samedi 28 février 2009
L'hétérogénéité ethnique, est-ce un obstacle à la démocratisation ?
Naby Laye Camara

Certaines analyses politiques affirment que la démocratie a plus de probabilité de s'asseoir dans les pays socialement homogènes. De cette perspective, les sociétés fragmentées par de profondes divisions ethniques, religieuses, de classe ou d'autre type, sont beaucoup instables pour réussir un gouvernement démocratique suffisamment solide.

En effet, les pays avec un groupe ethnique dominant, formé au moins par les deux tiers de la population, ont la double probabilité d'être qualifiés de "libres" que les multi-ethniques. Cependant, il y a des pays qui ont rencontré des modes de faire compatible la démocratie avec de profondes divisions ethniques -les Etats-Unis, la Suisse et la Hollande représentent des exemples-

En réalité, il existe peu de démocraties solides dans le monde actuel qui sont dépourvues de divisions sociales d'un ou d'autre type, parfois très marqué. Il est à noter, que dans certains cas, l'hétérogénéité sociale peut augmenter la probabilité de la démocratie, parce que celle-ci offre la méthode plus adéquate, pour qu'une société divisée réconcilie ses différences de manière pacifique.

L'exemple que l'homogénéité ethnique ne garantit pas nécessairement la démocratie, se trouve au Japon et en Allemagne. Pays dans lesquels l'homogénéité ethnique est considérable, la démocratie n'a réussi à s'installer qu'après la Seconde Guerre Mondiale avec la pression, évidemment, des forces vainqueur.

L'homogénéité sociale, en fait, ne garantit pas la démocratie. Et malgré que la polarisation sociale peut compliquer la floraison et la maturité de la démocratie, en aucun cas, elle peut l'empêcher.

Certaines sociétés rencontrent des modes de venir à bout de la division sociale, en maintenant l'Unité Nationale. Une identité nationale civique peut éventuellement donner à la population d'un pays, un niveau suffisant de l'homogénéité, pour la maintenir en cohésion, malgré l'existence des divisions profondément enracinées, fondées dans langue, la religion, la classe ou autres sources de différenciation.

Grâce, en partie, à un tissu social "cousu" par l'identité nationale copartagée, les suisses ont pu mettre en marche leur confédération, et les hollandais ont réussi leur démocratie "co-associative". L'unité nationale des Etats-Unis était basée dans le désir de se "soustraire" de la colonisation du Royaume-Uni et, simultanément, dans le souci de construire un gouvernement limité, avec la mission de préserver les libertés individuelles.

L'unité nationale représente, par conséquent, une tâche fondamentale dans la création et le maintien des systèmes démocratiques fiables dans les pays qui, en plus, sont hétérogènes. Quand l'unité nationale n'existe pas, les forces qui résultent de l'hétérogénéité sociale sont moins contenues.

Sans une patrie partagée, dans laquelle s'appuyer, les pays socialement polarisés auront des difficultés pour arriver aux accords nécessaires, pour construire ou maintenir la démocratie. L'unité nationale est l'unique condition préalable avec laquelle doit compter un pays pour entreprendre la démocratisation avec un minimum de garantie.

Comme toujours, toute règle a ses exceptions. Le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et l'Irlande du Nord sont devenus une démocratie prospère, pendant qu'encore il manquait une identité ethnico-culturelle britannique forte et unificatrice. En fait, les identités ethnico-culturelles anglaises, irlandaises, écossaises et galloises continuent d'être robustes dans l'actualité, mais les règles de la démocratie sont acceptées dans tout le royaume.

Aussi au Canada, elles(les règles) sont acceptées, malgré l'appui de l'indépendance de la part de beaucoup de citoyens du Québec. Bien évidemment, le Royaume-Uni et le Canada sont des démocraties très vieilles.

Les jeunes démocraties tendent à être plus fragiles et à se montrer plus vulnérables face aux effets potentiellement déstabilisateurs du manque de cohésion nationale. Pour ces jeunes démocraties, l'unité nationale acquiert une grande importance, spécialement si la population est divisée en groupes sociaux confrontés.

Avoir une population homogène (du point de vue de l'ethnie, la religion et la classe) n'est pas une condition indispensable pour la démocratie, mais surement aide. La même chose peut se dire du sentiment de l'unité nationale : elle peut ne pas être indispensable, mais facilite la naissance de la démocratie et fait croître de manière significative, ses probabilités de consolidation à long terme.  Sans elle, dans certains cas, les conséquences sont fatales.

La Guinée, après le "Non" à la France en 1958, a défini son unité nationale. Cette identité nationale existe encore aujourd'hui, malgré les turbulences politiques. La Guinée ne doit la perdre, en aucun cas. Les autorités actuelles doivent se mettre au dessus de la mêlée. C'est l'unique garantie de leur légitimité.

Les élites de la société, les groupes de pression, les partis politiques, les confessions religieuses ont la lourde et honorable mission de donner à la Guinée une culture politique réellement nécessaire à la démocratie.


Naby Laye Camara

Bruxelles

pour www.guineeactu.com

 

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Vos commentaires
youssouf cisse, mardi 3 mars 2009
Je suis d`accord avec toi mon ami en ajoutant ceci:.Il ne faut une education ou sensibilisation nationale sur l`importance de notre multi-ethnique et osn inconveniants en le mettant en cause.Nous n`avons pas certes des difficultes lorsque nous nous referons sur les realites de notre pays que nous connaissions tous : .nos liens de mariage entre nos differentes ethnies dans lesquels il aura certainement des petits fils etc...j`en passe.Mr camara,je suis bien optimiste sur tous côtes en ce qui concerne notre pays bientôt l`ethnie ne fera jamais l`handicap,merci guineeactu pour avoir donner la chance aux guineens de reagir surtout en livrant leur opinions sinceres.
Ansoumane Doré, mardi 3 mars 2009
Mon cher Naby Laye,vous dites de "donner une culture politique nécessaire à la démocratie" sur le fond vous avez raison.Mais je rappelle l`adage suivant:"Plus l`eau est fraîche, plus il ya des chances d`étancher la soif, encore faut-il que la soif existe".Autrement dit, il faut que l`envie de la culture politique ( et non des élucubrations)soit ressentie.La culture quelle qu`elle soit, ne s`impose pas, elle s`acquiert par un effort d`apprendre.Or si nous avons, en Guinée,des qualités comme tout autre peuple, mais nous excellons dans l`art d`IMPROVISER".Très souvent,bien de nos compatriotes s`improvisent en ceci ou en cela sans état d`âme.Ils ont appris que la politique consiste à aligner des mots.Dans ce contexte,donner une culture politique à ceux qui croient d`emblée, la posséder, demeure hypothétique.C`est,à mon avis, qu`il faudra tout reprendre par la base, en instituant dès l`école primaire,la discipline "instruction civique", fondement de la culture politique.
Th.Hamidou Barry USA, dimanche 1 mars 2009
Excellent article! vous ete patriote.Il faudrait que vous soyez ponctuel sur le toile pour desamorcer ces revissoniste et negationniste devant l`eternellement.Pour n`est pas"ebrale l`unite nationale".Merci Mr camara!one love!

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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