jeudi 19 mars 2009
L’épidémie du VIH/SIDA, toujours en cavale !
A Modibo Traoré

Après avoir connu un pic il y a à peine une décennie, les campagnes d’éducation et de sensibilisation sur le VIH/SIDA connaissent aujourd’hui un véritable relâchement au plan mondial. Pourtant, l’infection à VIH, demeure encore de nos jours, un problème majeur de santé publique, qui affecte toutes les nations du monde, même si les taux de prévalence peuvent varier considérablement d’un continent à un autre. En particulier, en Afrique, l’épidémie est omniprésente et est, en règle générale, plus prévalente dans les zones correspondant à la ceinture de pauvreté. La pandémie est aujourd’hui entrée dans sa troisième décennie de ravage, et les recherches thérapeutiques ne sont toujours pas parvenues à leur fin, c'est-à-dire la découverte d’un traitement éradicateur. Pas même les essais cliniques en cours ne laissent entrevoir la  possibilité d’une future éradication. 

 

L’infection à VIH, rappelons-le, a eu ses premiers symptômes décrits aux USA, à la fin des années 70, mais 10 ans plus tard, c’est l’Afrique subsaharienne qui en devint le foyer de prédilection.

 

En effet, au début des années 80, furent décrits, aux USA,  des symptômes similaires au sein d’un groupe de patients adultes, de sexe masculin. L’anamnèse (histoire de la maladie) et les premières analyses médicales permettront de relever un certain nombre de caractéristiques communes aux patients.

 

- attrait exclusif pour les rapports sexuels par voie anal : les patients étaient tous des homosexuels;

 

- système immunitaire (capacité de l’organisme à se défendre contre les corps étrangers y compris les microorganismes nuisibles) sévèrement compromis. 

 

C’est plus tard que le lien de causalité sera établi entre les symptômes observés chez les patients et un rétrovirus qui venait d’être isolé, presque simultanément par deux équipes de recherche virologique, en France et aux USA. L’agent viral, du fait de son activité morbide fut aussitôt nommé Virus de l’Immunodéficience Humaine (VIH). Et, on n’eut point besoin de se gratter la tête pour admettre qu’on était en face d’une infection émergente. Celle-ci fut hâtivement qualifiée de « maladie des homosexuels ».

 

Hâtivement, parce que la découverte initiale du microorganisme chez un petit groupe d’homosexuels immunodéprimés, ne montrait qu’une  facette du choc qui attendait l’humanité. La face immergée de l’iceberg apparaîtra une décennie plus tard, lorsque le monde se rendit à la  terrible évidence, que l’infection, avait déjà atteint des proportions épidémiques chez les hétérosexuels, notamment en Afrique Subsaharienne.

 

Historiquement, les premiers cas en Europe et plus particulièrement en Grande Bretagne, furent d’abord iatrogéniques (c'est-à-dire transmis par erreur médicale).  Dans les années 80, du sang contaminé, en provenance des USA avait été donné à une large population d’hémophiles1 donnant lieu à l’un des plus grands incidents de santé dans l’histoire de la Médecine moderne. Pendant que l’Europe était occupée à se remettre de ce scandale médical, le VIH/SIDA, gagnait du terrain en Afrique dans un contexte favorable, fait de pauvreté et d’ignorance.  Cependant, avec l’amélioration des techniques d’asepsie et d’antisepsie, de l’hygiène des pratiques transfusionnelles, la transmission accidentelle du virus en milieu hospitalier est devenue littéralement insignifiante en Afrique.

 

Ainsi, mis à part les malheureux cas de transmission domestique par partage de matériels potentiellement contaminants (outils tranchants comme les lames, rasoirs broche à dent…) la propagation du virus y est exclusivement hétérosexuelle.

 

En Occident la mise en place de stratégies adaptées pour la prévention et de contrôle effectif de l’infection à VIH n’excluent tout de même pas la menace de dissémination virale. Celle-ci demeure réelle notamment au sein des groupes à risque tels les homosexuels, les utilisateurs des drogues intraveineuses et les immigrants venant des pays à haute prévalence virale. Toutefois, cette menace parait plus ou moins contenue grâce à des programmes d’intervention,  ciblant « ces groupes à risque ».

 

Partant de ce qui précède, l’on est en droit d’affirmer avec fermeté, que la notion de « maladie des homosexuels » est désormais caduque. Il y’a bien longtemps que l’infection a diminué d’ampleur au sein des communautés gay (occident). Le VIH/SIDA a en revanche, pris un tel essor, au sein des  hétérosexuels (en général en Afrique), qu’on puisse même se permettre une petite incorrection politique, en évoquant un constat qui frise quelque peu l’ironie.

 

En effet, l’infection à VIH qui avait, au départ reçu l’étiquette de « maladie des homosexuels américains », s’est aujourd’hui à peine muée en « maladie des hétérosexuels Africains ».

Sur le continent Africain, la pandémie est devenue si ravageuse que ses conséquences seront ressenties, même des années après la découverte d’un traitement éradicateur.

