jeudi 2 avril 2009
L’interrogation du Guinéen !
Jacques Kourouma

En 1958, nos parents ont voté pour l’indépendance sans savoir véritablement la portée de ce choix. Le 4 avril 1984, sortant d’une dictature au traumatisme collectif, nous avons applaudi le CMNR sans connaître l’indicateur de la boussole qu’il présentait. Dans les deux cas, les conséquences ont été de deux ordres majeurs.

 

Pendant 26 ans, la Guinée, isolée, a été jetée dans le camp socialo-communiste au plan international avec pour corollaires un collectivisme sauvage plombé par la tyrannie familiale. A l’intérieur, ce fut la descente aux enfers. Mais avec au moins la sauvegarde des richesses du sol et du sous-sol.

 

A cette période, a succédé le système paupérisant et véhiculaire d’une misère généralisée sous la houlette de grands prédateurs et de narcotrafiquants.

 

La régression fut le moteur de ces deux systèmes dont le dernier n’a fait que perpétuer les conséquences du premier. Un vide abyssal prit la place de la fondation de la nation qui aurait pu être prospère.

 

Le 23 décembre 2008, de jeunes militaires patriotes ont pris le pouvoir. Cette fois, le consensus ambiant fit place à la division de la société guinéenne. Ce qui dénota la maturité des populations démesurément humiliées et trahies par leurs propres enfants qui firent du mensonge d’Etat l’essence de la gouvernance. D’un côté, des farouchement hostiles au pouvoir militaire et de l’autre, ceux qui pensent que le citoyen précède la hiérarchie des fonctions et de statut social. Leur argument est que le patriotisme (amour de la patrie) n’a pas pour aune l’opposition entre civil et militaire. C’est l’implication dans l’édification de la nation qui est plus déterminante. Je suis de ceux-là. Pourquoi ?

 

L’avènement des jeunes militaires a annoncé la fin d’un système. Mais cette fin ne peut être réelle que si les conséquences des deux systèmes sont enrayées et éradiquées, à jamais.

 

Alors que je dénonçais la décomposition, sûre et lente, de mon pays à travers des titres comme « L’ordre du désordre », « Les assassins de la République », « Tous coupables »… etc., le message n’a pas été écouté ou bien perçu. Mais depuis trois mois, la Guinée se découvre en témoin de la véracité de ce que j’écrivais. La République se dessine maintenant. Une phase d’assainissement débute et une nouvelle ère s’ouvre aux Guinéens.

 

Pour l’heure, il se pose la question vitale suivante : va-t-on provoquer l’arrêt de la rupture avec les pratiques qui ont pourri la Guinée ? Autrement dit : allons-nous accepter de capituler en organisant des élections supposées démocratiques alors que la fondation de celles-ci est fondamentalement inexistante?

 

De notre réponse dépendra pendant longtemps le destin heureux ou malheureux de la Guinée.

 

Ceux qui ont une vue courte de l’histoire, se dressent contre le processus entamé. Certains ne voient que le pouvoir pour le pouvoir. D’autres sont pressés. Pourquoi le sont-ils ?

 

Parce que si les élections ont lieu maintenant et en l’état actuel, elles généreront des conséquences néfastes pour toi, Guinéen !

 

Pendant longtemps, ces conséquences toucheront les générations présentes et futures, car naîtra de ce choix, une évidente confusion plus destructrice qu’une guerre. La nation guinéenne ne se tiendra jamais debout.

 

Parce que si toi, Guinéen, laisse passer la chance présente, il recommencera une autre tragédie sur les ruines des précédentes, mais plus meurtrière que ces dernières.

 

Quoi qu’il en soit, l’idée même des élections précoces, telles que préconisées par les avides de pouvoir, est préjudiciable à la naissance d’un Etat de droit. Elle privera les Guinéens de la lumière de la Vérité qui devait les aider à savoir ce qui s’est passé et quels en sont les auteurs? Elle enterrera le rêve d’une nation démocratique.

 

Pourquoi ceux qui prêchent des élections n’ont-ils pas, à un seul moment et jusqu’à présent, parlé de la réécriture de la Constitution qui doit fixer les structures de l’Etat et garantir la République dans son expression démocratique ? Cette Constitution devra être intouchable pour les cinquante ans à venir, quel que soit le type de régime retenu à l’issue d’un référendum.

 

Les jeunes militaires nous ont fixé 2010 pour entamer une vie démocratique.

 

Je crois qu’il faut leur accorder ce temps et nous mettre à travailler sur les institutions républicaines :

-    Quel régime voulons-nous : Parlementaire ou Présidentiel ?

