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Depuis le règlement de comptes à Koundara, la Guinée n’est plus gouvernée que par des balles. Le pouvoir auparavant concentré au Camp Alpha Yaya s’est à présent comme mué en forces ondulatoires en ballade entre plusieurs pôles. Et la Guinée tourne comme ce fameux spin de la physique moderne, autour d’une infinité de diamètres. Le tour de « La Force tranquille » fait dans les camps, ne doit pas faire illusion. Au fait avait-il fait un petit saut à celui de « Koundara » ? Ne parlons pas des camps du pays profond, en dehors de celui de Kindia. Quant aux camps d’entrainement des milices claniques de Dadis et le sien propre - on a parlé de 500 jeunes recrues -, celui d’El Tigré lui-même, car le bruit en a couru à Conakry entre fin juillet et début septembre - j’étais en Guinée -, qu’en est-il sous le règne du Pouvoir intérimaire ?
Il ne faut pas se voiler la face. Dadis et Konaté, c’est Dupond D et Dupont T. c’est à eux deux, et je ne fais là qu’un rappel, que les troupes ont prêté serment la main sur le Coran et sur la Bible. Konaté n’a jamais, dans les grandes décisions de Dadis, même celle qui a conduit au carnage du Stade, jamais Konaté n’a marqué une distance. Il ne suffit pas de n’avoir pas été là. Mais quand on est revenu de ses promenades, on prend le pouls accéléré de la maison qui sent encore la fumée et l’odeur âcre de l’incendie et du sang des suppliciés. Même après le rapport accablant de HRW, on n’a pas entendu un désaveu de Konaté.
Je le dis comme je le pense, Konaté ne me paraît pas être l’homme de la situation. Y en aurait-il que cela relèverait de la science infuse. N’en déplaise à nos amis d’outre atlantique, anglo-saxons, et surtout français, qui ont raté tous leurs rendez-vous avec la Guinée. Oublions les séquences de Gaulle-Foccart d'une part, et Sékou Touré, d'autre part. Passons sur les années quatre-vingt dix ponctuées par les fraudes massives du système Conté qui ont largement préparé l’année meurtrière du CNDD. Nos amis et partenaires ont toujours été les premiers à nous encourager à avaler ces couleuvres, en invitant les acteurs politiques à avoir de la retenue. La paix civile coûte que coûte. On a même entendu un ambassadeur de nos amis annoncer la victoire de Conté, avant même notre ministère des fraudes !
Du temps du marabout blanc, Vatrican et de Jean-Claude Diallo, nous avons été quelques uns à suivre une certaine Réforme programmer l’impasse sur la Diaspora que « la Guinée aurait du mal à entretenir », alors qu'on encourageait cette même Guinée à s’offrir le luxe d’entretenir des experts et des conseillers étrangers autrement plus chers. Pendant l’agonie de Conté, nous savons qu’il y a eu des scénarios d’ « intérim » qui joueraient des jokers comme Kerfalla veillant sur tel ou tel « acteur politique », après qu’on a vu l’homme Kerfalla, on s’est rabattu sur Arafan, toujours en duo avec un autre « acteur politique ».
Ceci pour dire que le scénario Konaté comme le moindre mal, relève de cette amnésie de nos « amis » qui oublient que les temps ont changé. Que les peuples savent toujours mieux que quiconque l’homme ou la femme qu’il leur faut pour conduire leur destin. Cela peut prendre du temps, parfois cinquante ans. Il arrive que l’histoire s’accélère. Que par exemple, entre juin 2006 et janvier février 2007, tout le peuple de Guinée ait eu la conscience claire qu’il fallait un changement radical, qu’il ne voulait plus des 200 apatrides plus un au sommet, pour malmener leur destin.
Aujourd’hui, il est clair qu’ils ne veulent plus de Dadis. Mais il ne faut pas aller plus vite que la musique et faire accroire qu’ils ont choisi Konaté ou n’importe qui d’autre. C’est seulement dans les urnes qu’ils enfouiront leur choix. Pas avant. En attendant, en cette phase cruciale de transition, nous attendons de nos amis une aide militaire, n’ayons pas peur des mots. On emballera cela comme on voudra. Force d’interposition, force de protection, force d’observation, etc. Mais les scénarios d’arrière salles de Chancelleries, cela ne marchera jamais en Guinée.
