dimanche 24 octobre 2010
La coopération Afrique-Europe : un partenariat à multiples facettes
Aliou Souleymane Diallo et Nabbie Soumah

Contribution de Nabbie SOUMAH au deuxième congrès international Afrique - Occident des 14, 15 et 16 octobre 2010 au campus « El Carmen » de la faculté de droit de l’université de Huelva (Andalousie-Espagne) sur le thème : Coresponsabilité dans le développement »


INTRODUCTION

La longue marche de la coopération euro-africaine, qui est un partenariat à multiples facettes, est caractérisée par trois phénomènes intimement liés :

- une segmentation progressive de la coopération Afrique-UE qui vient d’être révisée par l’accord de Cotonou.

- la concurrence féroce sur le plan économique et politique entre l’Europe et les pays émergents, qui sont de véritables « serial-concurrents » dans leur quête effrénée de parts de marchés sur le continent africain.

- l’immigration africaine qui est une épine dans le pied du Nord, de l’Europe du fait notamment de la persistance au Sud de la mauvaise gouvernance et ses corollaires que sont la pauvreté et l’exode pour connaitre un sort meilleur.

Mais promouvoir un partenariat équilibré, diversifié et rationalisé entre le « Vieux continent » et l’Afrique est le véritable défi à relever.

C’est un levier essentiel pour assurer l’indépendance réelle et le développement efficient des Etats africains.

 

A) UNE SEGMENTATION PROGRESSIVE DE LA COOPERATION

1°) Le dialogue Afrique-UE à travers trois canaux

L’Union européenne (UE) et l’Afrique entretiennent actuellement des relations qui se vivent à travers trois canaux :

- d’abord les relations bilatérales que des Etats européens cultivent avec leurs anciennes colonies ;

- ensuite, les accords de coopération au développement ou de coopération commerciale entre l’UE et les Etats africains ;

- enfin, plus récemment, un lien entre l’Union africaine (UA), les organisations régionales et sous-régionales africaines. La dimension continentale est donc reconnue et l’UA est devenue un partenaire privilégiée de la relation UE-ACP.

Dès lors, envisager la politique européenne en Afrique revient à distinguer entre ces différents niveaux qui se télescopent ou se renforcent sur le terrain.

La gestion directe des affaires africaines à un niveau supranational européen est un phénomène récent. Cette ambition est devenue possible avec l’adoption du Traité de Maastricht (entré en vigueur en 1993) qui a ouvert la voie à l’émergence d’une politique étrangère et de sécurité commune (PESC) de l’UE, suivie par une politique étrangère de sécurité et de défense (PESD) qui offre notamment à l’Europe une autonomie d’action dans la gestion militaire des crises.

Malgré l’élargissement de l’Union aux Etats scandinaves et à certains pays de l’ancien Pacte de Varsovie, l’UE continue d’assurer un lien avec l’Afrique et de lui garantir une place privilégiée dans ses relations internationales. La gestion commune des dossiers africains par les 27 Etats membres et la Commission européenne grignote progressivement les « pré-carrés » hérités de la colonisation.

Prenant appui sur la promotion d’intégrations économiques sous-régionales, l’Europe découpe ses relations avec l’Afrique en fonction de trois principales zones :

- l’Afrique blanche insérée dans le partenariat méditerranéen avec l'Union pour la Méditerranée (UPM) créée à Paris en juillet 2008 ;

- l’Afrique subsaharienne (intégrée dans l’Accord de partenariat de Cotonou ;

- l’Afrique du Sud qui bénéficie d’un traitement distinct eu égard à son niveau élevé de développement en tant que pays émergent (cf. le document de stratégie par pays pour la période 2007-2013 afin de réduire la pauvreté et les inégalités).

Cette segmentation permet à l’UE de déployer des moyens de coopération qui répondent aux spécificités de chaque sous-partenariat.

 

2°) Renforcement de la coopération au niveau de la jeunesse

Le 7ème stage de formation Afrique-UE pour les organisations de jeunesse s'est tenu juste avant la Coupe du Monde en Afrique du Sud du 23 au 30 mai à l'Université de Limpopo à 400 km de Johannesburg.