-    Quel mandat présidentiel (durée) ?

-    Inscrire le poste de chef de gouvernement et Premier Ministre et circonscrire ses prérogatives,

-    Poser la question de l’indépendance de la justice, la seule qui protège la République et les citoyens,

-    La séparation des pouvoirs exécutif et législatif,

-    La place des Guinéens expatriés dans le processus du renouveau du pays,

-    Redécoupage géographique des collectivités pour reconfigurer le paysage social et électoral,

-    Poser la question de l’unité nationale en termes de nombre de partis politique (j’opterai pour trois grandes formations politiques au moins pour les cinquante prochaines années

-    La place de l’armée et quel type de forces armées voulons-nous ?…

 

Toutes les questions dont les réponses cadrent avec une véritable vie institutionnelle républicaine et démocratique. Elles recevront l’onction référendaire des populations.

 

Ces mesures aideront la Guinée à sortir de la convalescence de la maladie de la mauvaise gestion et de la médiocrité afin d’emprunter le chemin de la guérison définitive de la mal gouvernance. La voie ainsi balisée, le pays ne sera plus jamais l’objet des élections contraignantes parce que le citoyen sera instruit des échéances et y participera, en toute conscience.

 

A ce stade de notre évolution, le CNDD n’a plus le choix que de poursuivre, en associant d’autres patriotes, l’œuvre d’assainissement de la Guinée. Il peut d’ailleurs en être le garant en cédant l’exercice du pouvoir à des civils qui établiront les règles qui doivent présider l’organisation de véritables élections transparentes (expression si chère à nos volubiles politiques n’ayant d’intérêt que d’occuper l’unique fauteuil présidentiel).

 

Je récuse toutes formes d’élections qui ne seront que purs et pires bricolages parce qu’elles n’auront d’autres objectifs que de refermer les portes sur la nauséabonde gestion calamiteuse dont le peuple de Guinée souffre depuis un demi siècle.

 

Tous les patriotes doivent obliger les militaires à mener jusqu’à terme (2010) l’œuvre entreprise, en collaboration étroite, avec les Guinéens de la rupture pour la renaissance de leur pays. Il est prématuré de parler des élections précoces et les organiser, dans les conditions actuelles, est un danger pour la nation guinéenne.

 

D’abord et avant tout, mettons en place les outils de gestion saine et démocratique de la République ! Alors je t’interroge toi, mon compatriote : Es-tu prêt d’accepter le torpillage du nouveau destin qui se dessine heureusement ?

 

 

Paris, le 2 avril 2009

 

Jacques KOUROUMA
pour www.guineeactu.com

 

