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 | El Hajj Saïdou nour Bokoum |
Jean-Marie Doré a raison sur au moins un point. Dès lors que les Forces vives se sont rendues à Ouagadougou pour rencontrer le Facilitateur, ils ont accepté d’entrer dans la logique de la médiation, donc du dialogue avec la junte et son chef. Mais ceux qui entendent différemment le mot dialogue, disent de leur côté : dialogue oui, mais sur les conditions du retrait de Dadis et de la dissolution du CNDD. C’est cette exigence qui est exprimée dans le mémorandum que les Forces vives ont remis au Facilitateur. A savoir la mise en place d’un organe de transition, indépendant du CNDD. Si cet organe voit le jour, qu’une autre commission électorale est mise sur pied pour organiser des élections crédibles en 6 mois, en effet qu’importe qu’on ait dialogué avec le diable, l’important est qu’il aura été disqualifié.
Mais est-ce que « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » ?
Le diable vient de lancer haut et fort que « c’est le peuple souverain qui décidera ». Ce qui vient d’être confirmé semble-t-il par ses délégués à Ouagadougou. Il tend la main aux forces vives pour mettre en place un gouvernement de transition, mais sous son égide. Il n’est pas question de son départ. Il avait déjà annoncé qu’il était farouchement opposé à l’envoi d’une force d’interposition. Puisque donc il persiste et signe après les horreurs du 28 septembre dont il est le principal comptable, je ne vois guère de lendemain qui chante dans cette mission de facilitation. Du moins si l’on s’en tient aux vœux, et aux déclarations plus ou moins sibyllines des uns et des autres.
Un dialogue qui consiste à dire à l’autre « quitte là que je prenne ta place », n’est plus vraiment un dialogue. Encore faut-il avoir les moyens de convaincre ce dernier de partir. Notre Facilitateur a clairement prévenu qu’il n’état pas faiseur de miracle. Certes, les Forces vives ont eu raison de rendre les politesses à Abuja et à Ouagadougou. Maintenant il faut arrêter de faire tourner ce disque rayé du dialogue guinéen. Solano, Kiridi, accords tripartites sous le règne stérile et souvent sanglant de Lansana Conté, et à présent on croit avancer en délocalisant la même impasse.
Il faut briser la quadrature du cercle.
Seule la force peut vaincre la force.
Les coups d’Etat contre un cadavre n’ont fait que nous enfoncer dans cette interminable transition. Le dialogue avec des criminels contre l’humanité qui ignorent ce que compassion et repentir veulent dire ne conduit qu’à de futurs désenchantements meurtriers. Nous tournons en rond depuis cinquante ans.
Le peuple de Guinée a été éconduit en 1958, mystifié en 1984, trahi en janvier-février 2007. Voici qu’on lui prend la main à nouveau, tel un bouc qu’on veut immoler à nouveau dans cette fosse creusée par la horde sauvage du 28 septembre. Le malheureux peuple de Guinée est pris en otage, d’une part par de médiocres dictateurs, et de l’autre par des forces d’opposition enferrées dans une incurable crise de leadership qui le tire à hue et à dia, tout en martelant des mots creux : le changement, l’alternance, etc.
Le changement ne sera obtenu qu’en achevant cette révolution commencée en juin 2006 et radicalisée en janvier-février 2007. Or aucune révolution n’est allée jusqu’au bout sans la direction d’une avant-garde politique. Les Partis politiques ne doivent certes pas minimiser le soutien de la communauté internationale et celui de la CEDAO et de l’Union africaine. Mais ils doivent d’abord compter sur leur propre force, c’est-à-dire leur capacité à remettre debout le peuple de Guinée. Il ne suffit pas de lancer des mots d’ordre incantatoires : mobilisez-vous, soyez unis, pendant qu’on erre et qu’on transhume loin du champ de bataille sous le prétexte fallacieux qu’on n’est plus en sécurité en Guinée. Etrange, des généraux qui mobilisent leurs troupes sur le champ de bataille pendant qu’eux-mêmes se prélassent en classe affaires ou dans des palaces, des appartements dispersés dans les beaux quartiers de la mondialisation. Je sais, moi-même je suis confortablement assis devant mon ordinateur, loin des balles de nos soudards. Je ne risque rien à envoyer nos chefs de Partis à la boucherie.
Ils n’ont cependant aucune chance de ramasser le pouvoir dans les salons des chancelleries.