La formation organisée par le Centre Nord-Sud du Conseil de l’Europe en coopération avec l'Institut africain d'Afrique du Sud, le European Youth Forum et l'Union panafricaine de la jeunesse a rassemblé 40 jeunes d'Europe et d'Afrique. Ce stage visait le renforcement des organisations de jeunesse en tant qu'acteurs de la société civile dans le contexte du Partenariat stratégique Afrique-UE.

Le 2e Sommet de la Jeunesse Afrique-UE qui se tiendra en novembre 2010, juste avant le Sommet des Chefs d'Etat et de gouvernement Afrique-UE.

Un sommet similaire de la jeunesse s'était déjà tenu à Lisbonne (Portugal) du 5 au 7 décembre 2007 ; il y avait réuni 250 jeunes d'Europe et d'Afrique et 60 observateurs représentants de gouvernement, d'organisations régionales et internationales et des médias.

 

3°) Coopération universitaire et scientifique

Pour la première fois, les décideurs politiques de l’Europe et de l’Afrique sub-saharienne, ainsi que les organisations de recherche sur les technologies de l’information et de la communication (TIC), s’étaient réunis les 25 et 26 mars 2009 à Bruxelles.

Le 1er Forum sur la Coopération Afrique-UE, financé via le 7ème Programme-Cadre de l’UE, avait pour objectif d’étendre le dialogue entre les instituts de recherche en TIC d’Europe et d’Afrique sub-saharienne et les autorités des régions concernées.

L’objectif est la mise en réseau avec les participants-clés sur le terrain (privés et publics), d’identifier des partenaires de collaboration potentiels, d’en apprendre davantage sur le « Partenariat UE-AU en matière de sciences, TIC et espace » ainsi que sur les Programmes CE / CUA.

Un livre blanc sur la coopération universitaire pour le développement entre l’Afrique et l’Europe a été présenté le 28 septembre 2010 à Bruxelles. Ses recommandations sont issues des réflexions d’un consortium d’associations comme l’EUA, l’Association des universités africaines, le Flemish Inter University Council for Development coopération, le conseil Norvégien des institutions de l’enseignement supérieur, le European Access network et l’Union des étudiants européens.

« Ce projet est la première initiative concrète pour promouvoir la coopération universitaire entre l’Afrique et l’Europe », indique Lesley Wilson, la secrétaire générale de l’EUA. Le projet est financé par le programme Erasmus Mundus de l’UE.

L’une des principales recommandations est « d’intégrer la coopération de développement dans la stratégie globale d’internationalisation des établissements ». Programmes et diplômes communs sont des outils de coopération à privilégier pour les partenariats futurs.

L’université euro-africaine (UEA) a vu le jour à Dakar (Sénégal) récemment.

 

4°) Coopération transfrontalière

L’Europe s’est dotée de multiples cadres juridiques pour favoriser et encadrer la coopération transfrontalière. On dénombre aujourd'hui 115 régions européennes mettant en œuvre des programmes de coopération transfrontalière.

L’approche ouest-africaine pourrait s’appuyer sur l’expérience européenne qui est la plus aboutie dans le monde ; l’idée est de créer des liens de coopération technique et financière entre les régions frontalières européennes et les régions frontalières ouest africaines.

 

5°) Le mécanisme d’aide budgétaire FLEX relatif à la vulnérabilité (V-FLEX)

Le mécanisme V-FLEX intervient de manière préventive, en se fondant sur les pertes budgétaires prévues et sur d’autres critères de mesure de la vulnérabilité, contribuant ainsi à atténuer les effets de la crise, au lieu d’agir lorsque la situation est devenue critique. Il octroie à bref délai des subventions ciblées et s’inscrit en complément de l’aide accordée sous la forme de prêts par la Banque mondiale, le Fonds monétaire international et d’autres banques de développement régional qui ont participé à sa conception.

La Commission européenne a approuvé les premières décisions de financement au titre de la dotation de 264 millions € allouée en 2010 dans le cadre du mécanisme FLEX relatif à la vulnérabilité afin d’aider les pays les plus vulnérables d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) à faire face aux répercussions de la crise financière mondiale et du ralentissement de l’activité économique, notamment des déficits de financement dans le budget de leur gouvernement. Le mécanisme FLEX relatif à la vulnérabilité constitue un instrument à court terme, doté de 500 millions € sur une période de deux ans (2009‑2010).

