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C’est au cours d’un dîner à Paris, qu’un ami français tint ce propos en parlant de l’ethnocentrisme en Afrique.
Que de guerres et de malheurs ce tribalisme a apportés à l’Afrique et jusque-là apparemment, nous n’arrivons pas à en tirer les conclusions.
Deux événements me poussent à écrire cet article :
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Un de nos compatriotes est allé à l’ambassade de Guinée dans un pays africain pour des formalités et tout le personnel sans exception, lui demanda son ethnie et de surcroît, après avoir rempli un formulaire, choqué ou étonné, un employé s’exclama « hum votre mère est peuhle ? »
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Certains commentaires après publication de mes articles du genre « est-ce un vrai Forestier lui qui à l’époque s’opposait à Dadis ; la réhabilitation de Nyakoye Samoé, etc. »
Le sens de mon combat contre l’injustice, contre la discrimination et pour le développement est une partie de ma personnalité qui remonte à mes racines que je tiens à vous exposer avant mon analyse.
Je suis né à Kankan et une des sœurs à mon père, le supplia de choisir le prénom Paul parce qu’elle l’aimait ; ce qui n’est pas courant chez nous puisque l’enfant porte le plus souvent le nom de quelqu’un (homonyme) ; plus tard, ma grand-mère paternelle fit le déplacement de N’Zérékoré pour saluer l’enfant comme on dit.
C’est à ce moment que mon père se souvint d’un rêve qu’il faisait souvent ; qu’un vieux lui dit « c’est moi hele (éléphant en guerzé), je veux que ton enfant porte mon nom » ; très surprise, ma grand lui déclara que c’est son grand-père, qui l’aimait beaucoup mais mourut quand il était très petit donc la nouvelle fit le tour de la famille. Ainsi, je devenais l’homonyme de mon arrière grand père mais comme mon extrait de naissance était déjà établi, mes parents ne firent aucun changement.
Etudiant en France, l’on me demanda un jour, de faire un exposé sur la Guinée et ma culture ; ce fut très difficile de trouver des informations sur le pays ; sur ma culture et mes racines, j’en savais très peu.
Voilà pourquoi, je décidai de découvrir mes racines et pendant mes vacances je fis le voyage sur les traces de mon homonyme dans son village natal Dèmou, village à quelques kilomètres de N’Zérékoré qui, à l’origine, était un village manon (aujourd’hui, ses habitants dans leur majorité, parlent un guerzé légèrement différent de celui de N’Zérékoré) ; son vrai nom était Ouo Ouo ; il était guerrier, lutteur traditionnel et zogomou c'est-à-dire prêtre du culte ancien ; sa position de lutte et sa façon de terrasser ses adversaires lui valurent le surnom d’éléphant et la légende dit qu’il était toujours vainqueur.
Il allait de village en village pour des combats de lutte, à Zalekolè (zale qui veut dire mon médicament et kolè qui est à côté), littéralement à côté de mon médicament que les français déformèrent pour donner N’Zérékoré ; il épousa une des filles de Goikouya le fondateur du village. Sa famille manon vit d’un mauvais œil cette femme guerzé, pour éviter les différents conflits, son beau-père l’invita à s’installer à N’Zérékoré.
Son fils, c'est-à-dire mon grand-père, épousa une femme (ma grand-mère) de père guerzé et de mère manon.
Puisque j’avais recherché du côté paternel, je trouvais normal de rechercher du côté maternel.
Sans vouloir aller plus loin parce que je n’ai pas encore toutes les informations, mon grand-père Ibrahima Cissé, fut l’un des premiers Guerzés à se convertir à l’islam et fait exceptionnel, ces Guerzés prirent des prénoms coraniques et les noms de familles de ceux qui les ont islamisés ; il était Lamah ; son premier fils qu’il mit à l’école coranique, décida, pour différentes raisons, d’aller apprendre beaucoup plus sur l’islam ; il marcha à pied comme c’était courant à l’époque, de Kpaya village à 10 km de N’Zérékoré, jusqu’à Kankan et de petit boulot en petit boulot, pour le transport, il se retrouva en Egypte.
Pendant ces périples, ses parents, sans nouvelles, le crurent mort ; jusqu’au jour où ils reçurent son message ; inutile de vous décrire la joie de sa mère.
En Egypte, lors d’un voyage officiel, Sékou Touré apprit qu’ils y avaient des étudiants guinéens désargentés, alors il décida d’y envoyer l’avion présidentiel pendant les vacances, pour leur permettre de les passer en famille.
Voilà comment Ibrahima Cissé junior, retrouva sa famille après de longues années ; quand il décida de parler du coran, beaucoup de musulmans accoururent de plusieurs villages avec des cadeaux, pour l’écouter.
A son retour définitif, ne parlant pas français, ses amis de promotion ne purent le garder à la ligue islamique et il devint le premier imam guerzé de N’Zérékoré ; paix à son âme car décédé l’année dernière.
Il eut une fille avec une égyptienne, qui est à N’Zérékoré, mariée à un peulh.
Mon analyse :
Mon frère aîné a une femme de Dinguiraye et celui qui vient après moi, une femme soussou ; je ne peux compter le nombre de cousins, cousines ou autres parents, mariés à d’autres ethnies, à d’autres Africains, aux Européens ou Européennes.
