vendredi 19 novembre 2010
L’histoire émouvante d’une étudiante guinéenne

Une étudiante guinéenne dont les études ont été interrompues par un mariage forcé a été contrainte à quitter le pays pour aller se convertir en une femme de ménage au Maroc.

L'histoire que j'ai transcrite et vous livre, vous est transmise comme racontée par la victime du nom d’Aicha Camara que j'ai rencontrée au mois de Septembre dernier dans un restaurant marocain à Rabat.


« Je me nomme Aicha Camara. Je suis née à Conakry dans une famille conservatrice de Boké qui estime que le mariage est l’aboutissement heureux de la destinée de chaque fille. De parents tous analphabètes ayant tous grandi au village, à mes 21 ans révolus, j’ai épousé sous leur pression, M. Kaba Karamoko (un commerçant illettré riche).

Au nombre de 15, dont 8 pour ma mère et 7 pour ma marâtre, je suis l'avant-dernière fille des 7 et le 10e enfant de mes parents.

Mes grands frères, dominateurs, m'ont toujours serrée de près. Etudiante de mon état et née dans la capitale à la différence de mes autres sœurs qui sont nées au village, et pour avoir accepté de me consacrer aux études, j’étais convaincue que mes parents ne pouvaient pas me marier de force. Jamais de jupe, jamais de maquillage. Je devais tous les jours rentrer tôt après l'école et m'occuper des travaux ménagers avant de faire mes devoirs. Chaque fois que je retardais d'une heure, ou que je voyageais pour les vacances, à mon retour, ma mère me trainait devant le médecin, soucieuse de vérifier l'état de mon hymen. Même ma virginité ne m'appartenait finalement pas. Malgré mes 21 ans, j'étais toujours mineure aux yeux de la famille et je n'avais que mes yeux pour pleurer. Et puis, il y a la fameuse éducation. J’étais sous un contrôle aussi strict que 20 kilomètres en dehors de la maison, était comme parcourir 2 000 kilomètres. Soucieuse de relever la tête de mes pauvres parents, je me suis adonnée aux études et abstenue de contact approfondi avec les garçons de mon âge.

Je me suis dit que la seule récompense que je pouvais leur faire, pour m’avoir laissée, sur 7 filles, continuer les études serait de terminer les études avec succès et aller après chez mon futur mari toute vierge. C’était vraiment mal connaître les parents soussous surtout quand ils sont nés au village, analphabètes et doublés de pauvreté insupportable.

Et un matin, j'aperçois dans l'entrée de la maison familiale une paire de chaussures. L'homme auquel elles appartenaient se nommait Karamoko Kaba, un commerçant, le plus riche de mon village. Il est malinké de Kankan. Il a une bonne soixantaine d'années (65 ans). Il ne m'a jamais connue et, à 21 ans,  je ne l'ai jamais rencontré de ma vie.

Pendant dix (10) jours, avec la complicité de mes parents, Kaba Karamoko s'est installé dans l'annexe de la maison familiale.

Un jour à mon fort étonnement, mes parents m’ont fait asseoir sans protocole et dit ceci : «Tu as atteint l’âge de te marier et la seule issue honorable pour la fille et la famille, c’est d’aller chez son mari et c’est à M. Kaba Karamoko que la famille te destine. "C’est lui et pas un autre" me déclare mon père. "Tu verras, tout ira bien." Mais, très malheureusement, tout est allé mal. M. Kaba exige que le mariage ait lieu au village deux semaines plus tard. Comment trouver une issue en deux semaines? Mais il savait pourquoi il m'épousait: une "fille lettrée", alors qu'il n'a jamais passé une minute sur les bancs. Nécessiteux qu’ils étaient, mes parents n’ont pris aucun compte de ses raisons.

Contre ma volonté, sans mon avis, je me suis vu mariée à un homme dont je ne voulais et pouvais pas imaginer me rapprocher, tellement l'écart d'âge était grand.

A quelques jours du mariage, j’ai fait une imaginaire crise pour échapper, mais rien n’en a été. La famille m’ayant cru possédée par le démon m'a amenée chez un imam : sabre appliqué sur mon ventre dénudé, gifles en rafale, talissement d’une odeur irrésistible, coq égorgé. Et pour finir, attouchements sexuels. Les parents paient et j’ai continué à encaisser, toujours en silence.

Dans le désespoir et impuissante devant la décision des parents, je me suis retrouvée devant les sages et les religieux. Les deux familles ont tout négocié: l'argent, les bijoux, les habits, etc.…. Ne reste plus qu'à signer l'acte de mariage religieux: A l’officier d’acte de mariage religieux de nous déclarer mariés en ces termes : "La fille de X se déclare célibataire, vierge, et devient ainsi la propriété du fils de Y, moyennant une dot de 500.000 Francs Guinéens." On me tend un paquet de billets du montant de ma dot. L'équivalent de 60 euros. A ce moment-là, je me souviens, mon corps était vivant mais, intérieurement, j'étais morte jusqu'au jour des noces tant redoutées. Mon père m'a traînée au mariage comme un mouton à l'abattoir. La nuit de noces s’est passée dans les conditions que l’on peut imaginer, se livrer à un homme qu’on n’aime pas.

Pourquoi n'ai-je pas tenté de fuir ? J'avais 21 ans, j'étais mineure aux yeux de la famille et je n'avais que mes yeux pour pleurer.