M. Andris Piebalgs, membre de la Commission responsable du développement, a déclaré à ce sujet: « Les pays en développement restent confrontés à d’importantes difficultés Cette année, ce mécanisme mis en place par l’UE permettra à 19 pays ACP de maintenir leur niveau de dépenses publiques dans des domaines prioritaires et, par conséquent, d’atténuer les conséquences sociales du ralentissement de l’activité économique

Le mécanisme V‑FLEX, doté de 500 millions €, s’ajoute à la Facilité alimentaire, dotée pour sa part de 1 milliard € et adoptée le 30 mars 2009, ainsi qu’à la somme de 200 millions € allouée en 2008 dans le cadre du Fonds européen de développement (FED) afin d’aider les pays e

Au niveau national, il vient compléter d’autres instruments financiers relevant du budget de l’UE et du FED.

 

6°) Un partenariat révisé et adapté

La révision de l’accord de Cotonou vise à adapter le partenariat aux changements intervenus pendant la dernière décennie ; les négociations ont été finalisées le 19 mars 2010 à Ouagadougou (Burkina Faso).

L'accord de Cotonou révisé entrera probablement en vigueur à la date du 01 novembre 2010. Il fait suite aux accords de Yaoundé et Lomé et est devenu l’accord de partenariat le plus complet entre les pays en développement et l’UE.

Depuis 2000, il constitue le cadre des relations de l’UE avec 79 pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP). Sa première révision a eu lieu en 2005 et a ouvert la voie au cadre financier 2007-2013 de l’aide au développement.

L’importance croissante de l’intégration régionale dans les pays ACP et dans la coopération UE-ACP : son rôle dans la promotion de la coopération, de la paix et de la sécurité, dans le développement de la croissance et dans la résolution des problèmes transfrontaliers est souligné.

En Afrique, la dimension continentale est également reconnue et l’Union africaine devient un partenaire de la relation UE-ACP.

Le nouvel accord mettra l’accent sur l’interdépendance entre sécurité et développement et s’attaquera conjointement aux menaces qui pèsent sur la sécurité. Il prêtera attention à la consolidation de la paix et à la prévention des conflits.

D’importants défis doivent être relevés pour atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement : sécurité alimentaire, lutte pour le développement durable, la croissance, la réduction de la pauvreté, la durabilité des ressources halieutiques, la réduction du coût des transactions, la coordination des donateurs pour une aide efficace, la nouvelle relation commerciale et l’expiration des préférences à la fin de 2007, contre le VIH/Sida, le changement climatique, etc.

Le nouvel accord reconnaîtra clairement le rôle des parlements nationaux, des autorités locales, de la société civile et du secteur privé.

 

B) LA CONCURRENCE EUROPE-PAYS EMERGENTS EN AFRIQUE : DE « SERIAL CONCURENTS »

Il existe une concurrence féroce sur le plan économique et politique entre l’Europe et les pays émergents : ils sont devenus de véritables « serial-concurrents » dans leur quête effrénée de parts de marchés sur le continent noir.

La Chine est accusée de l’aggravation du surendettement des pays africains à qui elle octroierait de l’aide sous forme de prêts sans condition, sans discernement.

Ceci contrairement à la doctrine « démocratique » mitterrandienne de la Baule de juin 1990 et aux institutions contraignantes (FMI et Banque mondiale) de Bretton Woods.

En réalité, la France est aujourd’hui sur la défensive dans son « pré carré » africain et demeure inquiète d’y perdre pied au profit de la Chine et d’autres pays émergents, tels l’Inde et le Brésil.

La Chine s’est « éveillée » comme le pressentait l’homme politique et académicien Alain Peyrefitte (1925-1999) et s’est hissée au rang de puissance économique attrayante et performante, d’interlocutrice politique influente dans les relations internationales, notamment vis-à-vis des USA.

Son économie est florissante avec une croissance à deux chiffres (12 % dans le 1er trimestre 2010) ; elle détient une grande part des réserves financières mondiales. Le centre de gravité de la production mondiale, notamment automobile (Volvo suédois vient d’être rachetée ce mois), se déplace vers elle.

