mercredi 17 février 2010
La classe politique sait-elle réellement ce que nous voulons ?
Amadou Damaro Camara

Si le CNDD a montré ses limites à conduire la Guinée vers la démocratie dans un environnement de sécurité, l’opposition guinéenne malheureusement ne semble pas constituer une alternative crédible, non plus, pour atteindre ce noble objectif. Est-il besoin de rappeler le nombre de fois que la Guinée a raté des rendez-vous avec l’histoire ?

Comme l’a souligné Haidara de Chicago, la politique est un jeu de mensonges. Mais après moult réflexions, nous avions cru bon de compléter sa pensée en ajoutant ceci : …mais il n’est pas permis à tous les menteurs de le faire ou de la faire selon qu’il s’agisse du jeu ou de la politique. En effet, pour une certaine catégorie d’Africains et pour bien d’autres ailleurs, un politicien (le concept étant dilué), est un homme amoral et immoral, corrupteur et corruptible, roublard à souhait, chevalier d’industrie, etc. Toutes ces combinaisons étant des antivaleurs religieuses donc, une personne sans foi, l’antéchrist ou le « kafr ». Malheureusement les politiciens professionnels ne font rien pour dédire ces appréhensions fondées ou non dans certains cas. Dans sons sens le plus restrictif, Politikè ou art politique, il se réfère à la pratique du Pouvoir, ainsi donc, aux luttes de Pouvoir et de sa représentativité entre hommes et femmes de Pouvoir et aux différents Partis Politiques auxquels ils peuvent appartenir, tout comme à sa gestion. Il est de nature sous nos tropiques de concevoir les choses dans l’optique qui sied bien à nos intérêts inavoués. La politique se trouve ainsi limitée aux luttes et aux querelles de personnes et, de ce que représentent celles-ci. Le concept du pouvoir que nous avons et le concept que nous avons du Pouvoir se dirigent inexorablement vers l’onction de l’Infaillible. Certes, Dieu donne le pouvoir comme d’ailleurs la vie, mais sa gestion quotidienne est du ressort de l’humain qui, lui, est faillible de par le sanctuaire du Libre choix. C’est au nom de ce Libre choix - donc de notre décision souveraine - qu’il nous est demandé de rendre compte devant Dieu et les hommes des orientations à faire subir par nous sur les membres de notre société. Ainsi, faire la politique n’est ni être fourbe ni être saint. Pour dire comme André Malraux : on ne fait pas la politique avec la morale, mais on n’en fait pas avantage sans elle. Nos politiciens chevauchent allègrement ce terre-plein central consciemment ou inconsciemment au grand dam des populations dont le concept de la politique est encore à la parole d’évangile.

Les derniers événements nous offrent l’ultime opportunité de nous réconcilier entre nous, et avec nous-mêmes, en créant une vraie démocratie. Qui sous-entend :

-Une égalité réelle et concrète de tous les citoyens devant les choix de sociétés.

-La garantie effective des libertés fondamentales, notamment : la liberté de conscience, la liberté d’expression, la liberté de réunion et d’association, la liberté de la presse, la fin des arrestations arbitraires, etc.

-L’existence d’un système et d’une pratique judiciaires basées sur les lois, librement établies par le peuple ou ses représentants, et respectées par le gouvernement et ses employés.

Le « momentum » actuel a été obtenu dans l’unité d’action par tous les guinéens toutes ethnies confondues ; qui est la démonstration que chaque fois que les idéaux sont nobles et d’ordre national, nous savons nous mobiliser comme un seul homme.

Ne nous trompons donc pas de combat, pour nous perdre dans des conjectures et autres diatribes qui ne sont que sémantiques dont l’éloquence n’avance en rien la cause pour laquelle tant ont donné leurs vies.

Les facteurs ethniques dans notre pays sont très sensibles et toujours émotionnels. Ces facteurs ont apporté plus de problèmes que de solutions aux sociétés qui ont essayé de les résoudre en dehors du cadre de la démocratie. La Yougoslavie, le Ruanda sont des exemples assez éloquents en la matière. Les politiciens ne semblent pas être conscients de ces faits. Ils ne sont intéressés que par les élections. Comme pour dire élisez-moi d’abord puis on verra le reste.

