mercredi 10 juin 2009
L’impératif Devoir de Mémoire

Dans la vie des Nations, la mémoire des faits et des gestes politiques demeure essentielle dans la réalisation et la consolidation de l’Unité Nationale tant souhaitée. Cela devrait prévaloir comme un souci constant, dans la démarche de ceux qui sont en charge de la destinée de nos Etats.

Il faut se souvenir de tout ce qui s’est passé, quelques années auparavant, en bien et surtout en mal pour ne pas avoir à reproduire les mêmes erreurs. Le passé nourrit le présent qui, à son tour, prépare l’avenir.

Nous allons nous intéresser essentiellement, à la période post indépendance de la Guinée.

Pourquoi ce devoir de mémoire ? Pour tirer les enseiganements du parcours de notre pays depuis l’acquisition de notre indépendance politique en 1958 jusqu’à nos jours. Retracer l’histoire politique de la Guinée, avec ses hauts et ses bas et se pencher sur ses pages douloureuses dans un souci de compréhension de la tragédie humaine qui a vu près de cinquante mille guinéens subir les affres de l’un des régimes les plus féroces de l’histoire récente de l’Afrique contemporaine, en somme un « goulag » tropical.

Il faudrait tout de suite rassurer ceux qui sont inquiets de l’ouverture d’un débat de crainte de voir se rouvrir les plaies non cicatrisées et les rancœurs du passé. Le but recherché n’est pas de régler des comptes mais plutôt faire en sorte que ce qu’il s’est produit ne puisse plus se reproduire.

Il n’est pas non plus question de stigmatiser une frange de la population par rapport à une autre mais bien de comprendre les ressorts d’un système.

L’histoire de la Guinée, sous le régime de Monsieur Sékou Touré, de 1958 à 1984 est jalonnée de vrais ou faux complots qui se sont succédé au point que certains ont parlé de « complotite aigue » car ce phénomène se répétait tous les deux ou trois ans.

Le régime était confronté à toutes sortes de difficultés : économiques, sociales, politiques, etc. les complots et les éliminations physiques qui s’en suivaient constituaient un exutoire à ces problèmes.

C’est ainsi que successivement il y a eu :

-         En 1959-1960 le complot appelé complot pro français.

-         En 1961, le complot des enseignants.

-         En 1965, le complot des commerçants appelé complot Petit Touré.

-         En 1969, après la chute de Modibo Keita au Mali, le complot des Officiers, appelé complot Kaman Diaby.

-         En 1970, après la tentative de débarquement de soldats Portugais à Conakry, le complot appelé complot de la cinquième colonne.

-         En 1976, le complot peulh avec l’arrestation de Diallo Telli et ses camarades.

Sous le régime militaire de Monsieur Lansana Conté, nous avons assisté en 1985, à la reproduction du même phénomène sous le nom de ce qu’on a appelé le complot Diarra Traoré avec l’arrestation et l’élimination de dizaines de personnes.

Pourtant à la prise du pouvoir par l’Armée en 1984, l’espoir fût immense de ne plus revivre le passé douloureux avec sa cohorte d’éliminations physiques suites à des condamnations extra judiciaires et sans que les accusés puissent se défendre.

Cela s’est reproduit à cause du manque d’introspection que nous n’avons pas effectuée en entamant la deuxième république. C’est le résultat de la politique de l’autruche que nous avons pratiquée en ne revisitant pas notre passé pour savoir pourquoi et comment c’est arrivé.

D’où l’impérieuse nécessité du devoir de mémoire qui pour nous se décompose en trois phases successives à savoir : la découverte de la Vérité, la Justice et la Réconciliation.

La vérité pour la mémoire des morts et disparus pour que les familles respectives puissent faire leur deuil. Pour que les femmes et les hommes puissent faire leur veuvage. Pour qu’une sépulture digne de la race humaine puisse être accordée aux victimes après le ciblage des fausses communes et l’exhumation des corps.

La justice doit passer après les aveux des survivants parmi les exécutants des basses œuvres. Elle doit situer les responsabilités des uns et des autres, surtout des commanditaires. Ceux-ci doivent demander l’expiation de leurs forfaits par la demande du pardon aux victimes vivantes ou aux descendants de ces dernières. En somme à la nation entière car toutes les familles guinéennes ont été touchées directement ou non.

Après tout ce qui précède, nous pourrons nous atteler à la réconciliation nationale pour que « plus jamais çà ». Les victimes pourront pardonner sans jamais oublier ce qui s’est passé. Les disparus ne reviendront plus parmi nous mais leur mémoire aura été honoré.