Des Etats généraux de la Transition
En revanchent Ils ne risquent rien en convoquant des Etats généraux de la Transition qui mettront en place non pas un organe, (on est décidément aveuglé par ce fameux CNT) :
- Un exécutif de transition
- Un législatif ou une constituante de transition.
Mais ce dernier ne saurait émaner ni des Forces vives toutes seules, encore moins d’une « négociation » avec un organe illégitime, poursuivi pour crime contre l’humanité.
Une conférence nationale est incontournable. Elle l’était avant le carnage, le génocide (je pèse mes mots) du 28 septembre. On ne peut pas faire l’impasse sur les forfaits des deux républiques dont la première à fait le lit de la seconde, qui a orchestré l’avènement du CNDD. Ce denier avec ce septembre noir, avec ses milices ethniques, avec le discours du « forestier » lamda « les peuls ont supporté les pouvoirs anti-peuls de Sékou Touré et de Lansana, pourquoi quand c’est un des « nôtres.. »
Et voici venu le « Problème peul » (Ben Daouda Touré). Je dis en passant, honneur au NGR et Abe Sylla. Car il ne faut pas s’étourdir des braiments de Dadis repris par cet autre âne savant qui se mêle de théoriser. L’ânerie est décidément une maladie contagieuse. Je n’ai jamais été particulièrement friand de la prose de Ben Dadou Touré, ni du « Dadis show », mais un petit compil des deux m’a convaincu qu’ils ont en partage cette maladie au nom barbare, « l’écholalie ». Qu’on arpente de quelque côté le mont Nimba (ça y est le Niamou va me tomber dessus..), on n’en rate pas un caillou : répétition, échos, redondances, danse nuptiale de formules ampoulées à la manière du paon.
Le gouvernement de transition ne doit pas être un gouvernement d’exil. Ses membres sitôt désignés, doivent investir les locaux de la gouvernance et se mettre au travail. Pour commencer, les Partis politiques doivent lancer un appel solennel au peuple de Guinée, appel qui sera porté par un ou deux émissaires à Monsieur le Facilitateur. Pas besoin pour cela d’être un bataillon qui irait se livrer à une nouvelle cacophonie au Pays des Hommes intègres. Cet appel est un appel à la mobilisation générale. Y compris de ceux qui comme moi passent leur temps devant un ordinateur inoffensif. Nous mobiliser pour aller défendre sur place notre gouvernement. Le lumpen prolétariat de Bambéto, Dar Salam n’est pas né pour être martyr pour rien ou pour les autres. Les enfants de Wanidra et de Matoto ne sont pas des canards sauvages bons pour la soupe relevée au tambanaya.
Les bac plus 5 de Dabompa ne sont pas nés pour se faire canarder par des junkies en tenues qui veulent en découdre avec ceux qui trop souvent sont aux abonnés absents, qui ne disent présents que quand on leur parle élections. Personne n’a vocation à être chair à canon. Ni les responsables politiques, ni les révoltés du "Golfe persique". Un seul Guinéen qui tombe sous une nouvelle balle est une perte pour toute la Guinée. Certains chefs de Partis ont souffert dans leur chair, ont failli mourir, c'est à leur honneur d'avoir été là ce matin chez Jean-Marie Doré. Cet honneur doit être consolidé, confirmé. Il ne doit pas être confondu avec un fait du hasard. Car cette rencontre était concertée, ses risques pesés. Encore honneur!
Pourtant, ce dialogue nous mène à l’impasse.
Prenons un autre sentier, le sentier de la guerre. Non pas la guerre civile, mais la seule voie qui nous en préserve : la rue, les bâtiments administratifs, et surtout nos entrées-couchers pour y faire le mort.
Plus de mémorandum, mais un chronogramme pour une conférence nationale, pour les actions d’un gouvernement au travail, pour des villes mortes.
Que le Facilitateur fasse le miracle de contenir les ardeurs criminelles de son compère, que nos amis de l’UE, le Conseil de Sécurité, que nos frères de la CEDAO, de L’UA tiennent parole s’ils le veulent en venant avec les armes et les arguments qu’il faut, pour sécuriser nos futurs gouvernants au travail, et assurer un appui à nos population déjà debout, en éveil.
Tout le reste n’est que mal de tête.
Wa Salam
El Hajj Saïdou nour Bokoum
www.guineeactu.com
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