Voyons ! Malgré la « longue agonie » du président Conté, non seulement nos politiciens n’ont pas pu mettre en place une alternative crédible pour l’après Conté, mais ils ont, pour ceux qui en ont, proposé à leurs relations qu’une transition militaire était la meilleure voie à suivre pour cette période. Ils n’avaient apparemment aucune idée de l’état de désorganisation de cette armée. Un comportement inacceptable pour des vieux briscards de la politique dont certains parmi eux ont géré cette Guinée avec la fortune qu’elle connait aujourd’hui.

Par ailleurs s’il y a quelque chose sur lequel le consensus est fait, est que la Guinée est malade. N’est-il pas essentiel, donc, qu’a priori l’on diagnostique d’abord ces maux pour y apporter sinon des remèdes, du moins des options susceptibles de guider le choix ?

N’est-il pas nécessaire de créer un cadre de concertation pour passer en revue de manière apaisée notre passé de 51ans pour nous réconcilier sur la base d’un pardon que tous les Guinéens appellent de tous leurs vœux ?

Nous savons par exemple que le président Conté a laissé derrière lui un flou constitutionnel. Le mandat présidentiel est-il de cinq ans ou de sept ? Est-il renouvelable une fois ou indéfiniment ? Étions-nous d’accord sur le dernier tripatouillage de la constitution opéré par Conté et sa « majorité » sans consultation du peuple ? Tant de questions sans réponses claires.

L’actuelle Cour suprême qui a démontré à plus d’une occasion que le droit ne lui dit rien à côté de l’intérêt personnel de celui qui la préside, est-elle suffisamment outillée pour dire le droit dans un pays qui a perdu l’usage de ses normes ?

Allons-nous nous accommoder des maires et chefs de quartier dont la quasi totalité est nommée ou imposée par l’ancien régime ? Allons-nous laisser ces non ou mal élus surveiller les prochaines élections ?

Quelles sont les institutions qui vont garantir ou valider les élections dont on parle tant et qu’on est si pressé d’avoir ?

Quelle est et quelle sera notre attitude devant l’impunité pour tant de vies qui ont été sacrifiées pour cette démocratie ? Allons-nous les pleurer seulement le temps de saisir une portion de ce pouvoir qui semble être notre ultime but ?

Pour celui qui connait l’opportunisme politique du Guinéen, après l’élection du président, il est presque certain que l’assemblée qui va suivre ne sera que la caisse de résonnance du nouvel exécutif. Car les élections suivantes seront organisées par le nouveau président. Adieu les débats d’idée, vive la démagogie et bonjour à une nouvelle dictature.

Ne faudrait-il pas commencer par les législatives pour faire la synthèse entre les partis et les possesseurs d’agréments dont les derniers sont ceux qui nous tympanisent le plus ?

De quelle légitimité tous ceux qui se déclarent leaders pour choisir à notre place le chemin qu’ils veulent, alors qu’ils ne sont investis d’aucun mandat de notre part, se targuent-ils ?

Allons-nous oublier que c’est l’armée guinéenne, habituée aux délices des privilèges, qui doit céder le pouvoir ? La seule au monde qui n’a pas de corps de métiers ; une structure qui a été le point de chute de tous les voyous dont l’éducation a été ratée par les familles sous prétexte de les « redresser ». Nous aimons souvent dire que les militaires doivent être dans les casernes. Eh bien la nôtre n’a pas de casernes pour y être cantonnée, éduquée et surveillée.

Il sera très facile à une armée désorganisée comme la nôtre d’empêcher le futur pouvoir de travailler dans la sérénité, même si elle ne le renverse pas.

Voulons-nous d’un président de la constitution ou une constitution du président ? Ou encore, comme l’a si bien dit Titi Sidibé, que voulons-nous, la démocratie du pouvoir ou le pouvoir de la démocratie ? Cette hypothèse qui place la lutte citoyenne politisée (et non politique) dans une recherche effrénée du seul pouvoir.

La démocratie étant le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple, pourquoi allons-nous laisser un président qui n’est heureusement pas encore élu le paramétrer à notre lieu et place ? 