S’il y a un pays qui a subi les affres de la barbarie politique et raciste appelée apartheid c’est l’Afrique du Sud. C’est aussi celui-ci qui nous a donné un bel exemple de réconciliation de ses fils grâce à la clairvoyance de ses dirigeants dans les années 90, en mettant sur pied une commission avec pour objectif de situer les responsabilités avant une indemnisation des victimes.

Plus récemment, le Togo vient à son tour de mettre sur pied une commission vérité, justice et réconciliation pour connaître de toutes les violences politiques qui ont émaillées ce pays.

Encore une fois le but recherché est de guérir nos pays du mal profond des violences qui ont émaillées la vie politique en vue de rentrer définitivement dans une modernité, une vie démocratique apaisée où les conflits se règlent devant les juridictions compétentes sans que cela conduise à des arrestations arbitraires ou carrément à mort d’homme. Pour que plus jamais çà.

Dans ce but, le devoir de mémoire agirait à titre préventif pour circonscrire des évènements à venir, donc comme une catharsis. Il demeure indispensable et surtout incontournable dans le souci de connaitre enfin la vérité sur tous ces douloureux évènements de notre histoire commune et ainsi ressouder le tissu national.

Cela devrait figurer parmi les priorités d’une bonne transition pour qu’enfin nous puissions repartir sur de bons pieds.

 

Aboubacar Fofana
Président du Club DLG

Pour www.guineeactu.com

 

 

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Vos commentaires
Thierno A. DIALLO, jeudi 11 juin 2009
Tant qu`il n`est pas SELECTIF, le devoir de mémoire s`impose à chaque citoyen. C`est à dire reconnaitre de manière explicite que tous les complots de Sékou, SANS EXCEPTION AUCUNE, étaient de faux complots, vu qu`aucune justice n`a statué sur ces cas. Votre texte introduit une savante différence, et par là même la confusion: Je vous cite: " L’histoire de la Guinée, sous le régime de Monsieur Sékou Touré, de 1958 à 1984 est jalonnée de VRAIS ou FAUX complots qui se sont succédé…" Sur quelle base affirmez-vous qu`il y a eu de VRAIS complots, et que du temps de Sékou, et lesquels? Cela veut dire clairement que vous avalisez la thèse de certains vrais "complots" du RSR du PDG. Ce qui expliquerai les "vrais" jugements et condamnations, et soutiendrai la répression aveugle abattue sur l`ethnie peuhle (je prends cet exemple de répression ciblée contre une ethnie, parmi d`autres ). C`est le discours négationniste bien rodé visant à reconnaitre des circonstances atténuantes à Sékou, mais pas à Conté. Tous les deux étant absolument des criminels de la même veine. Vous le savez. "Pourtant à la prise du pouvoir par l’Armée en 1984, l’espoir fût immense de ne plus revivre le passé douloureux avec sa cohorte d’éliminations physiques suites à des condamnations extra judiciaires et sans que les accusés puissent se défendre." Là, aucun doute, c`est de l`extrajudiciaire sans conteste, vu que Monsieur Diarra Traoré et ses compagnons d`infortune y laisseront leur vie, a l`image de CERTAINES éliminations extra judiciaires de Sékou. C`est-à dire pas toutes. Vous aurez bien l`obligeance donc de donner la liste de celles qui ne l`étaient pas. Clairement les "complots" anti-Sékou dans le jugement desquels les accusés ont eu la possibilité de se défendre. Voilà le genre de comportement qui introduit un climat vicié entre guinéens. Nous lutteront ensemble, si votre vision n`est pas parcellaire. C`est pourquoi, même si le reste du texte me parait conserver quelque intérêt, il se trouve fondamentalement faussé par votre raisonnement. Personne ne réussira maintenant à nous faire "avaler des couleuvres". C`est l`une des raisons de ma méfiance vis-à-vis du fameux club "Demain La Guinée", quels qu`en soient ses membres par ailleurs. Il ressemble beaucoup plus pour beaucoup à "Hier La Guinée", HLG Thierno A DIALLO médecin.
Bilguissa, jeudi 11 juin 2009
Une proposition très importante que je salue,tout est là à mon avis si nous la mettons en application je crois comme vous le proposez ce sera UN VRAI DÉPART. Merci mon cher Bilguissa
Bangaly Traore, mercredi 10 juin 2009
Mon frere Fofana,nous sommes aujourd`hui a la reproduction de ces memes comptots avec Dadis et son fameux CNDD.la reconciliation est possible apres la verite et la justice sur les crimes des deux regimes.NB:Il est temps aussi de dire NON a une autre dictature qui commence depuis l`arrive de Dadis et son fameux cndd.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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