samedi 7 février 2009
L’Histoire bégaye-t-elle en Guinée ?

Après avoir tenu des propos alarmants sur le fait qu’il se réclame des dictateurs Sékou Touré et Lansana Conté, il nous fait faire un bond en arrière de manière insoupçonnée.

Si l’objectif des membres du CNDD est la réconciliation, qu’ils sachent que nous ne pouvons parler de réconciliation, sans que justice soit faite. Pour les familles et les enfants des victimes du camp Boiro, nous exigeons dans l’ordre :

·       la Vérité ;

·       la Justice ;

·       la Réhabilitation des victimes du régime despotique et sanguinaire de Sékou Touré ;

·       enfin, la Réconciliation.

Nous disons Réconciliation et non Pardon, car ceux qui pouvaient pardonner, sont tous morts !

Aucune autre voie n’est possible.

De plus, depuis peu de temps, nous assistons à un bouleversement total au niveau de la structure militaire, sans une analyse des conséquences de ce changement sur l’avenir de notre pays.

Comment peut-on rester sans se préoccuper de la création dans différentes régions du pays, de zones militaires autonomes ? J’insiste sur le fait qu’il s’agisse d’une autonomie.

L’objectif étant de satisfaire des amis ou des copains. C’est une dérive dangereuse, un procédé inacceptable.

En Guinée, il y a toujours eu un seul groupe autonome au sein de l’armée : c’est celui du Bataillon Autonome des Troupes Aéroportées (BATA), qui devait être au départ stationné à Dabola (centre géographique de la Guinée), afin de pouvoir, en cas de nécessité, intervenir dans les quatre coins de la Guinée. Mais faute d’équipements (aéroport militaire, caserne…), finalement, ce bataillon s’est installé à Labé.

Néanmoins, malgré cette autonomie relative, le BATA est rattachée à l’Etat major de l’armée de terre. La spécificité de ce Bataillon réside dans sa capacité de faire coordonner, en cas d’opérations, les éléments de l’armée de l’air, de terre et parfois même, la marine nationale.

Tous les autres Bataillons relevaient soit de l’Etat major de l’Armée de terre, soit de l’armée de l’air, soit de la marine nationale. Il y a des Corps spéciaux (exemple le Corps spécial de sécurité présidentiel), des régiments, mais pas de bataillons autonomes à profusion.

Au dessus de ces Etats-Majors particuliers,  il y a l’Etat Major Interarmes qui coordonne et qui décide en dernier ressort.

Créer des Bataillons autonomes à chaque coin de rue, entraîne de fait, un problème de Commandement, donc d’organisation, sans oublier que la plupart de ces promus ont pour point  commun : être du BATA et de la Région Forestière (ce n’est pas parce que Dadis est forestier qu’il peut faire ce qui est interdit aux autres groupes ethniques) !

L’Histoire  bégaye -t- elle en Guinée ?

En effet, les civils donc la grande majorité  des Guinéens se sentent,  après tout, indifférents à ces problèmes militaro-militaires.

Cette approche est dangereuse pour le pays, car notre avenir en dépend, et depuis que Conté est passé par là, chaque militaire se croit investi du pouvoir de diriger notre pays.

Rappelez-vous la pagaille qu’il y a eu lors de la manifestation militaro-corporatiste des fameux bulletins rouges ? 

D’autre part, Dadis veut lutter contre les vols et l’impunité, nous dit-il. Dans ce cas, il est normal que les accusés passent devant un tribunal pour s’expliquer.

Hélas ! Le groupe Dadis a choisi d’interroger des présumés coupables en leur demandant des comptes. Quelles sont les compétences de ces juges ? La justice demande du temps et, quand on imagine la culture juridique de ceux qui prétendent être magistrats, nous ne pouvons qu’être inquiets.

Il est vrai que les personnes convoquées par le CNDD sont fortement soupçonnées de pillage de l’Economie. A  preuve, il suffit de regarder leur train de vie. Peuvent-ils expliquer aux guinéens, l’origine de leur fortune, de l’achat des villas en Europe et en Amérique du Nord, dans les quartiers les plus riches de ces pays ?

Ainsi, il y a beaucoup d’arguments pour prouver que ces Dames et Messieurs ont vidé les caisses de l’Etat. D’ailleurs, qui est-ce qui disait en 1984 « le jour ou vous verrez un d’entre nous « riche », il faudra vous dire qu’il a volé ». Que Dadis et son équipe voient d’abord comment Conté et son entourage (épouses, enfants, famille) se sont enrichis ?

