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Dans une interview accordée ce matin à Boniface Vignon de RFI, à la suite de la proclamation des résultats définitifs du premier tour de l’élection présidentielle du 27 juin 2010, Alpha Condé déclare, entre autres propos :
1. « …Cellou représente réellement le passé et toute la mauvaise gestion de la Guinée alors que moi je représente le Changement… ».
2. « …Le peuple de Guinée s’est mobilisé pour le Changement. Cellou, il ne faut pas oublier qu’il a trahi le président Conté, qui l’a mis comme premier ministre. Donc, le Changement c’est de mon côté… ».
3. « …Le peuple de Guinée va se mobiliser pour barrer la route à la mauvaise gestion qui a caractérisé la gestion de Cellou… ».
4. « …il faut empêcher qu’un petit clan ne prenne définitivement le contrôle du pays ».
Tout d’abord, je suis extrêmement déçu par le niveau du langage de M. Condé. Je trouve en effet grave que quelqu’un qui a passé presque toute sa vie en France, qui serait titulaire des titres universitaires les plus élevés, qui a « vécu dans le siècle », comme l’a écrit un de ses pamphlétaires, s’exprime comme un quidam en déclarant : « Cellou, il ne faut pas oublier qu’il a trahi le président Conté, qui l’a mis comme premier ministre. Donc, le Changement c’est de mon côté… ». Si ce propos était sorti de la bouche de Bouna Kéïta, je ne m’y serrais pas attardé. Mais de celle de M. Condé, c’est tout simplement assommant.
Sur le fond, voici quelques observations sur chacune des phrases prononcées par M. Condé :
1 : « …Cellou représente réellement le passé et toute la mauvaise gestion de la Guinée alors que moi je représente le Changement… ».
Cellou Dalein a certes été un employé de la BCRG, puis un haut fonctionnaire, avant d’avoir eu la carrière ministérielle qui est la sienne. Mais comment un simple commis de l’Etat, fut-il ministre, peut, à lui seul, symboliser la mauvaise gouvernance de la Guinée ? Etant donné que Cellou est né en 1952 et qu’il a intégré la BCRG en 1978, il faut vraiment être un M. Condé pour le rendre responsable des méfaits de Sékou Touré. Mais, nous le savons pertinemment, lorsque M. Condé parle de passé, il parle du règne de Lansana Conté. Au RPG, la mauvaise gouvernance n’existe en Guinée qu’à partir du 3 avril 1984. Le régime de Sékou Touré y est considéré comme celui de la vertu. Cellou serait donc le symbole de la mauvaise gestion de Lansana Conté.
L’argument est d’autant plus léger que, sur les 24 ans de règne de Conté (1984 -2008), Cellou n’a été présent au Gouvernement que pendant 10 ans (1996 – 2006). Il a occupé différents ministères où, de l’avis de tous, il a laissé bonne impression. Alors, au nom de quoi, M. Condé peut-il affirmer que Cellou symbolise « toute la mauvaise gestion de la Guinée » ?
Dans la même phrase, M. Condé déclare qu’il représente le Changement. S’il ne s’était pas découvert lors de la dernière campagne, on aurait pu le croire. Mais, celui qui ne trouve aucun mérite à Lansana Conté, celui qui considère Sékou Touré comme le Mahdi que ce dernier prétendit être, celui qui a recruté justement tous les mauvais collaborateurs de Lansana Conté (sur lequel son jugement implacable reste intact), ne peut incarner que le retour en arrière. Or, le Changement auquel aspirent les guinéens est un changement en mieux par rapport au régime de Conté et non un retour en arrière au régime de Sékou Touré avec les plus vils collaborateurs de Conté.
2. « …Le peuple de Guinée s’est mobilisé pour le Changement. Cellou, il ne faut pas oublier qu’il a trahi le président Conté, qui l’a mis comme premier ministre. Donc, le Changement c’est de mon côté… ».
Le peuple de Guinée s’est mobilisé pour le Changement puisqu’il a accordé 44% de ses suffrages à Cellou Dalein. C’est curieux que M. Condé soit incapable de respecter le choix du peuple, lui qui se dit être un démocrate. Mais le plus curieux est le plus grave, c’est la diffamation à l’égard de Cellou Dalein Diallo.
En effet, en déclarant par voie de presse que M. Cellou Dalein a trahi le président Conté, il le traite donc de traître. Cette traîtrise, il faudrait bien qu’il la démontre !
Je sais que Cellou Dalein est un homme sage, posé et courtois. Son éducation ne lui permet pas de tenir de tels propos à l’égard de qui que ce soit, fut-il son adversaire politique. C’est aussi un homme au dos large et « imperméable aux attaques ». Mais, trop c’est trop ! M. Condé doit, soit prouver ses accusations, soit subir la rigueur de la loi pénale.
En conséquence, en tant que sympathisant de l’UFDG et en tant qu’électeur de M. Cellou Dalein, je lui demande solennellement de se laver de cette souillure, en déposant plainte pour diffamation contre M. Condé. S’il ne le faisait pas, je prendrai pour véridiques les propos de M. Condé et je lui retirerai mon soutien et mon admiration.
3. « …Le peuple de Guinée va se mobiliser pour barrer la route à la mauvaise gestion qui a caractérisée la gestion de Cellou… ».
Ici encore, il s’agit de diffamation. Quelqu’un doit donc payer. Soit, c’est M. Condé, pour diffamation. Soit, c’est M. Cellou Dalein, pour les actes de mauvaise gestion qui ont caractérisés « la gestion de Cellou… ».
4. « …il faut empêcher qu’un petit clan ne prenne définitivement le contrôle du pays ».
Cette phrase a une signification politique dont l’ampleur dépasse le simple jeu démocratique. Un guinéen patriote et républicain ne doit pas s’y attarder, au risque d’exacerber les tensions créées par M. Condé et ses supporters au sein de la population guinéenne.
Il faut simplement noter que personne ne peut prendre définitivement le contrôle de la Guinée, puisque les Guinéens ne se laisseront plus jamais faire. Ensuite, il s’adresse à un peuple, dont seulement deux personnes sur dix ont confiance en lui alors que cinq guinéens sur dix, au moins, ont confiance à M. Cellou Dalein Diallo.
Donsokè (identité connue de la rédaction)
www.guineeactu.com
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