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La dernière fois, des journaleux de la presse dite internationale étaient venus chez Dadis, pas pour une conférence de presse classique mais pour un débat politique avec des conseils, des objurgations, des propositions, suggestions et des intimations. Ils ont fait pire que les journaleux guinéens, que nous avions cru inexpérimentés, pour avoir versé dans le même sens lors de la première rencontre avec Dadis, le 10 mai. Et bien, chers confrères de la presse locale, vous n’êtes plus les seuls, puisque d’autres, censés être plus professionnels, n’ont pas hésité à abonder dans les sens interdit de l’éthique des médias. On avait cru assister à un conseil de conseillers du président de la république. On le savait depuis longtemps, canitie n’est pas vieillesse, et vieillesse n’est pas sagesse! En vertu de quoi et investis de quel mandat ont-ils parlé de la politique guinéenne à la place des Guinéens? Cela te ressemble, toi, d’aller dire par exemple au président Wade de tripatouiller la constitution pour rester au pouvoir ? Que te diront les Sénégalais ? Tu dois tenir compte des idées opposées à la tienne dans un pays qui se cherche, non ?
Ce qui est frustrant, c’est d’entendre les journalistes étrangers prétendre trouver mieux à dire sur la Guinée que les Guinéens eux-mêmes. Veut-on nous en remontrer sur notre propre terrain ou veut-on faire le raton laveur chez Dadis Camara, qui soit dit en passant, est très-très généreux avec la presse mais il n’aime pas trop les « laveurs de chats »ou« cireurs de bottes »
Les chants des sirènes, chantés en majeur ou en mineur, conduisent toujours au naufrage. Ce que d’autres viennent de découvrir, les Guinéens l’ont déjà dépassé depuis l’avènement du CNDD. Notre seul étonnement, c’est de constater que d’autres viennent marcher sur les erreurs de notre passé révolu.
Comme les problèmes ne finissent jamais dans les pays de cocagne, le président a intercédé en faveur de maître Boubacar Sow. D’accord, mais si maître Sow remettait encore ses gros pieds dans le plat, haa!! Personne ne répondrait plus de lui avec les avocats. On se rappelle bien ce jour-là, Justin Morel Junior avait été limogé pour avoir porté la parole du conseil des ministres du gouvernement de consensus. C’était une guerre d’usure qui a longtemps couvé et qui était devenue ouverte pour un test d’autorité entre le gouvernement, et par ricochet avec l’inter central syndical et la société civile et le clan présidentiel. Un bras de fer qui a fini en faveur du clan présidentiel. Les jeunes des quartiers chauds de la capitale étaient sortis dans la rue mais comme rien n’a été dit de la part du gouvernement, qui n’a même pas pipé mot, comme si le limogeage de Morel était la caution de son maintien en poste, le silence est retombé sur l’affaire. C’est le moment qu’ont choisi certains comme maître Boubacar Sow, pour justifier l’acte par le respect de la constitution, alors que cette constitution avait été tripatouillée dans un premier temps et piétinée par une insurrection populaire dans 30 sur 33 préfectures de la Guinée, où tous les symboles de l’Etat avaient été saccagés ? Le bilan était lourd, 135 morts, disent certains, 186, disent d’autres, ce qui avait forcé le général Lansana Conté à déléguer une partie de son pouvoir au Premier ministre de consensus. Dans une telle situation, l’on avait encore eu le courage ou la témérité de parler de la légalité constitutionnelle. C’était vite oublier tous ces morts. Il n’était certes pas le seul, il y avait Cellou Dalein Diallo et Jean-Marie Doré, l’actuel porte-parole des forces vives. Et c’est là qu’on n’arrive pas à comprendre la politique! Le limogeage de JMJ était une claque infligée aux forces vives ; voir ceux qui soutenaient cette claque devenir porte-parole de ces mêmes forces vives fait penser à une coalition de circonstance.
Mais parler de cet épisode sanglant de l’histoire de la Guinée, c’est comme remuer le couteau dans la plaie non cicatrisée de Lansana Kouyaté, qui fait effrontément front avec Alpha Ibrahima Keira dans le bloc patriotique...
« Il serait dur de mourir sans laisser son pays plus grand qu’on ne l’a trouvé » A. Lincoln
« Un chef d’Etat africain qui perd les élections, c’est qu’il n’aime pas son pays » Oumar Bongo
Au Gabon, Ali Bongo est dans l’épreuve. Il ne veut pas démissionner, comme les ministres de son père, pour se présenter à la succession de papa. Mais Ali est-il Oumar ? Rien n’est moins sûr puisque les ministres qui avaient juré fidélité de séide au père Bongo sont devenus des opposants farouches au fils dans un court laps de temps. La bataille pour la succession fait rage. Les vieux briscards n’ont pas l’intention d’être menés par le bout du nez par le fils après avoir été menés en bateau pendant quarante ans par le père avec ses promesses de démocratie et d’égalité de chance : Mon fils peut hériter de ma voiture, de ma maison mais pas du pouvoir... Aujourd’hui, on est en droit de se demander si ce n’est la fin de l’époque Bongo. La question se pose car les violentes émeutes de la semaine dernières sont les prémisses d’une nouvelle situation dans ce pays. Si Ali Bongo arrive à tirer la couverture à lui, il va nous faire vivre la même situation qui vient de prendre fin en Mauritanie, et il aura sûrement des pairs pour le soutenir contre vents et marées. Mais la Mauritanie, l’on lui a fait perdre assez de temps et d’argent pour rien. Pendant toute une année, on ne parlait que de retour à la légalité constitutionnelle, et bien la revoilà, ce n’était que du vent ! Dans quelques années, on en dira de même de Vladimir Poutine. L’actuel Premier ministre de la Russie fera un échange de poste avec Medvedev et un tour sera joué, sans que personne n’arrive à dire quoi que ce soit pour les ébranler.
