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La vie est un super marché où on entre un jour avec appréhension et attente. On a le droit d'y rester le temps d'ouverture, de sillonner entre les rayons, de palper les produits et surtout de mettre dans son caddie tout ce que l'on veut… mais le plus important c'est qu'il faut aussi forcément passer à la caisse.
L'année 2009 s'en va avec peu de joie et un cortège de malheurs. Nous y avons tous laissé des plumes. Cela ne sent pas la fête, cela sent les larmes, cela ne sent pas la joie, cela sent l'angoisse et l'attente.
Notre course dans ce supermarché que nous surnommerons « Super vie »nous donne froid au dos par ses rayons d'inquisitions, de croisades, de guerre, de famine, de pollutions, d'épidémies, de préjugés et discriminations, de scandales financiers et sociaux de tous genres…que les hommes se sont infligés depuis.
Balayer devant notre porte ramène le problème au niveau guinéen et nous interpelle à jauger le regard du PROPRIO de Super vie. Oui! Celui qui avec puissance, sagesse, justice et amour nous a offert cette merveille. Que voit-Il?
Il voit chaque jour des regards d'enfants affamés qui nous fixent sans comprendre ce que nous leur faisons subir.
Il voit un pays sous la férule des soldats, sous la botte des usuriers et spéculateurs, un pays imprégné de haine et de suspicion où se perdent très rapidement les dernières libertés individuelles.
Il voit aussi un pays qui s'achemine aveuglément vers des luttes de classes, d'ethnies, de clans, d'intérêts…un pays qui se prépare tout le temps à de perpétuels affrontements, constamment en conflit les uns avec les autres, même en temps de paix.
Il voit un pays livré au désespoir et à l'instinct de vengeance au seuil du 3e millénaire où normalement, le monde devrait prendre un nouveau départ plein de promesses et de conviction vers un monde plus uni.
Il voit des êtres souffrants, insensibles à toute autre souffrance qui ne soit la leur.
Dans nos caddies surchargés, Il voit que la loi du plus fort l'emporte trop souvent sur le droit, que nos belles paroles sont contredites par nos actes, que nous nous attardons volontiers devant le rayon de l'illégalité.
Ce qui le chagrine le plus, c'est de voir ses clients déserter le rayon de l'amour où l'empathie est devenue une denrée indigeste et inconsommable. Il Lui semble que seule Bilguissa, cette femme que nous ne connaissons que de nom, sur le net, empile sur son chariot, tous les surgelés d'amour qu’elle distribue aux Guinéens, par ce mot simple et fort: JE VOUS AIME. Ces quelques lettres qui ne font pas partie du vocabulaire guinéen ou plutôt ne sont prononcées que dans des conditions obscures. Ces lettres rassemblées pour former un mot si simpliste qui abat des montagnes et qui, prononcé par l'armée, nous aurait fait éviter cette catastrophe, réciproquement prononcé par l'opposition, bref ! L'arme que chacun devrait pointer sur son prochain.
Il lorgne encore et Il nous voit taraudé encore et encore par des questions d'ethnies, toujours ethnie, race, religion qui nous conduisent aux pires excès alors que Lui n'a fait qu'une seule race: la race humaine.
Il est témoin fidèle de nos mépris, de notre refus de dialogue qui perpétue le premier meurtre de l'humanité entre ses enfants Khabila et Abila - Caïn et Abel - sachant que l'essence de l'homme est le langage car le silence ou la rupture du dialogue crée un fossé difficile à enjamber.
Il se retourne et regarde ceux qui, sans retenue, vont dans les lieux de cultes bâtis à sa gloire, galvauder Son nom, vandaliser son image alors qu'Il voit leurs doigts acérés et crochus manier la langue et les armes, leurs yeux injectés de sang avançant et détruisant le profane et le sacré, la norme et la liberté,
Il voit la mère Guinée qui se vide de toute sa substance et de sa force vive, poignardée dans le dos par ceux qu'elle a enfantés,
Et là, dans ce pays soumis à l'arbitraire et à la tyrannie, Il rit de notre ignorance, se moque de notre savoir, détruit nos certitudes, foule aux pieds nos appartenances ethniques, nos positions sociales et piétine notre orgueil et condescendance.
Chacun se donne bonne conscience, participe, approuve, ou se tait devant l'horrible spectacle qu'offre quotidiennement l'arène guinéenne face à l'insouciance des autorités (civils et militaires) qui y ont droit de cité.
Il nous voit lentement et lourdement chargés, nous diriger vers lui, vers la caisse, ayant consacré notre précieux temps dans le super marché à construire un monde fait d'illusions, de mensonges à soi, de fuite permanente devant la vérité inéluctable et dans un ultime commandement Il s'écrie:
QU'AS-TU CHARGE DANS TON CHARIOT ? CES FUTILITES TE SERVIRONT-ELLES ? ALORS, PASSE A LA CAISSE !
Aïssatou BARRY, Nene Aye
www.guineeactu.com
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