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Si le CNDD a montré ses limites à conduire la Guinée vers la démocratie dans un environnement de sécurité, l’opposition guinéenne malheureusement ne semble pas constituer une alternative crédible, non plus, pour atteindre ce noble objectif. Est-il besoin de rappeler le nombre de fois que la Guinée a raté des rendez-vous avec l’histoire ?
Comme l’a souligné Haidara de Chicago, la politique est un jeu de mensonges. Mais après moult réflexions, nous avions cru bon de compléter sa pensée en ajoutant ceci : …mais il n’est pas permis à tous les menteurs de le faire ou de la faire selon qu’il s’agisse du jeu ou de la politique. En effet, pour une certaine catégorie d’Africains et pour bien d’autres ailleurs, un politicien (le concept étant dilué), est un homme amoral et immoral, corrupteur et corruptible, roublard à souhait, chevalier d’industrie, etc. Toutes ces combinaisons étant des antivaleurs religieuses donc, une personne sans foi, l’antéchrist ou le « kafr ». Malheureusement les politiciens professionnels ne font rien pour dédire ces appréhensions fondées ou non dans certains cas. Dans sons sens le plus restrictif, Politikè ou art politique, il se réfère à la pratique du Pouvoir, ainsi donc, aux luttes de Pouvoir et de sa représentativité entre hommes et femmes de Pouvoir et aux différents Partis Politiques auxquels ils peuvent appartenir, tout comme à sa gestion. Il est de nature sous nos tropiques de concevoir les choses dans l’optique qui sied bien à nos intérêts inavoués. La politique se trouve ainsi limitée aux luttes et aux querelles de personnes et, de ce que représentent celles-ci. Le concept du pouvoir que nous avons et le concept que nous avons du Pouvoir se dirigent inexorablement vers l’onction de l’Infaillible. Certes, Dieu donne le pouvoir comme d’ailleurs la vie, mais sa gestion quotidienne est du ressort de l’humain qui, lui, est faillible de par le sanctuaire du Libre choix. C’est au nom de ce Libre choix - donc de notre décision souveraine - qu’il nous est demandé de rendre compte devant Dieu et les hommes des orientations à faire subir par nous sur les membres de notre société. Ainsi, faire la politique n’est ni être fourbe ni être saint. Pour dire comme André Malraux : on ne fait pas la politique avec la morale, mais on n’en fait pas avantage sans elle. Nos politiciens chevauchent allègrement ce terre-plein central consciemment ou inconsciemment au grand dam des populations dont le concept de la politique est encore à la parole d’évangile.
Les derniers événements nous offrent l’ultime opportunité de nous réconcilier entre nous, et avec nous-mêmes, en créant une vraie démocratie. Qui sous-entend :
-Une égalité réelle et concrète de tous les citoyens devant les choix de sociétés.
-La garantie effective des libertés fondamentales, notamment : la liberté de conscience, la liberté d’expression, la liberté de réunion et d’association, la liberté de la presse, la fin des arrestations arbitraires, etc.
-L’existence d’un système et d’une pratique judiciaires basées sur les lois, librement établies par le peuple ou ses représentants, et respectées par le gouvernement et ses employés.
Le « momentum » actuel a été obtenu dans l’unité d’action par tous les guinéens toutes ethnies confondues ; qui est la démonstration que chaque fois que les idéaux sont nobles et d’ordre national, nous savons nous mobiliser comme un seul homme.
Ne nous trompons donc pas de combat, pour nous perdre dans des conjectures et autres diatribes qui ne sont que sémantiques dont l’éloquence n’avance en rien la cause pour laquelle tant ont donné leurs vies.
Les facteurs ethniques dans notre pays sont très sensibles et toujours émotionnels. Ces facteurs ont apporté plus de problèmes que de solutions aux sociétés qui ont essayé de les résoudre en dehors du cadre de la démocratie. La Yougoslavie, le Ruanda sont des exemples assez éloquents en la matière. Les politiciens ne semblent pas être conscients de ces faits. Ils ne sont intéressés que par les élections. Comme pour dire élisez-moi d’abord puis on verra le reste.
Voyons ! Malgré la « longue agonie » du président Conté, non seulement nos politiciens n’ont pas pu mettre en place une alternative crédible pour l’après Conté, mais ils ont, pour ceux qui en ont, proposé à leurs relations qu’une transition militaire était la meilleure voie à suivre pour cette période. Ils n’avaient apparemment aucune idée de l’état de désorganisation de cette armée. Un comportement inacceptable pour des vieux briscards de la politique dont certains parmi eux ont géré cette Guinée avec la fortune qu’elle connait aujourd’hui.
Par ailleurs s’il y a quelque chose sur lequel le consensus est fait, est que la Guinée est malade. N’est-il pas essentiel, donc, qu’a priori l’on diagnostique d’abord ces maux pour y apporter sinon des remèdes, du moins des options susceptibles de guider le choix ?