Ce qu’il faut dire aux observateurs internationaux, c’est qu’il n’y a pas de mauvais coup d’Etat en Afrique. La gestion familiale de la chose publique est institutionnalisée dans presque tous les pays. Si « la Communauté internationale » n’a pas pipé mot sur les « allers-retours » d’Ould Abdel Aziz, c’est en grande partie à cause de sa détermination à lutter contre le terrorisme et contre le trafic des stupéfiants. Parmi ceux qui ont porté immédiatement Abdel Aziz en triomphe, on peut voir Alain Joyandet, le père Wade de Dadis et son grand frère ATT. On n’a pas vu, par contre le grand frère aîné Kadhafi et l’autre grand frère, le beau Blaise Compaoré.
Les lecteurs seront contents d’être entraînés dans une farandole familiale qui avait fait saga dans un passé pas très lointain. En 205, si notre mémoire tient encore bon, le général Ould Taya, alors chef de l’Etat de la Mauritanie, avait tiré l’oreille du général Lansana Conté sur un mouvement de mercenaires basés au Burkina Faso financés par la Libye prêts à attaquer la Guinée. Peu après, un coup fumant mais pas allumé avait été perpétré contre le général Lansana Conté à ENCO5. Peu après ce coup en Guinée, Ould Taya fut renversé ou battu à la régulière à l’élection présidentielle par Ould Abdallah. Les attentats terroristes reprenaient de plus belle au point que le rallye Paris-Dakar fut annulé et déporté en Amérique du Sud. Il arrive que la gestion familiale d’Ould Abdallah ne plaisait pas à tout le monde et particulièrement à l’armée. Les bruits de bottes feront que le président élu démocratiquement destitue toutes les hiérarchies de l’armée mais c’est lui qui sera déposé en 2008. Mais à peine au pouvoir, critiqué de toutes parts pour son odeur militaire, il ôte la tenue, se présente et gagne l’élection présidentielle le doigt dans le nez. Sa politique pour séduire Wade et ATT: la reconnaissance et l’intégration des Négros Mauritaniens. Le tombeur de Mohamed Ould Abdallah vient de réussir à faire une nette démarcation dans la grande famille politique de notre Dadis national. La famille est divisée en deux groupes : l’un soutien le putschiste, l’autre soutien la légalité constitutionnelle. Est-ce pour autant, l’on peut se hasarder à dire que la Guinée est une famille ?
Ceci dit, le père Wade vient d’acquérir de son fils un pied à terre pour lui permettre de venir faire ses vacances à Dalaba ou à Pita au lieu d’aller en Suisse, en France ou ailleurs. Le climat de ces deux régions est inégalé en Afrique et le pouvoir d’achat faible permet de faire des économies incommensurables, et surtout les femmes sont belles. Une bonne chose. Une garantie politique, et surtout une assurance pour la démocratie en Guinée. Malgré cette caution, les leaders politiques ne savent plus à quoi s’en tenir. Même quand on leur donne l’assurance que Dadis ne se présentera pas, ils ne peuvent pas dormir tranquille. Maintenant que le père Wade a reçu les garanties de Dadis pour qu’il en fasse échos sur tous les toits, on peut dire que Dadis Camara ne se présentera pas en 2009 et même en 2010.
Ce qui donne sujet à réflexion, c’est la superbe logique du père Wade: Il veut pousser ses deux fils dans des directions différentes. A Karim, il veut tout arranger pour le booster vers la présidence sénégalaise; à Dadis, il l’encourage à abandonner le pouvoir et d’organiser les élections démocratiques, transparentes et crédibles, car il n’y a pas de militaire chef de l’Etat qui soit convenable à notre temps.
Si le président sénégalais se mouille à ce point pour soutenir Dadis Camara devant la «Communauté internationale», de deux chose l’une, soit qu’il est certain que son fils Dadis ne le transformera pas en parjure, d’où son calme et l’absence de crainte de se voir devant un fait accompli, demain, et d’être mis au ban de la «Communauté internationale» soit qu’il a l’intention de le pousser à ôter la tenue pour pouvoir se présenter, comme vient de faire Mohamed Ould Abdel Aziz. Mais dans ce cas, auront-ils, père et fils, l’assentiment du monde entier?
Dans cet embrouillamini on ne peut s’empêcher de penser que maître Wade tente de tirer les marrons du feu, à moins que lui et Dadis aient déjà joué cartes sur table. Pas facile d’entrer dans l’histoire en laissant planer le suspense trop longtemps et en écoutant les griots et flatteurs.
Nos héros sont relativement jeunes et sans expérience. Les agréments de la jeunesse permissive sont le fait que ces jeunes avaient une lourde charge, car avoir la destinée d’un pays comme la Guinée entre les mains n’est pas une mince affaire, surtout que le pays était à l’acmé d’une déliquescence inédite. A eux tout seuls, ils ont réussi à démanteler un Etat narco composé de toutes les hiérarchies de l’armée, et de la police. Les Guinéens ont salué ces actions courageuses et salvatrices mais entre temps il y a eu mal donne dans le parcours. Les groupes de soutien ont jeté de l’huile sur le feu et pousser Dadis à des dérapages verbaux et lui faire monter le bourrichon, et comme si cela ne suffisait pas, des cons-frères de l’extérieur viennent en rajouter...
Saura-t-on avoir l’indulgence nécessaire pour le pousser dans l’histoire?
Dadis fera-t-il litière de son idéal et de sa profonde probité morale ?
La question reste en l’air!
A la revoyure!
Moïse Sidibé L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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