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Pure désillusion ! L’opposition guinéenne – au-delà des hommages de circonstances – ne pouvait pas s’attendre à autre chose, après la prise du pouvoir dans la rue par l’armée à la fin décembre dernier, suite à la disparition du Général Conté. Cette opposition s’était pourtant trop tôt régalée, en espérant secrètement que les militaires lui faciliteraient son entrée par « effraction » dans le gouvernement.
La chaude alerte avait été donnée à Cellou Dalein Diallo, leader de l’UFDG. Mais personne sinon presque, n’a pu lire entre les lignes la vraie démarche des « agents incontrôlés » ayant rendu une discourtoise visite à l’ancien PM. Au lieu de condamner fermement cette visite des plus inconvenantes, la classe politique a préféré constater les faits, ou tout simplement, s’en réjouir. Puisque de toutes les façons, se disent-ils, c’est un redoutable adversaire qu’il faut affaiblir.
Au même moment, les leaders politiques rivalisent de lyrisme, exultent et applaudissent la junte. Sans jamais se soucier que « la plupart des apprentis sorciers qui avaient soutenu dans les années 60 Mobutu et Eyadéma, en croyant pouvoir ensuite prendre leur place, ont fini par être liquidés, au propre ou au figuré. Les opposants guinéens sont pour la plupart des intellectuels. Ils ne peuvent donc ignorer cela. »
La junte, elle, reste formelle. Elle a fait effaroucher un premier leader. Elle a désillusionné l’opposition dans son ensemble. Comme pour la liquider peut-être, et s’assurer d’une virtuelle présidence à vie, dont les premières élections doivent être organisées, dit-on, à la fin 2010.
La douche froide ainsi sommée à Sidya Touré et à ses collègues politiques est restée en travers la gorge. En effet, après la nomination du Premier ministre, l’opinion –en première ligne les partis politiques d’opposition- s’attendait à un gouvernement de large ouverture. Peut être pas comme celui du gouvernement de Souaré, mais, tout de même, de large rassemblement et auquel ils pouvaient s’identifier. Coup de théâtre pour tous ceux qui espéraient puiser dans le CNDD, et d’entrer du coup, dans l’histoire. Car, en lieu et place, on a eu droit à des cadres peu ou pas du tout connus de l’opinion : un rassemblement de militaires et de technocrates.
En choisissant ainsi de garder éloignés les loups de la bergerie, Komara et Dadis ne veulent point de polémique, en optant pour la moralisation de la chose publique. Plus visionnaires peut-être, ces deux hommes veulent éviter un imbroglio politique censée « plomber la transition par des rivalités de clocher, dans lesquelles les politiciens sont passés maîtres sous nos tropiques. »
Le simple fait d’aller faire allégeance à l’homme fort n’a donc point garantit une entrée assurée dans son gouvernement. C’est là où se trouve de fait, le gros piège contre les leaders politiques, dont l’arrêt de mort semble consommé. Le tout devant être facilité par ces faiseurs de roi, toujours prêts à tirer leurs marrons du feu. Ce sont eux, en effet, qui vont faire pression sur le « capi », afin qu’il parachève son œuvre. Il deviendra ainsi le candidat gagnant de toutes les élections. Quoi de plus normal : il a l’armée qui n’hésitera pas de tirer sur sa population, il a phagocyté la CENI, il a le soutien de certains gros bonnets, d’ici et d’ailleurs, etc.
Qu’est-ce qui pourrait lui barrer le chemin ? Rien, absolument rien. Même pas ces pleurnicheurs déguisés.
Bah Ousmane, Sidya, Baadiko, etc. n’y ont finalement pas trouvé leurs comptes. Si ce n’est cette mince consolation pour le patron de l’UFR : "Nous attendons le discours sur les perspectives politiques et institutionnelles de la transition. C'est ce qui nous situera sur la période transitoire, nous avons entendu un discours économique, nous attendons le discours politique".
Le Président de l’UPR lui, n’a plus que ses yeux pour pleurer : "Si on nous avait consulté, nous aurions été partants (pour entrer dans le cabinet), mais le fait de ne pas faire partie du gouvernement, n'est pas un drame".
Baadiko de l’UFD pense quant à lui, que c’est un échec historique pour l’opposition de n’être pas associée au gouvernement Komara : "Ce gouvernement dit de technocrates est un véritable échec pour les partis politiques dans leur ensemble; car les partis, comme d'habitude, ont préféré aller jouer seuls leur partition, au lieu de s'unir."
Cet autre rendez-vous manqué de l’opposition (il est d’ailleurs avisé de rester à l’écart de cette transition, pour mieux asseoir les bases des différents partis) devrait interpeller la conscience et la sagesse de tous les leaders, y compris l’agonisant PUP, alors ‘’puissant’’ parti au pouvoir, ayant tripatouillé toutes les élections ce, depuis 1993.
Il est clair néanmoins que chacun a maintenant besoin de voir une opposition relooké, plus jeune, plus assurée, loin des candidats les plus conventionnels.
Thierno Fodé SOW pour www.guineeactu.com
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