Ses articles à petits prix sont prisés et représentent une véritable aubaine pour des populations africaines en proie à la misère. La manne financière de la Chine est donc la bienvenue, une bouffée d’oxygène pour l’Afrique face à la rareté du crédit.

La Chine est dans une posture expansionniste, offensive en Afrique avec des projets, des financements à tour de bras. Par exemple, le géant minier anglo-australien Rio Tinto vient d’annoncer la mise sur pied d'un projet de 2,9 milliard de dollars avec le groupe de métaux chinois Chinalco portant sur le développement commun d'une activité minerai de fer à Simandou en Guinée.

La compétition internationale est impitoyable et ce géant asiatique est entrain de creuser l’écart vis-à-vis de ses concurrents en mettant l’accent sur les investissements dans le développement des infrastructures, l’exploitation des ressources naturelles, l’agriculture, la banque et d’autres secteurs.

 

C) L’IMMIGRATION AFRICAINE, UNE EPINE DANS LE PIED DE L’EUROPE

L’immigration africaine est une épine dans le pied du Nord, de l’Europe du fait notamment de la persistance au Sud de la mauvaise gouvernance et ses corollaires que sont la pauvreté et l’exode pour connaitre un sort meilleur.

De ce fait des africains meurent dans une traversée en pirogue dans la Mer méditerranée et l’Océan Atlantique pour rejoindre l’Europe qui ressemble à un voyage en aller simple vers l’enfer.

Des images insoutenables des naufragés des barques africaines qui échouent sur les côtes espagnoles dans les Iles Canaries et italiennes dans l’Ile de Lampedusa ont ému et alerté l’opinion publique des deux côtés de la Méditerranée en particulier, et la communauté internationale, in extenso.

L’actualité des relations afro-européennes se trouve dominée par les questions d’immigration.

Le traitement médiatico-politique fait à ces évènements douloureux renvoie à plusieurs problématiques, notamment la question des relations économiques, du partenariat entre l’Europe et l’Afrique.

Par ailleurs, le rapatriement forcé est vécu comme un retour vers l’enfer (Afrique) par ceux qui avaient réussi la traversée de l’autre enfer (la mer et/ou le désert) vers le paradis, (entendez l’Europe qui demeure le salut, l’Eldorado pour des populations désœuvrés et en proie au désarroi, à la désespérance sociale).

 

1°) La notion de la diaspora

Qui dit « immigré » sous-entends « diaspora ».

Le mot grec « diaspora » signifie « dispersion » ; il fut d’abord utilisé par Thucydide, un homme politique et historien grec, pour qualifier l’exil forcé des habitants de l’île d’Egine vaincue par Athènes.

Il sera repris dans l’histoire religieuse pour relater l’éparpillement des premières communautés chrétiennes dans l’empire romain. Aux 1er et 2e siècles après Jésus Christ, le qualificatif « diaspora » fut utilisé pour évoquer des Juifs dispersés et chassés de Palestine.

L’Afrique, berceau de l’humanité, a été le point de départ des premiers flux migratoires vers d’autres cieux ; la migration est un phénomène naturel, inhérent à la nature humaine. Mais l’esclavage, la traite ignominieuse des « Nègres », engendra une « dispersion » forcée de communautés africaines sur le Nouveau Continent.

La notion de « diaspora », d’expatriation avec la formation, la constitution de « communautés » minoritaires nationales résidant à l’étranger, au fil du temps, sera élargie pour quatre raisons majeures :

- des événements tragiques liés à la politique, à la traque des opposants, aux guerres entre Etats, de libération ou civiles : les Arméniens, les Vietnamiens, les Palestiniens, les Cubains, les Haïtiens, les Kurdes, les populations des anciennes colonies portugaises, etc.

- une situation économique insupportable : les diasporas irlandaise, mexicaine, indienne, africaine, etc.

- les catastrophes naturelles liées à la problématique environnementale, aux questions écologiques, à la dégradation de notre planète du fait de l’Homme : les déplacements massifs de populations fuyant les zones sinistrées.

- la préservation de réseaux communautaires : certaines diasporas se sont constituées par vagues migratoires successives durant plusieurs siècles mais avec des stratégies fondées sur la préservation de réseaux communautaires ; à l’instar de la diaspora chinoise ou irlandaise.

