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En 1958, nos parents ont voté pour l’indépendance sans savoir véritablement la portée de ce choix. Le 4 avril 1984, sortant d’une dictature au traumatisme collectif, nous avons applaudi le CMNR sans connaître l’indicateur de la boussole qu’il présentait. Dans les deux cas, les conséquences ont été de deux ordres majeurs.
Pendant 26 ans, la Guinée, isolée, a été jetée dans le camp socialo-communiste au plan international avec pour corollaires un collectivisme sauvage plombé par la tyrannie familiale. A l’intérieur, ce fut la descente aux enfers. Mais avec au moins la sauvegarde des richesses du sol et du sous-sol.
A cette période, a succédé le système paupérisant et véhiculaire d’une misère généralisée sous la houlette de grands prédateurs et de narcotrafiquants.
La régression fut le moteur de ces deux systèmes dont le dernier n’a fait que perpétuer les conséquences du premier. Un vide abyssal prit la place de la fondation de la nation qui aurait pu être prospère.
Le 23 décembre 2008, de jeunes militaires patriotes ont pris le pouvoir. Cette fois, le consensus ambiant fit place à la division de la société guinéenne. Ce qui dénota la maturité des populations démesurément humiliées et trahies par leurs propres enfants qui firent du mensonge d’Etat l’essence de la gouvernance. D’un côté, des farouchement hostiles au pouvoir militaire et de l’autre, ceux qui pensent que le citoyen précède la hiérarchie des fonctions et de statut social. Leur argument est que le patriotisme (amour de la patrie) n’a pas pour aune l’opposition entre civil et militaire. C’est l’implication dans l’édification de la nation qui est plus déterminante. Je suis de ceux-là. Pourquoi ?
L’avènement des jeunes militaires a annoncé la fin d’un système. Mais cette fin ne peut être réelle que si les conséquences des deux systèmes sont enrayées et éradiquées, à jamais.
Alors que je dénonçais la décomposition, sûre et lente, de mon pays à travers des titres comme « L’ordre du désordre », « Les assassins de la République », « Tous coupables »… etc., le message n’a pas été écouté ou bien perçu. Mais depuis trois mois, la Guinée se découvre en témoin de la véracité de ce que j’écrivais. La République se dessine maintenant. Une phase d’assainissement débute et une nouvelle ère s’ouvre aux Guinéens.
Pour l’heure, il se pose la question vitale suivante : va-t-on provoquer l’arrêt de la rupture avec les pratiques qui ont pourri la Guinée ? Autrement dit : allons-nous accepter de capituler en organisant des élections supposées démocratiques alors que la fondation de celles-ci est fondamentalement inexistante?
De notre réponse dépendra pendant longtemps le destin heureux ou malheureux de la Guinée.
Ceux qui ont une vue courte de l’histoire, se dressent contre le processus entamé. Certains ne voient que le pouvoir pour le pouvoir. D’autres sont pressés. Pourquoi le sont-ils ?
Parce que si les élections ont lieu maintenant et en l’état actuel, elles généreront des conséquences néfastes pour toi, Guinéen !
Pendant longtemps, ces conséquences toucheront les générations présentes et futures, car naîtra de ce choix, une évidente confusion plus destructrice qu’une guerre. La nation guinéenne ne se tiendra jamais debout.
Parce que si toi, Guinéen, laisse passer la chance présente, il recommencera une autre tragédie sur les ruines des précédentes, mais plus meurtrière que ces dernières.
Quoi qu’il en soit, l’idée même des élections précoces, telles que préconisées par les avides de pouvoir, est préjudiciable à la naissance d’un Etat de droit. Elle privera les Guinéens de la lumière de la Vérité qui devait les aider à savoir ce qui s’est passé et quels en sont les auteurs? Elle enterrera le rêve d’une nation démocratique.
Pourquoi ceux qui prêchent des élections n’ont-ils pas, à un seul moment et jusqu’à présent, parlé de la réécriture de la Constitution qui doit fixer les structures de l’Etat et garantir la République dans son expression démocratique ? Cette Constitution devra être intouchable pour les cinquante ans à venir, quel que soit le type de régime retenu à l’issue d’un référendum.
Les jeunes militaires nous ont fixé 2010 pour entamer une vie démocratique.
Je crois qu’il faut leur accorder ce temps et nous mettre à travailler sur les institutions républicaines :
- Quel régime voulons-nous : Parlementaire ou Présidentiel ?
- Quel mandat présidentiel (durée) ?
- Inscrire le poste de chef de gouvernement et Premier Ministre et circonscrire ses prérogatives,
- Poser la question de l’indépendance de la justice, la seule qui protège la République et les citoyens,
- La séparation des pouvoirs exécutif et législatif,
- La place des Guinéens expatriés dans le processus du renouveau du pays,
- Redécoupage géographique des collectivités pour reconfigurer le paysage social et électoral,
- Poser la question de l’unité nationale en termes de nombre de partis politique (j’opterai pour trois grandes formations politiques au moins pour les cinquante prochaines années
- La place de l’armée et quel type de forces armées voulons-nous ?…
Toutes les questions dont les réponses cadrent avec une véritable vie institutionnelle républicaine et démocratique. Elles recevront l’onction référendaire des populations.
Ces mesures aideront la Guinée à sortir de la convalescence de la maladie de la mauvaise gestion et de la médiocrité afin d’emprunter le chemin de la guérison définitive de la mal gouvernance. La voie ainsi balisée, le pays ne sera plus jamais l’objet des élections contraignantes parce que le citoyen sera instruit des échéances et y participera, en toute conscience.
A ce stade de notre évolution, le CNDD n’a plus le choix que de poursuivre, en associant d’autres patriotes, l’œuvre d’assainissement de la Guinée. Il peut d’ailleurs en être le garant en cédant l’exercice du pouvoir à des civils qui établiront les règles qui doivent présider l’organisation de véritables élections transparentes (expression si chère à nos volubiles politiques n’ayant d’intérêt que d’occuper l’unique fauteuil présidentiel).
Je récuse toutes formes d’élections qui ne seront que purs et pires bricolages parce qu’elles n’auront d’autres objectifs que de refermer les portes sur la nauséabonde gestion calamiteuse dont le peuple de Guinée souffre depuis un demi siècle.
Tous les patriotes doivent obliger les militaires à mener jusqu’à terme (2010) l’œuvre entreprise, en collaboration étroite, avec les Guinéens de la rupture pour la renaissance de leur pays. Il est prématuré de parler des élections précoces et les organiser, dans les conditions actuelles, est un danger pour la nation guinéenne.
D’abord et avant tout, mettons en place les outils de gestion saine et démocratique de la République ! Alors je t’interroge toi, mon compatriote : Es-tu prêt d’accepter le torpillage du nouveau destin qui se dessine heureusement ?
Paris, le 2 avril 2009
Jacques KOUROUMA pour www.guineeactu.com
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