L’équipe Dadis veut certainement étouffé cette affaire, afin de pouvoir se protéger lui-même, en protégeant les familles des ex-dictateurs Sékou Touré et Conté.

Si M. Dadis s’engage à faire un tel procès, il risque avec ses amis du CNDD, d’être impliqué.  Dadis crie partout qu’il est incorruptible. Comme tout être Humain, il a ses faiblesses. Il suffit de voir les nominations, notamment au sein des forces armées. De plus, sa présence à la direction du carburant de l’armée ne pouvait se faire sans l’aval de l’entourage de Conté : il  s’agit d’un poste « juteux » (comme le disent les Guinéens), et très certainement, Dadis cherche à empêcher toute recherche de Vérité.

Nous faisons la différence entre l’activisme et l’action. Actuellement M. Dadis fait de l’activisme, alors que les Guinéens attendent de l’action.

M. Dadis fait un discours programme dans lequel, il ne répond pas aux préoccupations des Guinéens :

1. Combien de temps va durer la transition ?

2. Est-ce que la Constitution sera réécrite, pour qu’elle soit démocratique ?

L’argument avancé par certains, que les conditions d’élections libres et transparentes ne sont pas remplies aujourd’hui, est une réalité.

Néanmoins, si la volonté politique existe, en une année, on pourra changer la Constitution pour passer d’une part, à un régime parlementaire « pur » et la liberté de candidature aux élections nationales sans l’aval d’un parti politique, et d’autre part, à l’élection législative.

Il faut se rappeler que le Libéria et la Sierra Léone sont sortis d’une guerre civile mais, ont pu organiser des élections libres et transparentes acceptées par tous ! La situation de la Guinée n’est pas pire !

Nous approuvons, tout de même, l’attitude méfiante de Dadis et son équipe face aux organisations « internationales » notamment, FMI, BM (Banque Mondiale), UA, CDEAO…Ces organisations ont toujours soutenu en Guinée, des régimes dont la légitimité ne repose sur aucune règle constitutionnelle. Rappelez-vous de la dictature Sékoutouréenne, et au temps de Conté, il n’y a jamais eu de Constitution en Guinée.

Le gouvernement Dadis-Komara aura beaucoup de difficultés, dans la mesure où d’une part, du mépris que les militaires ont vis-à-vis des civils et d’autre part, de la brutalité supposée des militaires du point de vue des civils.

J’imagine mal Komara, imposer une attitude à un militaire.

Nous avons été stupéfait de voir la rédaction d’un site guinéen nous expliquer que la présence en surnombre des militaires est normale. Les participants au coup d’Etat doivent être récompensés. Tout est dit : il faut se mettre autour de la table pour que le festin commence !

Le gouvernement Dadis-Komara ressemble plus à une armée mexicaine qu’à une équipe capable d’atténuer la souffrance des Guinéens.

Enfin, dans un monde où l’économie ultra libérale vient de montrer ses limites par la crise financière, qui a entraîné une crise économique sans précédent qu’elle traverse, Dadis nous parle de privatiser EDG, la SEG, SOTELGUI etc.…

Il paraît curieux qu’au moment où même dans les pays occidentaux on nationalise les banques par exemple en Angleterre, les décideurs Guinéens parlent de privatisation : on marche par la tête. Dadis et son groupe commettent les mêmes fautes que le CMRN en 1984, avec la privatisation des entreprises publiques.

L’urgence est de donner aux entreprises nationales des moyens et de mettre à leurs têtes des gens capables, et non des cousins et amis.

Ces propos n’ont pas la prétention d’être une bible. De ces débats que sortiront les solutions les plus réalistes, les plus adaptées à notre pays. Encore, faut-il que nous nous prenions en charge, que nous ayons le courage de la réflexion autonome et le sens de l’intérêt national.

