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Dans mon article "l'Ufdg n'est pas un parti distinctif ou confessionnel" paru dans le site Guineactu, certains lecteurs ont centré leurs réactions sur mon identité ethnique (ou, je préfère, mon appartenance ethnique). Mon nom, Naby Laye Camara, selon eux, ne peut être qu'un déguisement. C'est-à-dire, un peulh déguisé en soussou. Comme si l'Ufdg était un parti des peulhs. Je m'attendais à des réactions sur le fond de l'article. Voyons! Le programme électoral de l'Ufdg. De toutes manières et, si cela peut servir, je suis d'un père koniaké (Beyla) et d'une mère malinké (Kérouané). Je suis donc koniaké (selon le régime "patriaca"). Né à Kindia, une ville très cosmopolite, je pus côtoyer tous les groupes ethniques. Le résultat, je me sens guinéen, tout court. Je suis conscient de la réalité sociodémographique et culturelle en Guinée, mais je refuse de croire que cela puisse dégénérer en conflit politique.
En effet, et parlant de l'ethnie et des groupes ethniques, durant cette période électorale guinéenne, il est absolument nécessaire d'avoir la tête bien faite. Le bonheur de l'individu dépend de la qualité de ses pensées. Autrement dit, ce ne sont pas les choses qui dérangent les personnes, mais les points de vue que celles-ci adoptent face aux choses. Notre conscience est la source qui nous permet de penser. C'est-à-dire, notre vie est un véhicule. Notre cerveau est le moteur de ce véhicule. Si le moteur fonctionne correctement, le véhicule peut se mouvoir. Et tout de suite, d'autres questions surgissent. Vers où ira le véhicule? Quelle vitesse adoptera-t-il? Quel chemin empruntera-t-il? Pour que toutes ces questions soient significatives, nous avons besoin d'un conducteur. Ce conducteur est notre esprit. Sans un esprit, le véhicule sans conducteur, notre vie ne va nulle part. Maintenant, si notre esprit se met au volant, le véhicule peut nous amener à un voyage merveilleux. Littéralement et au sens figuré, ce sera le voyage de notre vie.
L'ethnie est une caractéristique sociale basée, dans beaucoup de cas, sur une supposée ascendance biologique commune dans un passé lointain. Les termes "ethnie et " groupe ethnique" se rattachent souvent à la race. Les anthropologues et autres scientifiques ont appliqué traditionnellement le terme "race" seulement à quelques personnes qui partagent les traits biologiques communs. Les caucasiens (les blancs), les négroïdes (les noirs), les mongoloides (les Asiatiques orientaux), ont été définis comme les principales catégories raciales. Mais, malgré certaines différences physiques évidentes, il n'existe pas une race qui soit, biologiquement parlant, complètement différente des autres- chacun de ces groupes présente un mélange de caractéristiques biologiques, incluant le groupe sanguin et l'Adn. Beaucoup de sous-groupes s'insèrent dans ces grandes catégories raciales. Les caucasiens, par exemple, intègrent les indo-européens. Une catégorie qui se subdivise, à son tour, en des groupes comme les scandinaves, les anglo-saxons, les slaves, etc... Ces groupes peuvent se subdiviser, à leur tour, en des groupes plus petits. Par exemple, les slaves comprennent les Russes, les Polonais, les Tchèques, les Slovaques, les Ukrainiens, les Serbes et les Croates, entre autres. Pour beaucoup que chacun de ces groupes se définisse comme une ethnie spécifique, aucun n'est biologiquement différent des autres. Tout groupe ethnique ou racial qui se définit en des termes biologiques, consistera nécessairement dans un mélange des influences biologiques (résultat des migrations massives, des invasions et d'autres formes de contacts entre groupes- qui remontent depuis des temps immémoriaux.
