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Depuis la fin du scrutin du 27 juin dernier, les états major des partis susceptibles de passer au second tour ou même de gagner cette élection ont vu le taux d’adrénaline de leurs leaders monter.
Prévue 72 heures après le vote, la publication des résultats qui fait durer le suspense encore dans la cité ne laisse personne indifférent. Le président de la Commission Electorale Nationale Indépendante oblige certains d’entre eux à crier au loup. C’est le cas du professeur Alpha Condé, candidat du RPG, qui a tenu une conférence de presse hier mercredi à son QG de campagne sis à la Minière dans la commune de Dixinn, aux environs de 18 heures. A l’image de Cellou Dalein Diallo, de Sidya Touré, etc., Alpha Condé, parle à la presse!
L’ensemble des observateurs internationaux ont reconnu cette élection comme transparente dans son ensemble, qu’est-ce que vous leur répondez ? Et pourquoi n’a-t-on pas entendu un message appelant au calme et à la retenue à vos militants ?
Alpha Condé : D’abord, ils ont dit aujourd’hui, et j’étais là-bas, ils n’ont pas dit que la centralisation qui n’a pas encore été faite était transparente. Ils ont dit que l’élection se passait dans la tranquillité. On n’a pas dit que les gens n’ont pas pu voter. Il y a eu des bureaux de vote où le nombre de votants étaient largement supérieur au nombre d’inscrits. Jusqu’à présent les observateurs nationaux et internationaux ne se sont pas prononcés sur cela.
Ils se sont prononcés sur le déroulement des élections. Mais ils vont se prononcer sur quelque chose qu’ils ne connaissent pas. La centralisation n’est pas finie et c’est pendant cette centralisation que toute cette manipulation se fait. Comment peuvent-ils dire que c’est transparent alors qu’ils ne sont mêmes pas encore au courant ? Donc, nous sommes tous d’accord que les élections se sont passées dans le calme, contrairement à ce qu’on dit. Moi, je crois que tout le monde sait que je dis à mes militants : si on vous piétine le pied, retirez le pied. Nous appelons nos militants au calme, mais nous n’accepterons pas que les résultats du vote populaire soient détournés. Il faut être très clair. Nous n’accepterons pas. Pour le moment, nous sommes calmes. La preuve, c’est que vous ne voyez pas nos militants, au calme. Nous voulons la tranquillité dans ce pays. Et tout le monde sait quel discours j’ai tenu à ma convention. Regardez, tous les incidents qui ont eu lieu pendant la campagne, vous ne citerez pas un seul incident où se trouve le RPG. Il y a eu des affrontements, des bagarres. Sur aucun coin du territoire, le Rpg n’était concerné. Alors comment ça se fait que sur l’ensemble de la campagne, il n’y a pas eu un seul incident impliquant le RPG ? Nous avons fait des meetings et des manifestations grandioses et on n’a jamais gêné la vie des citoyens. Donc, s’il y a un parti qui a voulu que ça se passe dans la tranquillité, c’est bien le RPG. A Kindia, nos militants ont voulu manifester parce que les partisans de l’UFDG ont mis un tee-shirt du RPG sur un chien. Ce qui a révolté nos militants, mais on les a calmés.
Moi, je suis arrivé à Coyah pour aller à Forécariah. Je suis arrivé à 10 heures, je devais aller à 11 heures, je suis resté à Coyah jusqu’à 15 heures. Parce qu’il y avait des affrontements à Manféréya et on ne voulait pas y être mêlés.
Vous venez de dire que vous n’accepterez pas les résultats s’ils sont proclamés.