Quelles que soient les raisons de l’expatriation, le groupe reste homogène, renforce la solidarité interne pour lutter contre toute forme d’ostracisme, de discrimination, pour préserver sa culture, ses traditions et surtout pour conserver la mémoire du désastre initial et des faits ayant entraîné, occasionné sa migration (cf. les Arméniens, les Kurdes, les Juifs).

 

2°) L’Afrique abandonnée : le cas social de l’humanité

L’indépendance « officielle », octroyée il y a 50 ans à de nouveaux Etats africains n’entraîne aucune remise en cause fondamentale de leurs rapports avec la France qui doit faire face actuellement à la rude concurrence des pays émergents dans son « pré carré ».

Par ailleurs, quant au nouvel ordre intérieur, au nouveau système de gouvernance issu de ce processus de décolonisation inachevé, il s’avère malheureusement instable et anti-démocratique sur le plan politique, socialement altéré et économiquement anémié dans un continent qui est à la dérive, le réceptacle de tous les malheurs de la terre, en proie à une pléthore de crises et de fléaux.

L’Afrique a été abandonnée depuis belle lurette par ses dirigeants, ses élites et l’Occident qui lorgne vers l’Europe de l’Est et l’Asie qui est devenu le centre de gravité de la production mondiale, notamment automobile

Certaines tendances s’y dessinent malheureusement et persistent :

- l’absence d’une véritable alternative au modèle répressif et corrompu en dehors de « coups d’Etat dits démocratiques » ;

- l’Etat y est devenu le lieu privilégié d’accaparement patrimonial où s’accroissent les inégalités territoriales, les conflits fonciers (la terre étant un identifiant), les replis communautaires, confessionnels comme au Nigeria (cf. les massacres à Joss).

- la sénilité croissante des pouvoirs vieillissants, fossilisés, hystériques et carnassiers avec des successions dynastiques comme au Togo et au Gabon ;

- la misère, la désespérance sociale, l’enkystement de pans entiers de la société ;

- l’irrépressible désir de survivre, d’exode quitte à braver les mers hostiles, le désert et des passeurs sans scrupule.

Par ailleurs, l’échec de l’idéal panafricaniste et de l’intégration régionale accentue les faiblesses, la vulnérabilité du continent noir.

La manne financière réorientée vers l’Europe de l’Est conjuguée au mirage de l’aide publique au développement (APD) promise par les pays du Nord augurent de la rareté des investissements, du crédit et plomberaient davantage les projets de développement des Etats du Sud sans le concours financier des pays émergents comme la Chine.

En 2007, la France a même réduit de 66 millions de dollars son APD à l’Afrique dont l’épargne des immigrés vers leurs pays d’origine est supérieure à cette APD.

Par exemple, la manne financière de la diaspora malienne dépasse l’APD de la France : 120 milliards CFA soit 182 M€ pour 120 000 maliens dont 50 000 en situation irrégulière. Elle devait représenter 0,7 % du revenu national brut (RNB), mais en 2007 elle n’est en réalité que de 0, 4 %, voire 0,27% hors remise de dette.

Une partie de l’APD constitue de l’aide liée car elle revient aux pays donateurs, entre autres par l’achat d’aliments, de médicaments, d’équipements et de services provenant du Nord, de l’Europe.

 

3°) La directive européenne dite « Retour » du 18 juin 2008

En Europe et en France, on note une démarche constante et cohérente de stigmatisation des immigrés pour des raisons électoralistes notamment.

En effet, depuis 2002 à 2010, on note que 11 lois sécuritaires ont été promulguées en France dont cinq relatives à l’immigration et au droit d’asile:

La directive européenne dite « Retour » vise l'expulsion des étrangers en situation irrégulière qui fixe à 18 mois la durée maximale de leur placement en rétention et prévoit à leur encontre une interdiction de séjour de 5 ans dans l'UE. Elle a fait l'objet d'un socle juridique commun, d’un accord de compromis entre les 27 et le Parlement européen, et fut fortement contestée à gauche et par des associations de défense des travailleurs immigrés qui l'ont qualifiée de « directive de la honte ».

Ce texte a été adopté par 367 voix contre 206 et 109 abstentions. L'Irlande, le Royaume-Uni et le Danemark qui ne participent pas à l'espace Schengen, ne seront pas liés par le texte.