La distinction stricte et fondamentaliste des races individuelles ou autres groupes définis à partir de leurs traits biologiques, est à la base du racisme. C'est-à-dire, de l'exaltation de certains groupes ethniques pour sa supposée supériorité génétique. Cependant, affirmer qu'aucun groupe ethnique n'est biologiquement homogène, ne signifie pas qu'il faut nier les liens de consanguinité qui unissent les membres d'un groupe donné. Des sigles de coexistence dans des frontières géographiques relativement délimitées, et des mariages croisés entre membres du même groupe, peuvent créer des liens biologiques réels entre leurs membres. Les soussous, les peulhs, les malinkés, les guérzés, les coréens, les zoulous, les wolofs et autres nombreuses collectivités, se considèrent comme des groupes ethniques distinctifs basés principalement sur des liens forgés durant une très longue histoire de coexistence. Les liens de consanguinité ne sont pas les uniques traits qui définissent une ethnie. Les ethnologues mentionnent aussi d'autres facteurs culturels, c'est-à-dire, qui ne sont pas biologiques, qui peuvent différencier un groupe ethnique de l'autre, comme la langue, la religion, les coutumes, etc. Les scientifiques sociaux soutiennent, donc, que l'identité ethnique- comme toutes les autres identités- est socialement construite: elle est crée et définie par les personnes durant le temps de leurs interactions sociales. L'autodéfinition ethnique et les définitions imposées par certaines personnes à d'autres, peuvent influencer profondément le comportement politique. Et, malheureusement, aussi, il peut résulter des conflits assez compliqués, qui, parfois se terminent en des actions violentes. De souligner, que le conflit politique n'est pas la conséquence nécessaire et inévitable de la coexistence entre des groupes ethniques variés. Le conflit est politique lorsque les autorités publiques (l'Etat, les partis politiques) se mêlent et prennent parti entre les groupes confrontés.
Comme rappel, et pour s'intéresser à notre Guinée natale, ni le régime de Sékou Touré ni celui de Lansana Conté, s'est systématiquement pris à un groupe ethnique. Les passions sont vivent là-dessus, mais ceci est vrai. Systématiquement, je veux dire, un système prémédité et mis en place pour oppresser une ethnie. Le régime de Sékou Touré, menait, en général, une lutte sans merci contre tous les opposants à la Révolution, autrement dit, au Parti Démocratique de Guinée (PDG). Et les plus opposés à Sékou, c'étaient des intellectuels. Et parmi les intellectuels guinéens, les peulhs étaient (sont encore) les plus nombreux. Et par conséquent, ils étaient les plus menacés, en termes de chiffre. Ces intellectuels peulhs étaient poursuivis non pas pour leur appartenance ethnique, mais pour le fait qu'ils étaient intellectuels et opposants aux idéaux de la Révolution. Logique. Un intellectuel, par définition, se consacre professionnellement à l'étude ou aux activités qui requièrent un emploi prioritaire de l'intelligence. Et l'intelligence est cette faculté de comprendre, connaître et raisonner. Les dictateurs n'aiment pas les gens qui raisonnent. Ou du moins, qui raisonnent autrement qu'eux. Tous les régimes de dictature ont eu à faire à des intellectuels. Des intellectuels russes fuyaient vers les Etats-Unis. Les intellectuels allemands rêvaient mener leurs activités intellectuelles au pays de l'Oncle Sam (USA).
Nous devons apprendre à éviter les tromperies logiques (ou des erreurs logiques). Par exemple, les raisonnements hoc ergo propter hoc ("après cela, et par conséquent, dû à cela") sont des erreurs. Ils supposent que A est causé par B, parce que A précède B. La proposition, les menaces de sanctions des occidentaux contre la Guinée, précipita la fin du règne de Dadis Camara, illustre un raisonnement de ce type. La phrase n'explique pas pourquoi un phénomène précipita l'autre.
La Guinée est engagée dans un processus démocratique. Elle le réussira, sans aucun doute. Avec plus de Platon et moins de Paracétamol, les choses iraient encore mieux.
Naby Laye Camara Secrétariat Ufdg-Belgique
www.guineeactu.com
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