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Vos commentaires
Le thié, dimanche 5 avril 2009
Monsieur Kourouma Je suis hébété par votre argumentation en faveur d`une pré-démocratisation de la Guinée. Vous commencez par nos parents ont voté l`indépendance sans savoir "Si seuleument il pouvaient vous entendre" et puis le CMRN de même ,s`ensuit d`après_vous la lumière , la fin du sytème (ètes_vous sûre de ce que vous avancer?) et le clou du spectacle halte à la démocratie on à ce qu`il nous faut,il faut laissé faire comme lui seul sait la Guinée suivra !!!. je remarque tout simplement que votre argumentation s`applique à merveille pour les deux sytèmes que vous dénonciez Ne nous égarons pas DEMOCRATIE=POURVOIR DU PEUPLE. Alors si DADIS aime la Guinée qu`il se préserve et se concentre pour restituer au plus vite ce dont il à le plus besoin son essence au lieu de se surmener pour detriure les biens des gens qui se verront à rembouser des dettes de 10,15 ans pour de la poussière. je reste votre admirateur,
Amadou Diouldé BAH, vendredi 3 avril 2009
Je crois pouvoir dire sans risque de me tromper qu`à FRIA, la ville oû je suis, l`ecrasante majorité de la population ne veut pas entendre parler d`élections présidentielles avant Decembre 2010. Les gens trouvent le président DADIS patiote,honnête et transparent. Et c`est possible que ce soit le cas des autres prefectures car j`ai pu constater il ya trois semaines lors d`un voyage Fria-Mamou en passant par Conakry et Kindia que le gens ont une très bonne opinion du président DADIS. Je pense sincèrement qu`on devrait accordé à DADIS les deux années de transition qu`il a sollicitées pour baliser le terrain si non l`espoir que nous avons aujourd`hui risque fort de se muer en deception comme ce fut le cas de LANSANA KOUYATE. N`oublions pas que nos leaders politiques ambusqués pour reprendre le pouvoir ont souvent brillé par leur incompétence et leur incanpacité à s`entendre parce qu`ils ne sont préocupés que par leurs interêts egoistes.
M.FALL, vendredi 3 avril 2009
Je pense que Mr Kourouma et ses contempteurs sont tout sauf de vrais patriotes intellectuels! Comment peut-on demander le maintien de militaires sans qualification au pouvoir ? Si c`est être patriote c`est vraiment dommage. Réfléchissez un peu chers compatriotes: PENSEZ VOUS QUE LA GUINEE VA DECOLLER AVEC A SA TETE L`ARMEE et en ayant au dos la communauté internationale? La Guinée a besoin d`élection libre et transparente le plutôt possible afin qu`un civile entame le redressement de la Guinée. Si DADIS vous écoute il va droit au mur car les difficultés ne vont pas tarder à venir. Ne fabriquez pas un 3éme dictateur s’il vous plait.
Jacques KOUROUMA, vendredi 3 avril 2009
Mon cher Lamine, j`aurais bien aimé vous entendre me demander pourquoi le redécoupage géographique de nos collectivités? Mais pour réponse succinte à votre question; cela veut que nos collectivités sont divisées actuellement en zone d`influence ou non de telle formation politique ou telle autre. Or, la réalité ne réflète pas cette considération, néanmoins nos assoiffés de pouvoir se satisfont de cette farce. L`une des conséquences immédiates est l`opposition aussi factice des populations (surtout la jeunesse). Dans les banlieues de Conakry, par exemple, des quartiers sont définies suivant leur occupation majoritaire par une ethnie comme le fief de tel ou tel parti. Tout cela attise des tensions sociales entre des citoyens qui, au quotidien, entretiennent des rapports de bon voisinage. Le système de Conté s`est servi de cette stratégie pour gonfler ou réduire, ici et là, le nombre d`électeurs à sa faveur ou au détriment de l`opposition. Je pourrais mieux vous développer l`argument si vous le désirez. Bonne journée, Lamine!
Sinkefara Bomba, vendredi 3 avril 2009
Je suis entièrement en phase avec Mr Kourouma et je suis content que que des voix s`élevent de plus en plus pour souhaiter le report des échéances electorales. Je demande à tous ceux qui sont dans cet état d`esprit de faire pression sur la société civile guinéenne afin qu`elle se démarque de certains leaders politiques qui visent des objectifs qui n`ont rien à voir avec les intérêts de notre peuple. Que Dieu sauve la Guinée, vive la patrie!
LAMINE, jeudi 2 avril 2009
Monsieur KOUROUMA quand vous dites" redecoupage géographique des colectivités..." que voulez-vous dire exactement par lá? cordialement
Me LAMAH Albert, jeudi 2 avril 2009
Je vous remercie de vos écrits très honnêtes, sincères et impartiaux mon frère Jacques KOUROUMA .Je suis très à l`aise quant je vous lis car vos sujets sont abordés en intellectuel tout en apportant des propositions de solutions au drame guinéen décine à l`horizon dont autres personnes minimisent les conséquences qui pourraient être désastreuses mais très désastreuse. Ceci étant, je vous adresse toutes mes félicitations et vous demande de continuer dans ce sens afin de construire notre chère patrie. Ceci dit il y a deux tendences concernant le pouvoir du Président Dadis et le CNDD.Il y a un petit nombre égoiste qui sont préssés pour la tenue des élections d`ici décembre et un autre très majoritaire qui estime que que le Président Dadis et le CNDD doivent rester au pouvoir jusqu`en décembre 2010. Pour les partisans de la première tendance très minoritaires, ils sont le plus souvent des personnes vivant à l`étranger ou en Guinée dont les proches se sont illégalement