 

Alpha-Malal BARRY
Economiste
pour www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Oumar Kaba, jeudi 12 février 2009
Je suis d`accord avec vous.tant que la guinée ne va pas réhabiliter les victimes de Sékou Touré, il faudra continuer à se battre. La dernière fois, j`étais à une réunion de l`Association des Enfants et des Familles des Victimes au Camp Boiro, j`étais content de voir que les petits enfants des victimes reprennent peu à peu le flambeau de la réhabilitation de leurs grands parents. J`en ai pleuré de joie dans la mesure où beaucoup sont nés hors de la Guinée mais, les parents ont bien transmis notre Histoire. Je suis une fois encore fier dans la mesure où la plupart des petits enfants ont fait des études solides ce que sékou touré voulait leur interdire. Je leur dit du courage et ils doivent continuer la lutte jusqu`à la réhabilitation de leurs grands parents. Merci M. Barry
Kagbadouno Tamba, mercredi 11 février 2009
Je suis d`accord avec vous M.BARRY. Nos frères d`afrique pensent que sans le pouvoir, ils ne pourront pas vivre. Nous ici en amérique du nord, nous comptons sur nos propres forces. M.Dadis fait la même chose que Sékou Touré, Conté en nommant aux postes clefs des personnes issues de leur famille. Mais Dadis et la quasi-totalité des guinéens ne pense qu`à leurs petits intérêts et non celui du pays. Pour preuve, voyez la nomination du directeur de la douane qui, vous avez dû le constater promet de faire exactement comme Mme Olga (ancienne directrice des douanes) qui fait partie du 1er rang des prédateurs de notre économie. Nous vous remercions M.Barry de votre analyse de la situation de notre pauvre pays: béni par le sous sol et maudit par ses dirigeants qui ont versé du sang de beaucoup d`innocents tués par Sékou touré par exemple. Je crois tant qu`il n`y aura pas réhabilitation de ces innocents, la guinée continuera de souffrir. Que Dieu nous protège!
diaby mamadou, mardi 10 février 2009
Merci M.barry pour votre analyse. Je vous dit les seuls guinéens qui pourront faire progrésser notre pays est la diaspora qui vit en europe et en amérique du nord. La diaspora vivant en afrique a la facheuse habitute de cirer les bottes des détenteurs du pouvoir. Je crois qu`un type comme Kouyaté nous a montré jusqu`à quel point la diaspora guinéenne d`afrique est capable de tomber. Il est impératif que l`on sache que seule la diapora vivant hors d`afrique est capable psychologiquement de dire NON à un pouvoir qui chercherait éventuellement à rompre un contrat de gouvernement. Merci M.barry et que Dieu protège la Guinée.
youssouf Camara, lundi 9 février 2009
M.barry, vous avez raison.En guinée, on confie le ministère de la défense à des militaires. C`est de la folie! l`armée doit être sous la coupe du politique et non l`inverse. C`est pourquoi, les policiers demandent un policier comme ministre, les douaniers un des leurs etc... Bientôt chaque corps sera un corps de l`Etat indépendant! Il faut remettre tout cela à plat et il revient aux politiques de diriger un pays. Mais lorsque l`on voit l`attitude de Sidya Touré (qui s`est prosterné devant Dadis) pour être ministre ou le président de l`UPR qui reçoit un prix des mains du régime Conté, il y a de quoi être inquiet! Merci et bravo!
Ben Malik Diallo, dimanche 8 février 2009
Monsieur Barry, en temps que bon économiste, cela ne doit pas vous étonner qu´on parle de privatisation, vous comprenez certainement que les pots de vin ne tombent pas tout seuls du ciel. Je trouve bien que vous révélez le CMRN de Conté &Co qui ont fait exactement le même parcours; ce qui est très dérangeant dans toute cette recherche de vérité de la part du CNDD, c´est qu´on ne fait même pas allusion des meurtres lors des manifestations en 2006, alors que si on veut réellement réinstaurer la justice, on doit commencer par les victimes te non pas seulement penser comment remplir les caisses peut être pour des nouveaux pilleurs. L´Être humain a plus de valeur que le matériel, c´est pouquoi, continuer à priver les citoyens de leurs droits civiques, au nom de la lutte contre les injustices, est une autre injustice plus grave Ben Malik Diallo
Ibrahima Keïta, samedi 7 février 2009
Merci M.BARRY votre analyse est une réalité. Dadis nomme que des forestiers comme l`ont fait Sékou Touré et Conté avant lui. De plus nous savons que la génération qui a entre 27 ans et 47 ans est la génération "KOKO-LALA" c`est -à-dire des gens qui n`ont aucune formation. Dadis en fait partie et c`est pour cela qu`il dit:"nous n`avons pas besoin de diplômés". Nous comprenons tous, que notre pays n`est pas sorti de l`auberge. Bravo M.Barry; prochainement laisser votre adresse mail!

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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