Si nous pouvons trouver les réponses à ces questions dans le seul intérêt du peuple, alors c’est maintenant ou jamais l’occasion de créer d’abord les institutions avant de les meubler avec un président citoyen, des ministres citoyens, des députés citoyens etc. et des « citoyens-citoyens » conscients de leurs droits et devoirs pour légitimer les uns et les autres.

Ne prenons plus le risque de faire de nos institutions républicaines des étoffes que le prochain président va coudre à sa mesure en laissant le reste du peuple sans couverture. Car les élections n’ont jamais garanti la démocratie. Seules les institutions fortes constituent les piliers sur lesquels une vraie démocratie peut être assise. Dans son acception la plus noble Politeia (constitution), elle concerne la structure et le fonctionnement d’une communauté, d’un groupe social, etc., elle se rapporte à l’équilibre et au bien-être de cette société, ses rapports internes et ses relations avec d’autres ensembles ; donc, ce qui a trait au collectif, à une somme d’individualité et à une multiplicité de domaines. Déduction : tout n’est pas politique mais la politique s’intéresse à tout. Du Droit à la Sociologie, de l’Economie à la Religion et bien d’autres aspects de notre vie de tous les jours... Souvenons-nous, la politique sert à la cohésion et à la stabilité de la société. C’est en cela qu’il est accepté cet apophtegme : toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. Nous avions envie d’ajouter cet autre postulat à nous : Quand on sait comment les dire, quand les dire et à qui les dire, toutes les vérités sont bonnes à savoir. De ces vérités ainsi connues, des décisions idoines, justes et réparatrices permettront l’émancipation qualitative des masses lorsque les politiques sauront les en faire profiter.

Les patriotes n’agissent pas pour les futures élections mais pour les futures générations.

Bonjour à tous


Amadou Damaro Camara,
Atlanta USA


www.guineeactu.com

Retour     Imprimer cet article.    

