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Par ces temps de dèche généralisée, une industrie arrive, brillamment, à tirer son épingle du jeu, celle du faux. L'on devrait plutôt écrire : du faux et usage du faux. Les articles industriels - Produits alimentaires : récemment illustrés par l'affaire du lait frelaté, responsable de la mort d'enfants et de complications graves de santé chez les adultes, presque partout dans le monde. Grâce à la diligence des gouvernements des pays concernés, l'incendie sanitaire et médiatique est en train d'être rapidement circonscrite. On a eu quand même (très) chaud. - Les copies : concerne les millions de fausses copies d'articles en tous genres. Les auteurs ne sont pas seulement basés dans les pays riches ou émergents, mais aussi, malheureusement, dans les nôtres. Le dénominateur commun de ces produits tient en leur dangerosité directe ou potentielle. Les gogos qui se laissent prendre au chant des sirènes du faux, déchantent rapidement une fois arrivés chez eux. Parfois avec une amende salée des services de douanes. - Les produits pharmaceutiques : les faux médicaments en vente libre sur nos marchés, c'est un vrai problème de santé publique, qui peut être difficilement contrôlé dans nos conditions actuelles de démission de l'Etat. Schématiquement, la tromperie porte sur la nature ou la qualité du produit, sa quantité, ou les deux. Les pharmaciens officiels se trouvent de fait, étouffés par cette concurrence déloyale, favorisée par la paupérisation généralisée de nos populations. Pour les pauvres, il ne reste plus que l'élégante et exquise politesse de mourir en silence. Les faux "sociaux" - Tout le monde a constaté l'extraordinaire floraison des titres académiques dans notre pays. Le plus "piraté", mais qui a toujours le vent en poupe, est incontestablement celui de docteur, loin devant celui de professeur. Nous nous sommes accoutumés au fait que tous les travailleurs des services de santé non médecins, du garçon de salle aux étudiants en formation, arborent ce titre. Fièrement et sans complexe, aidés en cela par les amis et parents qui leurs donnent du « docteur » en toute circonstance. D'autres "médecins" autoproclamés, jamais scolarisés, reconnaissables à leur maintient aux antipodes de tous les canons de la science médicale et de l'hygiène, profitent du laxisme généralisé au vu, au su (et aux accidents) de tout le monde. Ils sont présents à chaque marché hebdomadaire ou "loumo", leurs lieux habituels d'exercice, et ne sont pas à confondre avec les tradipraticiens. - L'autre groupe est celui de ceux qui ont effectivement un doctorat, mais dans un domaine autre que la médecine : Géographie, Economie, Histoire, Mécanique, Mathématiques, Agronomie, etc. Dans les pays francophones respectueux des lois et conventions, un détenteur de doctorat n'en porte le titre que s'il relève du domaine médical. A Conakry, il y a neuf chances sur dix que le vendeur de brochettes du coin vous glisse sa carte de visite ornée d'un pompeux « docteur » en gros caractères. Dans notre très efficace administration, particulièrement les bureaux des ministères, c'est carrément l'inflation, au rythme de celle de notre monnaie, le bien nommé FG ou franc guinéen, plus connu sous le sobriquet de franc glissant. L'excès de faux titres de « docteur » et « professeur » conduit à leur dépréciation. Mais nous n'en avons cure, c'est la politique du "en avant toute ! " qui tient la barre. L'exemple viendrait d'en haut. Les faux politiques Ils auraient pu figurer dans la liste "faux sociaux". Ils ont cependant quelques particularités : -Le chef du parti ou le député, aux mandats à rallonges, sont obligatoirement affublés du titre d'Honorable, spécialité et spécificité guinéennes. Accessoirement de Docteur (en règle sans article dans la forme habituelle). Il semblerait qu'il y ait une vraie honorabilité à exercer un mandat de député multi périmé mais toujours bien juteux. On pourrait y ajouter le " mon Général ", formellement retraité mais toujours réel patron de l'armée, pas malade pour un sou, et propriétaire perpétuel de parti. Il faut dire que nous, guinéens, avons toujours subi avec joie deux chefs merveilleux et humanistes, et à chacun nous avons régulièrement et librement "voté" soit une quasi présidence à vie (AST), soit une présidence jusqu'à-la-fin illimitée (oui mon général !). Depuis cinquante ans, nous n'avons eu que ces deux irremplaçables éclaireurs, et ce n'est pas fini. -Les nostalgiques et négationnistes, faux anciens résistants, mais vrais nouveaux et anciens délateurs, indics, corbeaux ou tortionnaires de nos deux Républiques. Grands spécialistes du "pousse-au-crime" ethnique et économique, florissants dans un passé pas tellement éloigné, mais aussi un présent de plus en plus incertain. Tenaces, infatigables, ce sont d'anciens pédégistes pour la plupart, que la simple évocation des grandes œuvres du Responsable Suprême de notre bonheur fait constamment bondir de fureur. Une catégorie particulière sévit sur le net. La plupart d'entre eux se cachent sous des noms d'emprunt, souvent de ceux auxquels ils veulent ou croient nuire. La fausse opposition ethnique étant en perte rapide de vitesse, ils se trouveront bientôt une nouvelle voie de recyclage. Les vendeurs de richesse instantanée Catégorie mise à part, à cause de son succès fulgurant. Vous avez dû recevoir, pour ceux qui utilisent fréquemment Internet (en laissant parfois trainer leur adresse) une lettre supposée venir d'un directeur de banque, d'une veuve éplorée, etc. résidant dans un pays de l'Afrique de l'ouest, et vous demandant instamment vos coordonnées complètes. Afin de virer sur votre compte une fortune colossale, en déshérence depuis la mort de son propriétaire légitime, ou aux fins d'envoi d'un gain obtenu d'une loterie à laquelle vous n'avez jamais participé, mais avez été tiré au sort à partir de votre IP (adresse de votre ordinateur). Parfois il s'agit d'un gros contrat avec salaire mirobolant dans un pays industriel. Les candidats à une richesse rapide et sans effort, ou d'un emploi dans notre contexte de chômage chronique, peuvent se laisser prendre. Les yeux pleins d'étoiles, ils commencent par payer de petites sommes, puis de plus en plus importantes, pour assurer des frais dits de banque, de transfert, ou d'étude de dossiers. Sans jamais voir le début de la queue de la supposée fortune, ou d'un vrai contrat de travail, mais la fin certaine de leurs maigres économies. Certains y ont véritablement perdu jusqu'à leur dernière chemise. C'est dire que le retour brutal à la triste réalité est parfois douloureux. Un conseil: ne remplissez jamais des grilles de demande de renseignements, censée vous faire gagner un gros lot que vous ne verrez de toute façon jamais. Vous enrichirez les propriétaires de bases de données, qui en font un commerce très lucratif. Une seule chose, simplissime, à faire : bloquer le domaine d'expédition de l'envoyeur, seule façon d'éviter le bourrage de votre boite à lettre par des pourriels distribués de manière automatique. Et si possible, changer votre ancienne adresse de courriel. C'est gratuit et facile. Conclusion Beaucoup, je dirai, énormément de prudence donc, seule façon de ne pas nous laisser avoir par des marchands d'illusions, présents et futurs, toujours très actifs et imaginatifs. Ce sont assurément des spécialistes agrégés ès tromperies : politique, économique, etc. Leur richesse est presque toujours le produit de notre malheur. Mais cela, vous le saviez déjà ! Thierno A. DIALLO pour www.guineeactu.com
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