Petit, une amie à mon père m’aima comme son fils, son nom Mme Carmène, une Française.
Feu Elj Ibrahima Cissé et ma mère sont de même père ; il me parlait de ses périples avant d’arriver en Egypte et du coran.
Je parlerai dans mon prochain documentaire de Mr Mamadi Sagno, sa mère guerzée était une des sœurs de ma grand-mère paternelle ; je donne tous ces exemples, pour dire que depuis des générations, il y a toujours eu des brassages ethniques dans ma famille ; que j’ai des parents du culte ancien (je n’aime pas le mot animiste), chrétiens et musulmans ; je me souviens que, petit, un de mes frères nous faisait rigoler car il lui arrivait d’aller le vendredi à la Mosquée et le dimanche à l’Eglise.
Maintenant, vous comprenez pourquoi l’ethnie, la religion et la race ne sont pas des critères dans mes relations sociales et professionnelles ou dans mes convictions politiques ; je suis disposé à supporté tout Guinéen capable de mettre notre pays sur le chemin du développement.
Dans mes recherches de l’histoire de notre pays, je veux seulement raconter les vérités historiques en donnant mon avis, pas dans le documentaire mais dans mes textes et ceci sans chercher à réhabiliter, ni a condamner ; un pouvoir que je n’ai pas.
Nous avons un riche patrimoine culturel, les artistes guinéens ont rayonnés dans le monde entier ; Italo Zambo, Jeanne Macolé, etc. Qui parle d’eux ? Les footballeurs qui ont fait la gloire de notre pays ; Soumah Soriba Edenté, Morciré Sylla, etc. Qui parle d’eux ?
Ce sont ces histoires que je veux raconter.
Quand je fus l’objet d’attaques, j’étais prêt à m’enflammer à mon tour, je l’avoue mais mon père me pria de ne pas le faire ; il sait que je respecte tout le monde, c’est ma qualité ; que je n’ai peur de personne, c’est mon défaut. Voici aujourd’hui, sans passion, mes réponses à ces attaques car je tenais à le faire un jour ou l’autre.
A celui qui disait à qui veut l’entendre, que j’avais été payé par des Peulhs pour écrire contre Dadis et que c’est le même qui décida la famille de Dadis à payer une maison pour son fils à Montréal ; il se sucra au passage pour arranger la sienne avec piscine ; à ceux qui répandaient cette rumeur au point d’inciter des jeunes à brûler la voiture de mon père ; dites-moi, la conviction est-elle passée aux oubliettes ? Dadis est dans sa prison dorée et plus personne ne parle de lui ; cela devrait servir de leçon aux politiques, que beaucoup de ceux qui font de la haine ethnique leur fond de commerce, le font par opportunisme et ils sont les premiers à retourner leurs vestes quand le vent tourne.
A cette Forestière qui déclara qu’il n’y a pas eu de viols au stade du 28 septembre en 2009 et qui plus tard déclara sur une radio, que des Forestiers (en parlant de moi), se sont associés aux Peulhs (en parlant d’Amadou d’aminata.com), pour brûler la Guinée ; je n’ai que deux questions à me poser : si elle ou une de ses proches avaient été violées ce jour-là, aurait-elle tenu le même langage ? Dans sa haine contre les Peulhs, inclut-elle son fils ? Qui a un papa peulh même si elle est mariée aujourd’hui à un malinké.
A Monsieur Jean Loya, animateur à la radio rurale de N’Zérékoré, j’effectuai entre 1993 et 2000, trois voyages dans le village de Demou pour la raison citée plus haut et non pour soigner une folie que je n’ai jamais eu ; dans la communication, quand l’on sait très peu sur un sujet, mieux vaut se taire que de raconter des inepties ; il est temps que certains de nos compatriotes apprennent à se faire une place au soleil par le mérite et la compétence et non par la démagogie.
En conclusion :
La maman de Dadis est une Théa et personnellement, je n’ai rien contre lui, je trouvais tout simplement qu’il n’avait pas la compétence et le tempérament pour diriger un pays ; ses déclarations incendiaires allaient opposer les ethnies; alors je ne l’ai pas soutenu par amour pour la Guinée.
Ceux en Europe ou aux Etats-Unis, qui téléphonent aux pays pour des incitations à la violence, doivent savoir que ces actes risquent de se retourner un jour, contre eux ; l’on sait quand ça commence mais l’on ne sait jamais quand et comment ça finit.
Je trouve inadmissible, qu’un ressortissant guinéen se présente dans notre ambassade et qu’on lui demande son ethnie.
Etant humain, je peux me tromper comme tout un chacun mais tout ce que je fais, je le fais avec passion et conviction et non par opportunisme ou démagogie ; je suis pour un débat d’idées et non pour la haine gratuite.
Pour terminer, je dirai que le racisme qu’est l’ethnocentrisme, n’aidera en aucun cas notre beau et riche pays.
Je dis que si nous sommes incapables de bâtir la Guinée, au moins ne la brûlons pas pour que la génération capable, qui viendra après nous, le fasse.
Paul THEA
www.guineeactu.com
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