 

Les réalités statistiques choquantes, décrites ci-après, permettent de réaliser que le phénomène constitue une véritable bombe à retardement qui risque encore d’anéantir nombres de vies humaines.

 

Le nombre de personnes infectées par le virus est passé de quelque 8 millions en 1990 à environ 40 millions en 2007 soit une augmentation de  400% en moins de deux décennies. A la fin de l’année 2006 les personnes âgées entre 15 et 24 ans représentaient le 1/3 de tous les cas d’infection à VIH et près de la moitie des nouveaux cas d’infection.  Et près de 6000  jeunes dans la même tranche d’âge contractent l’infection chaque jour.

 

L’Afrique subsaharienne ne représente que 10% de la population mondiale, mais elle abrite près de 70% des cas d’infection. Plus de la moitie  (environ 60%) des adultes vivant avec le virus en Afrique sont des femmes (sources OMS, ONUSIDA).

 

A l’intérieur de l’Afrique noire toutefois, la prévalence de l’infection à VIH varie substantiellement d’une région à une autre, de moins de 1% au Sénégal et en Somalie a près de 15 à 30% de la population adulte en Afrique du Sud, en Zambie et en Swaziland.

 

Au plan de la lutte, d’énormes ressources financières ont été, au cours des deux dernières décennies consacrées à la lutte contre le VIH/SIDA dans le monde. La mobilisation universelle et concertée avait augmenté de façon graduelle et consistante mais la tendance est à la baisse de nos jours. Les programmes de lutte intégrés visant  à diminuer les cas incidents et à prendre en charge les cas prévalents en Afrique subsaharienne, ont manifestement échoué et sont en baisse du fait de l’inconstance du flux financier desdits programmes.

 

 La prévalence de l’épidémie s’est en effet accrue au même titre que les efforts déployés en Afrique noire. Tous les Etats au Sud du Sahara se voient confrontés à cette crise de santé publique, exception faite pour quelques uns comme notamment  le Kenya, l’Ouganda le Sénégal  et la Somalie. Les deux premiers cités ont en effet réussi un véritable exploit en réduisant considérablement la prévalence de l’infection. Les succès Ougandais et Kenyan ont été attribués à une mobilisation massive de la société civile combinée à une volonté politique résolue des gouvernements respectifs de ces pays à traduire de façon effective les stratégies de lutte en actions concrètes.

 

Quant au Sénégal et à la Somalie, ils ont maîtrisé l’infection à VIH en maintenant constamment sa prévalence au dessous du seuil de 1%. Ce maintien de l’épidémie à un taux constant de prévalence est un succès unique attrayant qui, de l’avis des experts en santé publique, est partiellement dû à leur orientation religieuse commune. Car dans ces pays, la fidélité  et l’abstinence jusqu’au mariage, mesures indéniablement préventives pour un continent où la transmission est notoirement hétérosexuelle, constituent des prescriptions de la confession islamique largement observées.

 

En Guinée, selon l’étude de prévalence réalisée par l’Enquête Démographique et de Santé en 2005, la prévalence du VIH /SIDA est de 1.5%, au sein de la tranche d’âge de 15 -49 ans. Comme ailleurs sur le continent, la couche féminine est la plus touchée.

 

Plusieurs facteurs expliqueraient l’élévation de la prévalence du VIH en Guinée. Ce sont entre autres : la proximité avec des pays à prévalence relativement élevée, le flux de réfugiés des zones de guerres, les comportements sexuels à risque (partenaires multiples, rapports sexuels non protégés), la pauvreté rampante responsable souvent de rapport sexuels précoces et d’engagement des jeunes filles dans des relations sexuelles avec des partenaires riches mais âgés et souvent mariés, l’analphabétisme, la polygamie, l’infidélité, les inégalités entre l’homme et la femme, le manque de responsabilité civique, la faiblesse des ressources financières allouées à la santé et l’instabilité politique. 

 

Bien que la prévalence de 1% paraisse faible, la Guinée court un danger immédiat dans la mesure où la prévalence de la maladie n’a fait qu’augmenter depuis 1986.  Avec une telle allure, bientôt le seuil fatal des 5% sera atteint et il serait très difficile pour un pays démuni comme la Guinée de maîtriser la propagation rapide qui en résultera. A moins de réviser les stratégies actuelles de lutte et de mieux les adapter, le pays risque de connaître une véritable crise dans les années à venir.

 

Une étude réalisée au mois d’avril 2007 sur un échantillon de 300 élèves de lycées (Dr John Powles –l’Université de Cambridge- et moi-même), révèle une fréquence étonnante de conceptions erronées et des comportements sexuels à haut risque. L’une des causes peut être le déclin des campagnes de sensibilisation et d’éducation sexuelle dans nos écoles.  Il est donc grand temps que le gouvernement réactualise cette politique vivement préventive. 

 

 

A Modibo Traoré, UK

pour www.guineeactu.com
 

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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