Je n’ai pas dit que nous n’accepterons pas les résultats à l’état actuel. J’ai dit qu’il y a une manipulation généralisée. Nous avons réussi déjà à faire annuler certains résultats à Ratoma comme à Matoto. Mais d’autres résultats aussi flagrants ont été comptabilisés. A Matoto, il y a plus de 100 bureaux qui ont été rejetés, mais il y a d’autres bureaux qui étaient dans le même cas qui ont été comptabilisés. Alors qu’il n’y avait ni procès-verbaux, ni signatures. Nous disons que nous n’allons pas accepter. Mais je pense que nos militants ont montré leur discipline et leur volonté de paix dans ce pays. Est-ce que les gens ont le droit de détourner le suffrage populaire ? Je vous pose la question. Est-ce que des citoyens guinéens qui veulent la paix peuvent se permettre de manipuler et de déformer ? Il y a des gens que l’on a attrapés avec des urnes qui n’existaient pas. Il y a des bureaux de vote où il y a 100 ou 200 votants de plus que le nombre de gens qui ont des cartes d’électeurs, ou des gens qui votent avec les récépissés. Il y a des quartiers où on a rejeté des bulletins tout simplement parce qu’on a dit que ce n’est pas plié en 4 que c’est plié en 8. Ça change quoi, que ce soit plié en 4 ou en 8 ? C’est un constat que nous faisons pour le moment et nous avertissons les gens qui font la manipulation d’arrêter et de laisser les suffrages. Si nous avons eu la précaution de vous informer, c’est parce qu’on veut éviter ça, sinon on allait attendre. Et les prendre et passer à l’action. Mais nous préférons prévenir que guérir. Qu’ils sachent bien que nous sommes au courant de toutes ces manipulations et la communauté internationale et nationale sont au courant.
Quand vous dites « ils » tentent de manipuler, vous soupçonnez qui ? Qu’est-ce que vous envisagez comme solutions pour qu’on n’aille pas à la catastrophe ?
Nous voyons qu’au niveau de la centralisation, au niveau des chefs de quartier de la centralisation, il y a eu des fraudes grossières et chacun situera ses responsabilités. Deuxièmement, c’est justement pour éviter qu’on arrive à une situation dangereuse que nous alertons l’opinion nationale et internationale afin que tout le monde soit vigilant pour empêcher justement que le suffrage du peuple ne soit détourné. On vous informe pour que tout le monde, ensemble, nous nous battions pour que le suffrage soit respecté.
Jusqu’à hier, vous aviez décidé de ne pas parler à la presse tant que les résultats ne seraient pas proclamés. Pourquoi ce changement d’avis ?
Est-ce que je vous ai dit que je ne parle pas à la presse ? J’ai dit pas pour le moment. Est-ce que je l’ai dit à quelqu’un ? Enfin, vous êtes des journalistes, il faut rapporter. Est-ce que vous m’avez interviewé ? C’est France 24 qui est venu m’interviewer et j’ai dit que pour le moment, je ne parle pas. Je prends mon temps, je n’ai jamais dit que je ne parle pas. Il faut être fou pour dire qu’on va parler après les résultats. Si vous faites du sophisme et vous faites dire à quelqu’un ce qu’il n’a pas dit, c’est facile. Vous-mêmes, vous ne m’avez pas rencontré. J’ai dit que je n’ai rien à dire pour le moment, j’ai dis "off the record". J’ai dis justement "Off the record", c’est ce qu’on donne avant les informations. Je ne suis quand même pas un enfant.
Que dites-vous de la déclaration faite par la CENI qui vient d’affirmer qu’effectivement, il y a eu des cas de fraude ? Est-ce une preuve de transparence de sa part ?
Je ne commente pas les déclarations du Président de la CENI, tout le monde connait mon opinion en ce qui le concerne.
Comment expliquez-vous ce retard dans la proclamation des résultats ?
Le retard n’est pas dû essentiellement à cela, car il y a la faute de certains membres des bureaux de vote, chefs de quartier qui ont manifestement gardé les urnes chez eux et d’autres pour manipuler. Et il y en a d’autres qui ont eu à bourrer des urnes. Tout cela a entrainé des retards.
Propos rapportés par N’Diaré Amadou Correspondant de www.guineeactu à Conakry
www.guineeactu.com
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