L’intérim par Konaté ne serait au « mieux » qu’une prolongation. Après cinquante ans de dictatures, ce serait dur à avaler. Trois coups d’Etat minables. Deux contre un cadavre, le troisième contre un malade mental qui vient de « se tirer une balle dans la tête ». Toumba n’était que le bras armé de ce Néron qui ne pourra plus admirer les beautés de la cité qu’il vient de livrer aux pyromanes dont il s’est entouré. D’ailleurs notre force tranquille était toujours flanquée de son âme damnée, lors de ses tournées de casernes. Il était l’âme damnée de Dadis, le voilà tenu en laisse par Pivi alias Coplan.
« Je te tiens tu me tiens » doivent-ils se dire au coin de l’oreille.
En vérité, ce coup d’Etat n’en n’est pas un. Ce n’est qu’un épisode de celui commencé ce 23 décembre 2008. On n’a jamais vu depuis nos « Soleils des Indépendances » (Amadou Kourouma) un coup d’Etat qui ne s’était achevé après un ménage plus ou moins long, par la victoire d’un seul, comme au bon vieux temps des cowboys du Far West. Nous attendons qu’ils en finissent avec leurs maladresses de débutants, qui hélas se traduisent par des crimes contre l’humanité. Mais nous attendrons un autre demi-siècle si les Partis politiques continuent à attendre.
Quant à la Guinée bafouée, humiliée, lessivée et livrée aux violeurs, aux voleurs et aux tueurs, elle attend d’eux quelques actes et propositions claires et fermes.
Qu’ils récusent de la façon la plus solennelle ce ramassage du pouvoir par Konaté pour deux raisons. La première, une raison de principe, est qu’il ne jouit d’aucune sorte de légitimité, même dans cette situation d’exception qui faisait que Dadis était en quelque sorte fréquentable puisque les Partis avaient bel et bien entamé des négociations politiques avec lui, appuyés en cela par la communauté internationale. La deuxième est une raison pratique dont découle d’ailleurs la première : il y a trop de pôles de décisions pour croire que M. Konaté maîtrise la situation. Le chaos qui règne au sein des forces armées fait qu’aucun militaire n’est aujourd’hui en mesure d’instaurer à la base et au sommet de l’institution et donc de l’Etat, une quelconque autorité.
Le second acte politique décisif est qu’ils mettent fin à ces promenades à Ouagadougou. Il n’y a plus personne en face avec qui dialoguer, sauf ce Facilitateur qui, dit la rumeur, a fait accueillir Dadis comme un Burkinabé, d’où l’étonnement des médecins de Rabat devant un ministre d’Etat guinéen, Boubacar Barry venu voir un certain Dadis, né à Koulé.
Pourtant le salut ne pourrait venir que du dehors.
Mais il ne pourrait advenir qu’appelé du dedans. Je ne songe même pas ici au chauvinisme abscons de quelques nostalgiques du « Peuple du Non de 58 ». Les réactions unanimes, fermes, de la communauté internationale et même de l’Union Africaine et de la CEDAO, qui s’apprêtaient à faire adopter la décision d’envoyer une force d’interposition ou de protection, peu importe la dénomination, ces réactions se sont mises en veilleuse dès lors que les Forces vives ont montré leur mollesse, l’absence totale de fermeté dans une stratégie qui brillait par son flou. Les signes d’implosion étalés ça et là, qui les travaillent, nous dispensent de nous attarder sur ce qui crève les yeux. Quand les uns disent « Toumba nous a sauvé la vie », l’autre affirme avec force que Toumba fait partie des tueurs du Stade. Il faut dire que le rapport de HRW donne raison à ce dernier. Même si les premiers n’ont pas été nécessairement victimes d’hallucinations !
Foin de théories. Pour amener la communauté internationale à faire arrêter ces crimes contre l’humanité qui ont encore cours ou qui pourraient recommencer, il faut leur en donner une raison pratique, celle qui préviendrait un embrasement de toute la sous-région en cas de guerre clanique en Guinée. Je n’en vois qu’une. Que les Partis politiques forment un gouvernement qui puisse mettre fin à cette guerre des gangs dans nos rues et au sommet où était censé se trouver un Etat. Seul un gouvernement en place, ayant investi les locaux qu’il pourra trouver, amènera la communauté internationale à envisager sérieusement "la protection entre autres des acteurs politiques", comme cela fut écrit et demandé par un des responsables du Groupe de contact.
Cela dit, je conviens que je ne risque rien en validant cet appel kamikaze, tranquillement assis devant mon ordinateur. Justement, il faut choisir. Etre dans un hamac sous le cocotier ou être sur une chaise devant un ordinateur.
Ou occuper un fauteuil présidentiel.
Saïdou Nour Bokoum
PS : Lire plus, lire mieux, aller voir www.manifeste-guinee2010.org
www.guineeactu.com
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