Par rapport à mon niveau d'instruction et loin du pays, je ne saurais me priver de dénoncer la sacro-sainte tradition qui permet aux musulmans de considérer les filles comme leurs "esclaves", tout juste bonnes à marier et à faire le ménage.

Le pire c’est que, divorcé de 2 femmes et âgé de 35 ans de plus que moi (même âge que sa 3e fille), M. Kaba Karamoko cherchait une épouse mais aussi une aide domestique pour sa mère malade.

Mariée, je m’acquittais de toutes les tâches ménagères tout en subissant les remarques désobligeantes de ma belle-mère, ses humiliations et l’agressivité de mon époux. Ce fut mon quotidien.

Epuisée, je ne savais quel comportement adopter. Je m’investissais dans ce qui leur semblait le bon, mais leur colère augmentait. Exaspéré par nos disputes et sous les encouragements de sa mère, M. Kaba s’est remarié.

Sa deuxième femme (et 4e avec celles divorcées) est venue habiter avec nous. Comme vous le savez, dès le premier soir, les tensions se sont installées, j’ai cédé ma chambre à coucher, j’ai perdu mon statut d’épouse pour devenir la bonne à tout faire.

Seulement, il m’était de plus en plus difficile d’encaisser les médisances de ma rivale, les injures de ma belle-mère et la violence d’un mari que je n’ai jamais eu dans mon cœur. C’était intenable.

Quand je pense que de mon enfance, je ne retiens que les interdits. De 8 à 12 ans, interdiction de jouer à la balle, de sauter à la corde. A l'adolescence, interdiction de sortir le soir, ou d'inviter quelqu'un à la maison sans l'autorisation des parents, Je ne pouvais pas du tout m’attendre à un sort aussi malheureux que celui que Dieu (plutôt mes parents) m’ont réservé.

Villageoise à la maison, et moderne à l'école – qui représentait mon seul espace de liberté.

Jeune fille sage, ce n'est qu'à l'âge de 20 ans que j'ai connu des baisers volés. Grâce à la complicité d'un copain, qui ne pouvait même pas penser à plus forte raison parler de sexe avec moi. Tous ces efforts d’honneur, abstinence, sérieux avec les études, ont été mis à l’eau au profit d’un mariage forcé qui n’a fait que ternir mon image.

Chez les musulmans, le suicide est intolérable, sinon c'est la seule issue qui me restait »

Depuis ce temps Aicha est portée disparue et est en train de trimer au moment où je vous livre son histoire quelque part au Maroc dans un Bar Restaurant où elle passe la nuit contre le nettoyage.


Mohamed Camara


www.guineeactu.com

 

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Vos commentaires
Madigbè, jeudi 25 novembre 2010
Comme c`est pathétique cette histoire.Que Dieu guide les pas de cette fille.C`est vraiment domage.Si je pouvais avoir le contact de cette fille,en tant que père de 5 filles,je erai de mon mieux,pour l`assister.Si elle pouvait au moins avoir la chance d`acceder à l`occident,elle allait au moins faire l`objet de support moral de la part de certaines structures d`accueil, d`assistance et d`orientation.Que Dieu lui apporte son assistance et lui ouvre la porte sur protection la permettant de s`en sortir.Surtout qu`elle ne fasse plus la bêtise de retourner à ses parents,car j`ai été téoin d`une situation malheureuse de ce genre en Belgique qui a fini par coûter la vie à la fille
Ibrahima Sory Barry, mardi 23 novembre 2010
Cette histoire est tres attristant je suis pas d accord que les parents regardent l argent et aussis un homme si vieux surtout l impose a ce veillard de 65 ans ,l argent ne fait pas le bonheur. Cette fille elle doit etre aider a rentrer chez ces parents pour recommencer une nouvelle vie et surtout pas avec ce vieux de 65 ans. trouver un marie pauvre ou riche mais avec amour et fierte.
TRAORE MOUSSA, lundi 22 novembre 2010
Guineeactu on a vraiment besoin de contacter cette jeune femme pour la secourir, alors faite de votre mieux. Que Dieu l`accorde sa Grâce
Cisse, samedi 20 novembre 2010
je suis tres attriste par cette nouvelle.
Jacques, samedi 20 novembre 2010
ça donne les larmes aux yeux de savoir qu`il y`ait des jeunes filles comme cette étudiante,qui prennent la bonne option d`étuer soient freinées dans leur élan.Tout cela prouve à suffisance que certains parents seraient prêts à tout faire de leur enfant pour subvenir à leur besoin immédiat.Que Dieu guide les pas de cette fille et la protège.Si je pouvais avoir son contact,je me serai sacrifié pour la sauver car elle a vraiment besoin d`être assister
Mariama, vendredi 19 novembre 2010
Emouvante histoire,je vis aussi une situation pareille quelque part en europe, seulement moi je continue tant bien que mal mes etudes pour pouvoir donner une vie descente a mes 2 enfants et je prend mon mal en patience jusqu`á la fin de mes etudes car je n`ai plus rien a perde j`ai tout perdu depuis 7ans que j`ai foulé le sol europe pr venir chez un homme que je ne connais meme pas
Jean, vendredi 19 novembre 2010
Eh wotan quelle horeur.
Fatoumata Bah, vendredi 19 novembre 2010
Quelle honte! Quelle Barbarie! Je ne trouve pas les mots pour expliquer ce que je ressens et je n`arrive pas à croire que cela existe encore dans nos sociétés. Mr Camara, s`il y a quoi que ce soit qu`on puisse faire pour aider Aicha (pétition, dons)-faites le savoir.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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