mardi 6 mai 2008
L’UPR et la crise actuelle
Abdoulaye Yacine Sow

Abdoulaye Yacine Sow est membre du Bureau Fédéral de l’UPR France et Président de l’Association « Les Amis de l’UPR ». Il a bien voulu nous livrer ses commentaires sur la situation qui prévaut actuellement au sein de l’UPR.

Guinéeactu.com: M. Sow, quel est votre regard sur la crise interne au sommet, qui frappe actuellement l’UPR ?  Simple vent de contestation ou réel risque d’implosion  du parti ?

A. Yacine Sow: L’UPR est un train dont les rails ont été posés par  quelques hommes visionnaires résolus à rapprocher les Guinéens entre eux afin de bâtir un avenir meilleur. Cette entreprise ambitieuse, qui aurait pu s’arrêter avec la mort de Siradiou Diallo son 1er Président, connaît avec son successeur El Hadj Bah Ousmane des périodes de progression continue. Pourquoi donc destituer un général qui vous fait gagner des batailles ?

Souvenons-nous qu’en 2004, Siradiou parti, les Responsables des Partis concurrents se sont jetés sur sa ‘Formation’, croyant celle ci à l’agonie, pour se la partager. C’est Bah Ousmane qui a donné l’alerte, contribué à rassurer les militants et à arrêter l’hémorragie. Il a su maintenir la cohésion au sein du Bureau Exécutif en appelant et en imposant Mme Diallo Assiatou au poste de vice-président resté vacant avec la prise de sa nouvelle fonction. Il a élargi la Base du Parti et, par ses déplacements fréquents dans les provinces de Guinée et à l’étranger, il a fait progresser le nombre des adhérents. Aujourd’hui, l’UPR est consolidé et suffisamment fort pour accéder au Pouvoir. Aussi je ne comprends pas pourquoi certains individus viennent-ils remettre en cause ce résultat durement acquis sous son mandat qui est loin de se terminer.

Bah Ousmane peut conduire le train de l’UPR à sa destination, pas pour sa gloire personnelle, mais pour le triomphe de la Démocratie, de la Liberté et du Progrès dans une Nation guinéenne unifiée et réconciliée. Telle est la vocation de L’UPR et l’attente des citoyens guinéens.

Sans minimiser la contestation actuelle, je ne crois pas que le départ de quelques dirigeants qui ont oublié ou renié les idéaux des pères fondateurs de l’UPR provoquera l’implosion de ce Parti.

Comment vous situez-vous par rapport à ce que certains qualifient de fronde ?

Je ne partage pas la position des « frondeurs ». Qu’est ce qui les pousse à vouloir assassiner un Parti, si près de la victoire tant attendue et souhaitée par nos concitoyens ? Je pense que ce qui est en cause dans la ligne de fracture qui sépare les « frondeurs » des militants et sympathisants de l’UPR, c’est d’abord l’existence du sens que l’on donne à un Parti. Ce sens, on l’a, en répondant à la question fondamentale du pourquoi « devenir ensemble ». Malheureusement, le débat qui aurait pu permettre de répondre à cette question a été refusé aux militants par les « frondeurs ».

Un Parti, ce n’est pas un ensemble de liens d’intérêts personnels (élections, députation). Un parti politique est une association de citoyens unis pour défendre un projet de société ou, tout au moins, quelques idées sur l'orientation de la destinée Nationale. Ce projet ou ces idées s'inspirent d'un certain nombre de principes ou de « valeurs » découlant d'une tradition ou d'une idéologie. L’adhésion à une formation politique ne se fait donc pas sur la base d’avantages comparatifs (facilité d’émerger, appui matériel ou financier ponctuel…), mais sur une conviction politique fondée sur un projet de société pertinent. A ma connaissance, les « frondeurs » partageaient les mêmes idéaux que le Président de l’UPR durant toutes ces années. Dans ces conditions, que reprochent-ils sérieusement à ce dernier ? Faisons un point sur les évènements récents:

Bah Ousmane a proposé la Présidence d’honneur à Cellou Dalein, qui voulait rejoindre l’UPR. Il a constitué une commission pour nouer des partenariats avec les autres Partis politiques de l’opposition, comme l’UFDG. Chaque semaine qui passe voit des dizaines de citoyens rejoindre l’UPR.  Alors que veut le peuple ? En l’absence de véritables griefs et à défaut de faute lourde (voir article 11 et 18 du règlement intérieur de l’UPR), il doit rester à sa place. Il ne doit pas la  céder à un autre. Il y va de la crédibilité, de la dignité du Parti et de l’honneur de ses militants.  Je voudrais d’ailleurs ici m’adresser à ces derniers  et aux sympathisants de l’UPR. Je sais qu’ils ont adhéré à ce Parti parce qu’ils croient aux valeurs qu’il incarne : liberté, union, travail, progrès. Ce sont ces valeurs qui mèneront ce Parti à la victoire et non les vertus occultes d’un riche Messie du Foutah Djalon, à la fortune mal acquise.

La scission vous paraît-elle, tout de même, irréversible ? L’UPR peut-elle encore recoller les morceaux et retrouver son unité d’action?

Tout dépend des « frondeurs ». Ils peuvent encore revenir dans le Parti et se conformer aux statuts et au règlement intérieur. Il y a des dispositions qui prévoient la destitution des dirigeants lorsque ceux-ci ne remplissent pas correctement leur mission. Aucune n’a été respectée ni utilisée par les « frondeurs ». Ils veulent maintenant organiser un congrès ! Pourquoi ne l’ont-ils pas fait avant de provoquer une telle crise?

Pour revenir à votre question, je vous dirai que l’UPR est loin de la dislocation. Il repose sur des bases solides. Son objectif est de construire et consolider une démocratie pluraliste en Guinée, de piloter de manière efficiente le développement, en donnant des réponses concrètes aux préoccupations essentielles des populations, dans les domaines importants comme la santé, l’emploi, l’habitat, l’éducation, la paix régionale, la sécurité interne, la justice….

L’UPR, Parti National, ne se bat pas pour la promotion d’un homme ou d’une région en particulier. C’est pourquoi, ce Parti retrouvera force et vigueur dans quelques mois et je crois que les « frondeurs », s’ils démissionnent, retomberont vite dans l’oubli et l’anonymat.

Quel remède vous paraît-il le plus approprié à concilier les parties en conflit ? Que peut-on faire pour éviter désormais une crise aussi grave à l’UPR et ailleurs ?

L’UPR est une organisation qui a expérimenté et réussi à installer en son sein la Démocratie participative. Les grandes décisions du Parti (élection, participation à l’Assemblée Nationale…) ont toujours été prises en concertation avec la Base et les Fédérations nationales et avec celles de l’étranger. Tant que les dirigeants respecteront ces  procédures, le Parti sera à l’abri de crises majeures, comme celle qu’il traverse actuellement. Les « frondeurs » d’aujourd’hui ont commis une erreur fatale de communication. Non seulement ils n’ont pas informé les militants de base et les Fédérations de l’Etranger de leurs démarches, mais en voulant seuls destituer Bah Ousmane de la Présidence de l’UPR, ils ont affiché une volonté nouvelle de vouloir exclure les militants et responsables de ces fédérations du processus décisionnel. De ce fait, ils ont rompu les fils de la confiance avec l’opinion, ce qui a pour effet de provoquer ce schisme que ce Parti de l’espoir pourra recoller certes, mais difficilement.

Je propose, en guise d’action corrective, que l’UPR modernise et sécurise davantage le processus de désignation de ses responsables, actualise ses statuts et son règlement intérieur, instaure le mode - débat à tous les niveaux de son organisation et démocratise sa prise de décision.

Rédaction de www.guineeactu.com

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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