jeudi 4 décembre 2008
L’impossible réconciliation ?
Moïse Sidibé

L’année du cinquantenaire est sans doute la plus laborieuse et la plus intense en politique intérieure. Outre les innombrables défis économiques engendrés par la mauvaise gestion et la mal gouvernance, il y a la restauration d’un tissu social dont les multiples fissures filiformes ont engendré méfiance et suspicion entre les populations qui se regardent en chien de faïence mais qui se tolèrent encore bien. Ceux qui s’évertuent à nier cette situation de tension sommeillent sur un volcan dormant. Redresser la barre dans une telle situation nécessiterait une dextérité morale et intellectuelle difficile à rencontrer.

Ainsi, l’on refuserait de se demander pourquoi la capitale, Conakry, est scindée nettement en deux parties : une zone chaude et une autre qui observe, une zone qui a l’eau et l’électricité et une autre qui en est dépourvue et qui se rue dans la rue au moindre mécontentement. Dans les zones minières, la tranquillité n’est pas de tout repos et les fonctionnaires sont sur le qui-vive ; les syndicats sont divisés en deux blocs, prenant à tour de rôle, la part des gouvernements, suivant les vents capricieux du changement.

Les responsables et dirigeants politiques « parachutés » au compte du PUP, le parti au pouvoir, dans la quasi-totalité des localités et fiefs de l’opposition, ne sont pas le choix des populations, qui n’adhèrent à aucun de leur programme, non plus. Contestés, ils ne peuvent engager aucune initiative, fût-elle de bon aloi ou de bon choix. Dépités, ils s’enferment à leur tour dans le laxisme et dans la concussion à grande échelle. Toutes les reserves foncières et domaines publics sont bradés par les maires, chefs de quartier, imams, gouverneurs et préfets à des tiers. Depuis la mise en place de l’administration dans les régions et préfectures de l’intérieur par le gouvernement de Lansana Kouyaté, rien n’a démarré comme prévu et comme promis. Chacun ne s’est préoccupé que de se remplir les poches, en toute impunité, en attendant un éventuel limogeage ou une éviction dans une administration on ne peut plus volatile et instable au monde.

La frime politique, qui n’est autre qu’une politique de l’autruche, et l’aveuglement vont longtemps continuer à patauger dans ce cloaque?

Tout semble le faire dire. Les élections transparentes promises à grande pompe et auxquelles s’attendent les populations commencent à manifester de la mauvaise foi : manque d’encre, de certificats de résidence, machines en panne… et, ce qui paraît incompréhensible, c’est la disparition ou l’élimination totale de l’ancien fichier dans lequel figuraient les populations presque autochtones, recensées depuis la première république. Les nouveaux fichiers, un peu xénophobes, imposent à tous d’être nés en Guinée. La question qui se pose est que si un citoyen qui est né à Bujumbura ou à Djakarta ou à Hanoi est obligé de se faire recenser comme étant né à Conakry, comment fera-t-il avec ses pièces d’état civil, carte d’identité, passeport, sur lesquels il sera en porte-à-faux ou sera taxé de faux et usage de faux, plus tard ? Le MATAP peut-il nous éclairer la lanterne sur tous ces couacs? Un autre tas d’autres choses font dire à beaucoup que ce n’est pas le gouvernement actuel qui organisera ces élections législatives. Et cette CENI, qui devenue subitement aphone devant autant de problèmes ; le budget prévu et dégagé est en deçà de ses appétits boulimiques.

C’est dans ce chaos, dans cette mésentente que l’on veut entamer la réconciliation nationale. Entre « placer la charrue devant les bœufs et confondre vitesse et précipitation », nos gouvernants s’en mêlent les pinceaux. Certains intellectuels guinéens se demandent sur la justesse d’une réconciliation nationale, puisque les Guinéens ne se sont pas livré une guerre tribale ou ethnique Que signifie « l’association des parents des victimes du Camp Boiro »qui insulte sa mémoire à chaque occasion ? Que signifie « le complot peul » de 1976 ? Que signifient ces milliers de morts, qui demandent réparation à chaque occasion ? Victimes ou coupables, il y a eu des règlements de compte abusifs, personne ne peut et ne doit nier cette évidence, cela fait partie d’une partie de l’histoire tumultueuse de ce pays !