Vos commentaires
Amadou Damaro Camara, samedi 20 février 2010
Merci « Lamine » pour votre observation pour n’avoir pas mis des guillemets. Je suis sure que si vous ajoutiez 15 autres pour cent de vos nouvelles idées a mes 15% tout le monde en profiterai. C’est comme ca que la culture s’acquiert. Et si ca vous intéresse, j’ai eu et continue d’avoir des échanges de mail avec Haidara sur d’autres sujets que celui-ci ; et cela en amont comme en avale de cet article. Merci pour la contribution. Damaro
Habib Diallo, samedi 20 février 2010
“No justice No peace” autrement “Sans justice il n’y a pas de paix”. Si PIVI et co avaient été jugés après les meurtres de 2007, il n’y aurait pas eu les meurtres des policiers en 2008, il n’y aurait pas eu les massacres de 28 septembre 2009, ils ne seraient pas indexés pour les crimes de Siguirini. Si PIVI et co ne sont pas jugés aujourd’hui , ils vont ASSUREMENT commettre des crimes dans le future.
Lamine, samedi 20 février 2010
Mr Camara, j`ai lu cet article sur maliweb et fmliberte. Effectivement il est de Cherif Haidara de Chicago. Vous n`avez que rajouter moins de 15% de vos idees. Ouvrez les guillemets quand vous citez quelqu`un ou citez le avant toute citation. C`est cependant bien adapté au cas gyineen. Merci
Modibo on, jeudi 18 février 2010
C`est seulement en Guinee, un pays commande par un president et un staff aussi bete que leurs pattes que l`on parle d`audit de 25 ans. selon la majeure partie des plans comptables on ne conserve les documents comptables que pour 10 ans. tous les systemes comptables informatisés se limite au maximum a cinq ans. comment voulez vous qu`on audite des informations detruites. il me semblait qu`en meme que nous les jeunes nous sommes cultivés, intellectuels et bien reflechis mais vous me decevez avec vos discussions steriles. il me semble aussi que dans un pays les crimes de sang sont plus importants que les crimes economiques. je vous laisse mediter. bye bye.
BOKAR BAILA LY, jeudi 18 février 2010
BONNE ANNEE MON FRERE!Reflexion pleine de sagesse et de bons sens!
Bah Ley miro, jeudi 18 février 2010
Pour ceux qui réfléchissent bien, c`est Monsieur Tounkara qui a raison contre M. Abdoulaye Keita. Il faut que les partis pris cessent sinon la guinée ne s`en sortira jamais.
FIDEL, jeudi 18 février 2010
Mr Keita Abdoulaye (soidisant, il y a eu audit bien sur en 1984 apres le coups d`Etat. Il a été meme dit que nul ne serait victime de poursuite pour crime politique, que seuls les crimes économiques restent valables. Une équipe a été mise sur pied pour ce travail, et le resultat etait qu`il n`y avait aucun crime économique. Tu peux tout dire, tout inventer sur le chien mais ses dents resteront blanches quand meme. Je ne nie pas le camp boiro ni les tortures qui sont justifiés par les complots aussi, mais la gestion des biens publics etait saine. Tu peux lire agent CID. Merci
abdoulaye Keita, jeudi 18 février 2010
Mr Tounkara, Avez-vous fait un audit sur la gestion de ce tyran dont les rejetons sont parmi les plus riches de la diaspora guineenne? Qui gerait les mines et qui dirigeait toutes les activites economiques de la Guinee durant le regne du sanguinaire. Epuis, nous devons eviter de vanter cette gestion la plus catastrophique du pays. C`est le passage de ce sanguinaire incompetent qui a innove et developpe l`ethnocentrisme dont sont victimes les partis politiques de nos jours, la pauvrete dans le pays, les crimes humains, la prostitution, en un mot la delinquence en Guinee. Conte, Dadis et Konate ne sont que ses enfants.
Tounkara Barou, mercredi 17 février 2010
Cher Monsieur qui exige de faire les comptes sur 52 ans, LE MONDE ENTIER SAIT que le premier régime est mort depuis 1984, lorsqu`on a tué sans jugement les proches et tous les collaborateurs du Président Sékou Touré qui avait laissé intactes les richesses du pays ! Par conséquent, aucune nouvelle punition pire ne peut être trouvée par tous ceux qui ont trop longtemps intoxiqué et trompé le peuple. Par contre, les collaborateurs de Lansana Conté sont toujours actifs, puisque vous semblez avoir réussi à empêcher les AUDITS, en embobinant, ou entraînant des traîtres, et des moutons dans vos mics-macs. Vos actions ont pour seul but de protéger la mafia multiethnique archi connue et tous ceux qui agissent et parlent comme vous, sont intellectuellement malhonnêtes. Vous échouerez dans vos amalgames et autres tentatives de noyer le poisson, car, élections ou pas, les pillards qui ont réellement ruiné la Guinée de 1984 à 2009 (25 longues années) seront rattrapés et punis, puisque Dieu existe.
Sékou Oumar Camara, mercredi 17 février 2010
Mon cher Damaro, je suis tellement en phase avec toi que tout commentaire sur ton papier serait superfétatoire!
Barry, mercredi 17 février 2010
Bonjours Mr. Traore Bangaly Pourquoi se limiter seulement au 24 ans de Lansana Conte. Il es certain que depuis que Guinee est independante elle Soufre. Alor nous avons besoin de fair les Comptes de 52 ans. Sekou Toure , Lansana Conte et le CNDD et ses Membres. Cela touch aussi Mr. Konate qui accepter et cautioner L`anachie pendant 1 ans et demi.
FIDEL, mercredi 17 février 2010
Bien dit Bangaly, merci. Fidel comme son nom
Bangaly Traoré, mercredi 17 février 2010
La guinée,dépourvu de toute culture démocratique,notre pays a jusqu`à présent vécu sous la botte d`une élite cupide,amorale,inconsciente et irresponsable.Toute la richesse nationale a été bradée,confisquée ou dilapidée,laissant le peuple dans la faime,les maladies sans soins,la misère quotidienne et le désespoir.La classe politique est composée en grande partie d`un personnel pusillanime,roublard,rompu à la duplicité et aux manoeuvres pliticiennes vénales.Cette classe politique ne montre aucune ambition sérieuse pour la guinée.Pour le moment l`objectif doit être d`etablir la justice et la vérite sur les crimes de sang et économiques dont le peuple a été victime pendant 24ans sous le régime criminel de tyran de feu conté et les clans.NB:les élections sont nécessaires,mais la justice est incontournable pour la réconciliation et l`unite de notre pays.Bangaly Traoré Afrique-sud.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
© Tous droits réservés guineeActu.com 2011