Le nombre d'immigrés illégaux est estimé à huit millions dans l'UE par la Commission européenne. Plus de 200 000 illégaux ont été arrêtés dans l'UE pendant la première moitié de 2007 mais moins de 90 000 ont été expulsés.

 

4°) Le Pacte européen sur l’immigration et l’asile

Confrontée à la gestion des flux migratoires, à l’afflux de clandestins venus majoritairement d’Afrique du Nord et d’Afrique subsaharienne, l’UE cherche à l’endiguer en utilisant à la fois la manière forte et le dialogue avec les pays d’origine des immigrés.

Ce pacte a été proposé par la France et adopté par le Conseil européen de Bruxelles des 15 et 16 octobre 2008 ; il s’articule autour de trois volets pour traiter le phénomène migratoire dans toutes ses dimensions :

- l’organisation de la migration légale ;

- la lutte contre l’immigration irrégulière ;

- le co-développement rebaptisé « développement solidaire ».

La Tunisie, le Congo Brazzaville, le Sénégal, le Bénin, le Gabon, le Cap-Vert et le Burkina Faso ont déjà adhéré à ce traité.

 

5°) L'immigration illégale africaine en Europe : Le cas de l'Espagne

L'Espagne se trouve actuellement confrontée au problème de l'immigration illégale qui provient de plusieurs pays et continents, mais la façon dramatique et le rôle des mafias focalisent l'attention sur l'immigration illégale africaine. La situation géographique de l'Espagne, « porte d'entrée » de l'Afrique, explique en bonne partie phénomène ; seuls 14 km séparent les deux continents.

La stratégie des autorités espagnoles comporte ici deux axes essentiels :

- le premier est une coopération avec l'Afrique, visant à encourager le développement économique et politique des pays africains ;

- le second est un resserrement de la coopération européenne visant à mieux protéger les frontières communes et à améliorer l'intégration en Europe des populations immigrées.

L'Espagne, pays d'émigration jusqu'à une date récente, est devenue, en l'espace de trois décennies, un pays d'immigration avec 2.873.250 étrangers autorisés à résider au 31 mars 2006.

Une première régulation en la matière est intervenue en avril 1985 avec l'approbation par le parlement de la loi organique sur les droits et libertés des étrangers résidents en Espagne. Cette loi, de nature assez restrictive, n'aurait pas empêché l'immigration illégale.

Des modifications importantes et successives des textes se sont avérées nécessaires en raison de l'augmentation des flux et des nouvelles réalités en la matière.

Désormais, parmi les textes fondamentaux on trouve la loi organique 4/2000 du 11 janvier 2000 relative aux droits, libertés et intégrations des étrangers en Espagne, modifiée à plusieurs reprises, et le décret d'application 2393/2004 du 30 décembre 2004.

Selon le ministre de l’intérieur Alfredo Perez Rubalcada, le 16 janvier 2010, « les arrivées d’immigrés clandestins par la mer auraient chuté de 45,7 % en 2009 ».

 

CONCLUSION

Promouvoir un partenariat équilibré, diversifié et rationalisé entre le « Vieux continent » et l’Afrique demeure le véritable défi à relever

C’est un levier essentiel pour contribuer à la lutte contre la pauvreté, à l’indépendance réelle et au développement efficient des Etats africains.

La France, grâce à sa place particulière en Afrique, doit assumer un rôle de locomotive, d’entraînement en faisant pression sur la communauté internationale afin de créer de nouvelles règles du jeu en vue d'un développement intelligent, créatif et culturel.

Pour cela, elle devra s'affranchir de vieux réflexes répondant à des visions à court terme et à des tentations plus affairistes que visionnaires. Une nouvelle culture de sa propre coopération lui permettrait d'accentuer son assistance, déjà multiforme, sur le continent africain et de construire un véritable programme ambitieux de coopération.

Et surtout signer l’acte de décès de la Françafrique qui est un préalable salutaire.


Nabbie Ibrahim « Baby » SOUMAH
Juriste et anthropologue guinéen
Président du Collectif Guinée Mémoire


Vous êtes invité à voir l'album photo de Nabbie Soumah intitulé : 2e congrès international Afrique-Occident à Huelva (Andalousie-Espagne) des 14, 15 et 16 oct. 2010


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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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