Tous les acteurs sont morts dans une lutte qu’ils avaient gagnée ou perdue en voulant faire l’histoire ou en voulant se mettre à contre courant de l’histoire, parfois à tort ou à raison, mais ils peuvent être tous réhabilités par le pardon et par la restitution des corps et des biens confisqués. Tant que ce pardon et ces restitutions ne sont pas faits, il y aura des braises sous la cendre, aussi longtemps que les générations vont apparaître et disparaître. La métempsycose a la mémoire fraîche et la rancœur dure !

Même si Sékou Touré n’a pas été condamné par une quelconque juridiction mais pour son repos éternel, il a besoin d’une réhabilitation morale car, dans l’esprit des parents des victimes, il sera toujours vu comme le bourreau. Cette condamnation morale peut-elle être absoute par un tribunal ou par un simple rejet arrogant de la réalité ?

Le pardon demande d’énormes sacrifices de la part des vivants, parmi lesquels le mea culpa, et cela, de part et d’autre, parce que tout n’a pas été aussi gratuit ou fortuit.

Il faut que les Guinéens assument leur histoire : Les conditions difficiles de l’indépendance, l’adversité et la rancune longue du général De Gaulle frustré par cette volte-face guinéenne, n’avaient pas ménagé les choses. Et il faut bien l’avouer, il y avait des cadres guinéens, et pas des moindres, pour jouer, tant soit peu, le jeu de la France pour exaspérer et transformer Sékou le sanguin en sanguinaire.

En gambergeant avec la « folle du logis » on s’est posé une candide question : La France coloniale avait-elle le droit et la raison de vider la banque guinéenne et de détruire toutes les archives et infrastructures construites par elle, sur le sol guinéen avec les biens guinéens, avant de se retirer, pour mettre Sékou Touré à genoux ? La question se pose puisque le général De Gaulle avait promis et garanti que : « La Guinée peut librement choisir son indépendance et choisir librement le chemin qu’elle voudra, la métropole n’y fera pas obstacle… » En fait, les obstacles, il en mettra plein dans les roues de Sékou, au point de le transformer en bourreau, et celui-ci l’a d’ailleurs reconnu devant la presse internationale en disant : « Tous les condamnés à mort sont morts ! » Sans forcer la main au droit, ne peut-on pas demander des comptes aussi à De Gaulle ? En tout cas, il n’a pas tenu ses promesses en faisant cette galéjade à Sékou Touré, qui a foncé tête baissée dans le mur !

Après 50 ans d’indépendance, les Guinéens sont encore dans le saloon et ne savent comment en sortir. Les richesses du sol et du sous-sol ne leur apportent que division et misère.

Les générations sont divisées sur une question mais unies par une cause commune : celle de la réhabilitation morale de leurs morts des deux bords, et ils ne savent plus à quel saint se vouer ; ils ne savent pas par quel bout commencer dans cette complexe réconciliation. Il leur faudrait prendre des raccourcis pour atteindre le but. Il ne sert plus à rien de pleurer sur du lait versé.

La presse à citron divisée entre pros et anti PDG met de l’huile sur le feu. Un vieux dicton enseigne que « parler des vieilles querelles équivaut toujours à reprendre les vieux pilons » Les morts sont morts, les victimes et coupables par procuration vont-ils faire siennes les oppositions et les erreurs de leurs devanciers?

Des deux côtés, ceux qui cherchent, vaille que vaille, à avoir raison et non à voir la raison, des petites gens, auront-ils raison devant l’histoire ?

La question reste en l’air !

A la revoyure !

Moïse Sidibé
L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Cissé Oumar de Bma, vendredi 5 décembre 2008
Vous avez bien raison mon frère ! Nos efforts doivent aboutir à la conciliation des différents points de vue. Sans agressivité. Et cela ne concerne que ceux qui s’invectivent et s’agitent comme des grillons sur le feu. Donc une réconciliation n’a pas de sens, puisque les scénarii rwandais, ivoiriens etc. tant redoutés, ne risquent plus de se dérouler dans notre contexte très cosmopolite car, la majorité a compris ce qui se passe et grâce à Dieu, aucune de nos régions ne se transformera en champ de bataille pour enrichir notre mafia de trafiquants d’armes et de drogues. Ceux qui sont prêts à en découdre sont une petite poignée bruyante qui ne réussira jamais à entraîner nos populations accablées de misères dans des conflits de prééminence. Personne ne pourra plus réussir ni à défaire nos liens irréversibles, ni à déchirer le tissu social en Guinée, car la prise de conscience est devenue réelle depuis quelque temps.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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