C’est par la suite que les éléments de preuve pourraient être présentés à la justice, pour qu’elle s’en saisisse et achève le travail.

 

La démarche question-réponse n’est pas une investigation rigoureuse. Le pouvoir actuel gagnerait à confier tout ce travail à des experts reconnus, qui ont la capacité de pouvoir retracer des écarts de gestion. Le gouvernement, qui incarne le volet politique, devrait veiller à la bonne application de la loi. Ainsi, plusieurs masques pourront tomber et permettre aux guinéens d’assouvir leur soif de justice.

 

Par ailleurs, la corruption s’intègre de manière profonde dans l’Administration guinéenne, qui ne met en place aucun moyen de contrôle des services rendus au peuple. Il est décourageant de voir des gens s’improviser en médecins et faire des opérations chirurgicales aux populations, sans aucune précaution. Ces manœuvres se traduisent le plus souvent par des sections d’organes et des morts d’homme, dans l’impunité la plus absolue. La population qui subit sans rien comprendre, se résigne le plus souvent, et remet le tout à la volonté divine.

 

À l’aube du troisième millénaire, la santé des populations ne devrait plus être déterminée par des incompétents, qui iraient même, jusqu’à abréger la vie, au besoin de gagner du pain. C’est pourquoi, un grand ménage devrait être fait dans les hôpitaux, pour amener le personnel opérant en médecine, à plus d’éthique et de professionnalisme.

 

Que l’État s’engage davantage, par des politiques volontaristes, à former une partie de sa jeunesse à la médecine, et à intégrer la déontologie dans ce corps métier qui gère notre santé.

 

Depuis longtemps, les ressources minières du pays ont connu la gestion la plus nébuleuse de notre histoire. Les contrats ont été signés avec une opacité à couper le souffle. Ils (les contrats) ont été souvent conclus, sans jamais préciser ce que gagne la Guinée, en tant qu’État.

 

C’est pourquoi, sans un bilan sérieux de tout ce qui entoure la gestion des ressources minières et une étude sérieuse de la manière dont les ressources financières obtenues, ont été détournées de leurs objectifs, il nous sera difficile de faire notre deuil de tous les milliards perdus, qui auraient pu servir à doter le pays d’infrastructures modèles et de systèmes de santé et d’éducation respectables.

 

En outre, le trafic de drogue est devenu tellement puissant dans la région, qu’il hypothèque toute perspective de stabilité et de développement dans nos États. Le renforcement de ces réseaux, peut s’avérer fatal à long terme, si les États les consolident. Ils feront et déferont les pouvoirs, si l’on n’y prend garde.

 

L’exemple du Mexique où l’État est à bout de souffle des narcotrafiquants, est assez éloquent. En outre, l’exemple de notre voisin de la Guinée Bissau est là, pour donner l’exemple.

 

Le mot d’ordre est de combattre la corruption provenant de ces réseaux de narcotrafic et de condamner de manière exemplaire, toute collusion avec ces bandes. L’argent de la drogue ne peut offrir aucune perspective à long terme pour le pays, si ce n’est l’instabilité et une aliénation de notre jeunesse en situation précaire.

 

Le grand enjeu actuel, qui se présente à tous les pays africains par rapport à ces narcotrafiquants, qui trouvent dans ce continent un terreau fertile, c’est de les combattre.

 

Un autre dossier important est la gestion des marchés publics, qui ne saurait plus relever d’un clientélisme aveugle, tel que les guinéens l’ont toujours vécu. Pour une gestion transparente, les marchés publics doivent faire l’objet d’appels d’offre avec des cahiers de charge bien précis. Les soumissionnaires devraient être sélectionnés avec la plus grande transparence qui sied.

 

Tant que les marchés se passeront de gré à gré, la question de la bonne gouvernance ne sera qu’un rêve pieux. C’est pourquoi, la mise en place d’une Administration efficace, passera par plus de contrôle et de transparence, par des publications régulières de bilans d’action.

 

Un illustre penseur disait : « Nous ne sommes pas seulement responsables de ce que nous faisons, mais également de ce que nous laissons faire ».

 

Le principe de l’imputabilité devrait désormais être de rigueur. Aucun haut placé ne devrait pouvoir se soustraire, par l’évocation de son ignorance des malversations dans les dossiers soumis à sa gestion. La responsabilité, dans toute mode de gestion, doit être assumée par la hiérarchie, quand il s’agit de faire des bilans.

 

C’est quand tous ces jalons seront posés, que la Guinée aura bâti les fondements nécessaires à sa construction. Quand le système de gouvernance sera fiable et respectable, la création de richesse se fera d’elle-même.

 

Nous ne devons pas oublier que le plus grand soin d’un gouvernement, c’est d’habituer le peuple à se passer de lui.

 

Donc, tant que les véritables soubassements ne seront pas posés, le pays se retrouvera dans le cercle vicieux d’un éternel recommencement, avec des cycles d’instabilité. Il faut donc, que le pouvoir s’engage résolument dans la voie des actions qui libèrent le peuple de cette externalité négative, qu’est la corruption.

 

D’après tout, « l’optimisme de l’action est préférable au pessimisme de la pensée », comme dirait Harold Zindler.

 

 

Mouctar Diaby, Montréal
Administrateur économique et social

pour www.guineeactu.com 
 

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Vos commentaires
Cissé Oumar de Bma, lundi 6 avril 2009
Vous avez parfaitement raison Mr Bernard Auger! Une bonne partie de l`aide internationale est empochée par les gouvernants et l`autre partie est renvoyée hors du pays pour être répartie justement via les banques et les paradis fiscaux entre les complices qui siègent dans toutes ces instances internationales. La mafia est planétaire et elle ne soucie ni des dictateurs ni des peuples qui souffrent.
makhly, samedi 4 avril 2009
tu raisons la guinee besoin des gens comme merci ts ce que tu fait
AUGER Bernard, mercredi 1 avril 2009
Les richesses des pays d`Afrique, par qui sont-elles pillées au détriment de la population ? Par des investisseurs étrangers qui s`en mettent plein les poches avec l`assentiment des gouvernements de ces pays. Où vont les millions d`euros et de dollars que la communauté internationale dont l`Union Européenne et la France donnent depuis des décennies aux gouvernements de certains pays d`Afrique dont la Guinée ? Sont-ils utilisés pour venir en aide à la population qui vit depuis longtemps en grande majorité dans la misère? Pratiquement pas, ils servent à enrichir les chefs d`état si je m`en tiens aux nombreux e-mails que je reçois de Guinéens depuis longtemps et pour l`avoir constaté sur place pendant 7 ans!Pourquoi ? à cause de cette corruption institutionnalisée à tous les niveaux.Pourquoi la communauté internationale ne disait rien et tout à coup se met à protester contre la nouvelle junte militaire après le décès du Président Conté ? QUELLE HYPOCRISIE ! Cette corruption doit être éradiquée, le respect des droits de l`homme et la Loi Fondamentale doivent être respectés par tous et la communauté internationale, au lieu de donner des leçons de démocratie et de respect des droits de l`homme au pays les plus pauvres, ferait bien aussi de balayer devant sa porte. Elle doit aider la Guinée en toute transparence et les actions effectuées doivent être rendues publiques. Que Dieu aide la Guinée et les Guinéens

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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