N’est-il pas nécessaire de créer un cadre de concertation pour passer en revue de manière apaisée notre passé de 51ans pour nous réconcilier sur la base d’un pardon que tous les Guinéens appellent de tous leurs vœux ?
Nous savons par exemple que le président Conté a laissé derrière lui un flou constitutionnel. Le mandat présidentiel est-il de cinq ans ou de sept ? Est-il renouvelable une fois ou indéfiniment ? Étions-nous d’accord sur le dernier tripatouillage de la constitution opéré par Conté et sa « majorité » sans consultation du peuple ? Tant de questions sans réponses claires.
L’actuelle Cour suprême qui a démontré à plus d’une occasion que le droit ne lui dit rien à côté de l’intérêt personnel de celui qui la préside, est-elle suffisamment outillée pour dire le droit dans un pays qui a perdu l’usage de ses normes ?
Allons-nous nous accommoder des maires et chefs de quartier dont la quasi totalité est nommée ou imposée par l’ancien régime ? Allons-nous laisser ces non ou mal élus surveiller les prochaines élections ?
Quelles sont les institutions qui vont garantir ou valider les élections dont on parle tant et qu’on est si pressé d’avoir ?
Quelle est et quelle sera notre attitude devant l’impunité pour tant de vies qui ont été sacrifiées pour cette démocratie ? Allons-nous les pleurer seulement le temps de saisir une portion de ce pouvoir qui semble être notre ultime but ?
Pour celui qui connait l’opportunisme politique du Guinéen, après l’élection du président, il est presque certain que l’assemblée qui va suivre ne sera que la caisse de résonnance du nouvel exécutif. Car les élections suivantes seront organisées par le nouveau président. Adieu les débats d’idée, vive la démagogie et bonjour à une nouvelle dictature.
Ne faudrait-il pas commencer par les législatives pour faire la synthèse entre les partis et les possesseurs d’agréments dont les derniers sont ceux qui nous tympanisent le plus ?
De quelle légitimité tous ceux qui se déclarent leaders pour choisir à notre place le chemin qu’ils veulent, alors qu’ils ne sont investis d’aucun mandat de notre part, se targuent-ils ?
Allons-nous oublier que c’est l’armée guinéenne, habituée aux délices des privilèges, qui doit céder le pouvoir ? La seule au monde qui n’a pas de corps de métiers ; une structure qui a été le point de chute de tous les voyous dont l’éducation a été ratée par les familles sous prétexte de les « redresser ». Nous aimons souvent dire que les militaires doivent être dans les casernes. Eh bien la nôtre n’a pas de casernes pour y être cantonnée, éduquée et surveillée.
Il sera très facile à une armée désorganisée comme la nôtre d’empêcher le futur pouvoir de travailler dans la sérénité, même si elle ne le renverse pas.
Voulons-nous d’un président de la constitution ou une constitution du président ? Ou encore, comme l’a si bien dit Titi Sidibé, que voulons-nous, la démocratie du pouvoir ou le pouvoir de la démocratie ? Cette hypothèse qui place la lutte citoyenne politisée (et non politique) dans une recherche effrénée du seul pouvoir.
La démocratie étant le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple, pourquoi allons-nous laisser un président qui n’est heureusement pas encore élu le paramétrer à notre lieu et place ?
Si nous pouvons trouver les réponses à ces questions dans le seul intérêt du peuple, alors c’est maintenant ou jamais l’occasion de créer d’abord les institutions avant de les meubler avec un président citoyen, des ministres citoyens, des députés citoyens etc. et des « citoyens-citoyens » conscients de leurs droits et devoirs pour légitimer les uns et les autres.
Ne prenons plus le risque de faire de nos institutions républicaines des étoffes que le prochain président va coudre à sa mesure en laissant le reste du peuple sans couverture. Car les élections n’ont jamais garanti la démocratie. Seules les institutions fortes constituent les piliers sur lesquels une vraie démocratie peut être assise. Dans son acception la plus noble Politeia (constitution), elle concerne la structure et le fonctionnement d’une communauté, d’un groupe social, etc., elle se rapporte à l’équilibre et au bien-être de cette société, ses rapports internes et ses relations avec d’autres ensembles ; donc, ce qui a trait au collectif, à une somme d’individualité et à une multiplicité de domaines. Déduction : tout n’est pas politique mais la politique s’intéresse à tout. Du Droit à la Sociologie, de l’Economie à la Religion et bien d’autres aspects de notre vie de tous les jours... Souvenons-nous, la politique sert à la cohésion et à la stabilité de la société. C’est en cela qu’il est accepté cet apophtegme : toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. Nous avions envie d’ajouter cet autre postulat à nous : Quand on sait comment les dire, quand les dire et à qui les dire, toutes les vérités sont bonnes à savoir. De ces vérités ainsi connues, des décisions idoines, justes et réparatrices permettront l’émancipation qualitative des masses lorsque les politiques sauront les en faire profiter.
Les patriotes n’agissent pas pour les futures élections mais pour les futures générations.
Bonjour à tous
Amadou Damaro Camara, Atlanta USA
www.guineeactu.com
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