servi des caisses de l`Etat, M.KOUROUMA vous êtes d`accord avec moi qu`ils ne trouvent pas leur compte dans les actions d`assainissement des finances publiques et de la lutte contre les narcotraficants engagées par le CNDD pour ne citer que les deux. Nous connaissons beaucoup d`entre eux qui sont partis en Europe et vivent là grâce aux fonds détournés par les bandits à colle blancs que le CNDD arrête aujourd`hui. Ils vivent en Europe ou en Guinée grâce à ces fonds ou intérêts de ces fonds.Par conséquent, ces monsieurs ne peuvent que demander le départ prématuré de la junte. La plupart de ces gens sont intimément liés à ceux qu`on arrête pour motif de détournement. Cela veut dire simplement que si le Président Dadis continue à traquer ces bandits à colle blanc, leur robinet va se chesser et ils seront couper de vivre en provenance de ces comptes sombres. Alors les enfants,ces personnes ne priéront jamais à ce que le CNDD reste pour longtemps. Alors mes chers compatriotes, soyons très vigilants. Ils se croient intelligents mais nous connaissons.
FAKOLY KOUMBA, jeudi 2 avril 2009
Oui, halte à la précipitation pour aller aux élections. Il faut nettoyer le marigot politique, économique et social de la Guinée. Je suis d`accord pour la définition des règles à caractère générale et impersonnelles qui s`appliqueront à tous les guinéens sans exception. Mais, posons-nous aussi la question de savoir, si le CNDD dans sa composition actuelle est outillé pour mener tout ce travail?, des compétences humaines doublées de moyens techniques adéquats doivent être levées pour faire le travail de toilettatge non pas de la seule constitution guinéenne, mais de toute la société entière en proie à une corruption endémique, à la décadence des valeurs morales. A l`instar des anciens ministres qui commencent à rendre des comptes, la famille de Lansana CONTE doit également s`expliquer sur les biens mal acquis, sans oublier l`armée qui doit nous éclaircir le "bulletin rouge" et les différents crimes de sang perpétrés lors des manifestations de pauvres citoyens. Que Dieu sauve la Guinée !!!
Charles THEA, jeudi 2 avril 2009
M. Kourouma est un intellectuel patriote qui connait la Guinée et cherche à sauvegarder ses intérêts pour le plus grand bonheur du peuple.Certains, s`abritant dernière l`avidité et la cupidité cherchent à faire exploser le pays dans l`unique objectif d`y tirer profit.Des élections anticipées en 2009, voilà la pire des options qui s`offrent à notre pays où la situation économique est désastreuse et où le tissu social est déchiqueté.Que ceux qui aiment la Guinée le comprennent et qu`is soutiennent le CNDD dans sa noble et exaltante mission de moralisation de la vie sociale et politique du Pays. Ce vaste chantier ne saurait être achevé en l`espace de 12 mois. Que Dieu protège la Guinée du Chaos
OUAMOUNO DAVID, jeudi 2 avril 2009
Ne nous lassons pas de le dire haut et fort " que la transition doit s`etaler sur 2010" et ce pour le bien être du peuple guinéen. Croyez- moi,nous serions au front ensemble pour les demander de partir et quelque soit le prix, si en 2010 Le CNDD refuse de rendre le tablier. Mais pour l`heure, il faut marquer la rupture avec les vieilles habitudes qui ont pauperisées ce beau pays. pour preuve, des anciens ministres, qui, il n`y a pas longtemps clamaient leur pauvrété en suppliant le Capitaine Daddis de leur laisser dans les habitations publiques, de peur de se retrouver dans la rue, osent aujourd`hui payer une caution de 500 millions de nos francs, quelle honte! et qui ils croient tromper. c`est vous dire, qu`en précipitant les choses ont risque de retomber dans le cycle infernal que nous avons toujours connu. Mais en insistant, ils finiront tous par avouer, et ceux qui croient qu`une eventuelle election leur octroiyerait une immunité, qu`ils se detrompent.Il n`y a pas urgence en la demeure. Merci, Mr kourouma d`avoir choisi le camp des patriotes.
Bangaly Traore, jeudi 2 avril 2009
Mon frere Jacques,leur accorder le temps n`est point une bonne solution pour notre pays,car notre president et le cndd,ne sont pas en mesure d`etablir la justice en guinee.L`objectif de Dadis,ce comment proteger la famille du tyran feu conte et les clans de l`ex presidence.NB:la solution,il est temps et necessaire d`organiser les elections en decembre09,afin que ces incapables quitter la vie politique de notre nation.
Youssouf Bangoura, jeudi 2 avril 2009
Oui mon frère Jacques cela ne sert à rien de courir, Dieu seul sait pourquoi ces gens là nous poussent à aller aux élections, surtout qu`elles ne sont pas prioritaires, tout le monde doit dire non aux élections, et obliger Dadis à revenir sur sa decision, c`est pas une minorité qui doit imposer sa vision.Si il le faut on sabotera ces élections, on fera tout pour ne pas qu`ils aient lieu, pas maintenant, pas avant qu`on ne sache pourquoi certains sont devenus très riches et d`autres très pauvres.la guinée n`appartient pas à ces gens là, c`est un bien commun, personne ne doit decider à notre place, ceux qui pensent qu`on est en train de manipuler la jeunesse pour maintenir Dadis au pouvoir n`ont rien compris, on se rend de plus en plus compte que ces politiciens ens sont des arrivistes. La guinée n`a plus besoin de revoir les mêmes deputés corrompus et un president arriviste.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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