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La délégation de la junte guinéenne qui vient de séjourner dans la capitale française s’est contentée de rendre visite au secrétaire Général de l’OIF, le Sénégalais Abdou Diouf, à défaut d’être reçue à l’Elysée. Un coup dur pour le général Sékouba Konaté et sa suite, quand on sait que le CNDD est en quête de soutien pour une éventuelle candidature du capitaine Moussa Dadis Camara à la prochaine présidentielle.
Le gouvernement français vient encore de faire preuve de fermeté à l’égard de la junte guinéenne, en refusant tout contact avec la délégation que Conakry a dépêchée au près de l’Elysée la semaine dernière.
Cette mission composée du ministre de la Défense, le général Sékouba Konaté et du ministre de la Sécurité et de la protection civile, le général Mamadouba Toto Camara, s’est vue donc refuser l’accès à l’Elysée, selon nos sources.
Un hebdomadaire panafricain de renom avait déjà dans une de ses dernières livraisons, joué les oiseaux de « mauvaise augure », en annonçant que la délégation de la junte ne sera reçue ni à la présidence française ni au Quai d’Orsay.
Que les émissaires de Dadis allaient se contenter d’un tête-à-tête avec Abdou Diouf, le Secrétaire général de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF).
Selon une source proche de l’Ambassade de France en Guinée, les membres de la mission n’auraient pas connu des démêlés avec les services consulaires pour des problèmes de visas, contrairement à ce qui a été dit. La même source indique que ceux qui composent la délégation guinéenne sont tous détenteurs de visas en cours de validité. Il n’y avait donc pas de soucis à se faire à ce niveau là, d’après nos informations.
Il faut noter aussi ce qui semble être un point crucial, c’est que la chancellerie française à Conakry n’aurait pas été associée à ce voyage sur Paris.
C’est le lieu de rappeler d’ailleurs qu’entre la représentation française et la junte au pouvoir ce n’est plus le parfait amour. Ceci expliquerait cela. A la demande du Capitaine Moussa Dadis Camara, l’ambassadeur Jean Michel Berrit et deux autres employés de l’Ambassade de France en Guinée ont été rappelés par Paris.
Le Qui d’Orsay conscient de cette situation a donc pris les devants en annonçant l’arrivée très prochaine en Guinée d’un nouvel ambassadeur, en remplacement de M. Jean Michel Berrit.
Voilà qui pourrait certainement plaire à Dadis, quand on sait qu’il avait personnellement fait savoir au Secrétaire d’Etat à la Coopération M. Alain Joyandet lors de son dernier séjour à Conakry, « qu’il ne voulait plus de l’Ambassadeur de France en Guinée. »
Quel pêché aurait alors commis M. Berrit, s’étaient demandé nombre d’observateurs ? Une question dont la réponse pourrait bien se trouver dans le discours prononcé par celui-ci à l’occasion de la célébration du 14 juillet 2009.
En effet, ceux qui avaient eu l’honneur de prendre part à cette fête, ont pu sans doute s’apercevoir de la virulence des propos de l’Ambassadeur de France à l’égard de la junte, concernant certains aspects de la vie quotidienne des Guinéens, depuis l’avènement du CNDD au pouvoir.
« On relève aussi des sources persistantes de préoccupations : progrès trop lents dans la mise en œuvre du chronogramme électoral et du dialogue politique ; retard dans la mise en place du Conseil national de transition et dans la formalisation de l’interdiction de se présenter aux élections pour les membres du CNDD et du gouvernement ; persistance de violation de droits de l’homme et d’actes de violence contre des civils et des opérateurs économiques par des hommes en uniforme ; difficultés rencontrées par les partis politiques dans l’exercice de leurs activités », avait fait remarquer M. Berrit.
Chose qui n’aurait pas plu à Moussa Dadis Camara. Jean Michel Berrit n’a cependant fait qu’exprimer la position de son pays vis-à-vis du processus de transition en Guinée.
Depuis le départ, Paris semble afficher la même détermination à l’égard de Conakry. Le communiqué publié au lendemain de la 6e réunion du Groupe international de contact sur la Guinée (GCI-G) en fait foi.
La France rappelait ainsi que « la tenue d’élections libres et transparentes en Guinée en 2009 a toujours constitué pour elle, comme pour ses partenaires de la communauté internationale, la priorité ».
Elle se disait préoccupée par l’enlisement du processus de transition.
Tout en mettant un accent sur « l’ambiguïté maintenue par Dadis Camara sur sa non-candidature ainsi que celle de la junte et du Premier ministre aux élections de 2010, l’absence d’avancées significatives dans le processus électoral et le musellement de l’opinion publique, qui à ses yeux, hypothèquent non seulement le retour à l’ordre constitutionnel mais contreviennent aux engagements que la junte avait pris envers la communauté internationale ».
Paris avait insisté pour l’occasion sur la nécessité pour la junte de tenir ses engagements au risque de conduire le pays dans l’isolement avec à la clé des sanctions.
L’allure prise par le navire Guinée ne fait que nous mener loin d’une embellie dans nos relations avec la France et ses partenaires.
Ce n’est pas la mission du CNDD qui dira le contraire. Elle l’a appris à ses dépens, en se faisant éconduire par l’Elysée. Un coup dur pour la junte au pouvoir, quand on sait qu’elle a besoin de soutien pour parvenir à ses fins.
Le retour de la délégation est annoncé pour ce jeudi. Espérons que cette mésaventure serve de leçon au CNDD, afin qu’il puisse revoir sa copie…
Mamadou Dian Baldé L'Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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