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« La gloire ne dépend pas de l'effort, lequel est généralement invisible, elle ne dépend que de la mise en scène ». Paul Valéry La Guinée vit une tragédie. Le délabrement du pays en fait une calamité. La seule institution que Conté a héritée de son prédécesseur, est devenue le siège des vautours qui, après avoir éliminés tous ceux qui sortaient des dents ambitieuses, ou gourmandes, se livrent une guerre sans merci. La Présidence de la République est devenue le théâtre des scènes de ménages qui sont les seules sources de droit et à l'origine des actes du pouvoir central, lequel ne s'exerce ou ne se manifeste que par décrets. C'est le seul moyen qui reste à Conté ou à ses manipulateurs d'exercer leur pouvoir déliquescent. Ainsi, tous les autres mythes de la République se sont effondrés. Et être ministre ou exercer une haute fonction publique sous Conté est plus un purgatoire qu'une sinécure. La chasse au butin est en passe de céder le pas à la chasse pour le fauteuil de l'impotent président, qui, à la faveur d'un deal avec l'armée, est décidé à mourir au pouvoir. Cette mort peut survenir à tout moment car CONTE n'est plus, alors pas du tout, maître de lui. C'est le seul agenda qu'ils ne maîtrisent pas et qui les rends fous, frileux et pressés. Sans être un spécialiste d'administration publique, je voudrais quand même rappeler que dans les États normaux, il y'a une procédure de préparation d'un décret, qui passe du projet à sa signature, par des phases de discussions et d'adoption avant signature et publication. Lorsque le décret concerne la nomination du gouvernement, il est proposé au Président de la République par le chef du gouvernement et publié par le Secrétaire général de la Présidence ou celui du gouvernement. Cela est admissible et compréhensible. S'agissant des autres actes du pouvoir central devant faire l'objet de décrets, ils sont discutés, adoptés et signés en Conseil des ministres, publiés dans le communiqué du Conseil des ministres et aussi dans le Journal Officiel, à l'instar de tous les autres actes. En Guinée, nous assistons à des mises en scènes qui font du Secrétaire général de la présidence, le publicitaire attitré des décrets. C'est pour lui, l'unique moyen de se prémunir des coups fourrés et l'unique moyen d'exercer le pouvoir, car le signe ultime du pouvoir reste le décret. C'est le début de la mise en œuvre du transfert du pouvoir et donc de sa récupération. Ce qui explique que la fonction essentielle du Secrétaire général de la Présidence est de confirmer, authentifier la source des décrets, non pas par la signature qui y est apposée, mais par la bouche de celui qui l'annonce. Les décrets étant signés en catimini, tout décret non lu par Keira serait un faux. Il devient donc du coup, le légataire du pouvoir. Conté est devenu un Président informel et la Guinée, un pays clochardisé et sans gouvernail. Drahmane Toure pour www.guineeactu.com
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