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Chers compatriotes,
Sous nos yeux grands ouverts, la soldatesque guinéenne sort définitivement de ses gonds, mettant à profit l’épisode de la tentative d’assassinat d’un chef de junte par un de ceux qui le servirent avec le zèle criminel qui a engendré les massacres du 28 septembre 2009.
Ces massacres conçus pour mater toute velléité de résistance civile organisée accouchent aujourd’hui de leur pendant de répression définitive et absolue de toute forme d’action et de réaction pouvant provenir des casernes mêmes, tout en réduisant, au passage, les marges de manœuvre des forces vives en général, et de tous les acteurs du changement en particulier.
Ce plan de liquidation déclenché par la tentative d’assassinat qui en est le prétexte donne déjà lieu à des opérations d’arrestations, suivies d’assassinats purs et simples dans l’ignominie la plus absolue, celle constituée par des tortures et des conditions d’interpellation indignes du genre humain. Ces assassinats allongent la liste des crimes dont la junte devra répondre devant les juridictions internationales.
Les pratiques barbares ayant dernièrement prévalu à l’arrestation de soldats interceptés à la frontière guinéo-sierra léonaise et finalement liquidés par la torture et sans autre forme de procès, constituent une atteinte intolérable aux principes qui fondent le Droit en Guinée.
Ces violations flagrantes des Droits Humains sont en fait des opérations d’intimidation à l’égard de ceux qui n’auraient pas compris en Guinée que la soldatesque ne reculera devant aucune extrémité pour imposer son diktat à des populations exsangues, qu’elle entend bien continuer de maintenir sous sa férule mortifère.
Cependant, c’est bien au nom du Peuple de Guinée que se commettent actuellement ces arrestations au mépris de tout fondement légal et de toute considération pour la dignité d’Homme qui reste imprescriptible, même pour ceux qui font l’objet des actuelles expéditions punitives et interpellatrices, quel que fût leur crime.
Nous devons refuser de cautionner que des soldats s’arrogent le droit de procéder à des arrestations par-dessus la police, en passant outre notre système judiciaire, quel qu’en soit le motif.
Accepter cela, c’est jeter en pâture notre propre citoyenneté et notre droit à l’exercer.
C’est pourquoi nous devons, immédiatement, exiger du CNDD de se soumettre, en toutes choses, et notamment en matière de privation de liberté, aux formes stipulées par la loi en Guinée, avant d’avoir le droit de parler de coup d’Etat, car, il n’y a pas de « coup d’Etat » sans Etat de Droit. En dehors d’un Etat respectueux de ses droits, tout peuple est en droit d’exercer son devoir de résistance à l’oppression. Tout soldat est en mission légitime de résister et abattre ceux qui oppriment les populations.
Toute autorité qui s’exerce au détriment des populations est un appel à la désobéissance civile et militaire.
Or, tout porte à croire, à voir les pratiques qui se déchaînent depuis le 03 décembre 2009, que le pouvoir du CNDD est porté par l’anomie la plus rétrograde qu’il nous ait été donné de connaître depuis les 50 dernières années.
Nos consciences et exigences doivent rester intangibles, permanentes et non circonstancielles, quant à la sauvegarde et à la défense de la dignité d’Homme du Guinéen, et de tout Guinéen.
C’est pour cela que s’impose, en Guinée, l’impérieuse nécessité d’une force d’interposition afin de créer les conditions indispensables à l’exercice d’une autorité de transition fondée sur le rejet du diktat de la bande de criminels dévoyés ayant fait de ce qui n’est plus qu’un organe de prédation, un instrument de conquête et de conservation du pouvoir par le dévoiement du sens et de l’esprit du devoir. C’est cet esprit-là qui, justement, fonde une véritable « Armée Nationale », creuset d’intégration et lieu de solidarité et du sens du devoir.
KEITA Sidikiba
www.guineeactu.com
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