vendredi 22 août 2008
L’article 34 sur la scène publique…
Mamadou Oury Diallo

De tous les sujets, il apparaît que celui des journées nationales de dialogue et d’initiatives, tenues du 12 au 14 août 2008, a largement dominé l’actualité nationale ces dernières semaines. Ces journées, qui furent l’aboutissement d’une chaîne d’assises nationales sous l’égide du Conseil Economique et Social, ont eu le mérite de mettre le doigt sur un ensemble fondamental de problématiques qui assaillent l’avenir démocratique de la Guinée.

Au titre de ces problématiques, je me suis particulièrement intéressé à la proposition d’une sortie de crise par l’application de l’article 34 de la loi fondamentale. Je salue à plus d’un titre cette alternative car cela est, certainement, la manifestation d’une volonté de changement par la voie démocratique en Guinée. C’est dans cette logique que je tiens à rendre hommage au courage de la secrétaire générale de la CNTG pour avoir placé le thème de la santé du Chef de l’Etat au cœur du débat public en Guinée.

Cela dit, pour éviter d’offrir la Guinée sur un plateau à de nouveaux vautours, pour éviter la logique du changement pour le changement, il est absolument nécessaire d’évaluer l’applicabilité et l’intérêt de la prononciation d’une vacance de pouvoir en Guinée.

  • De l’applicabilité : En effet, l’application de l’article 34 fait intervenir deux entités de l’Etat, car selon la loi fondamentale, la vacance de pouvoir est constatée par la Cour Suprême saisie par le président de l’Assemblée nationale. Or, de nos jours, aucune des deux institutions concernées n’est légitime pour lire le droit et appliquer la loi fondamentale. L’Assemblée nationale, en raison des mascarades électorales de 2005, ne représente plus rien en Guinée car, de plus, son mandat a expiré depuis plus d’une année. Quant à la Cour Suprême, en vertu de l’article 81, 83 et 84 de la loi fondamentale, elle est l’artisane de tout le fiasco et le manque de légitimité des institutions de la république. De ce fait, elle-même, est illégitime.

  • De l’intérêt de l’application de l’article 34 : Selon la même loi fondamentale, en cas de vacance de pouvoir, la suppléance est assurée par le Président de l’Assemblée nationale. Or, je ne sais pas si c’est l’avis de l’ensemble, mais je suis convaincu que demander à M. Aboubacar Somparé d’assurer une quelconque suppléance est synonyme de la plus grande insulte à la république. Ce n’est pas une affaire de personne, mais plutôt une affaire de crédibilité et de souci de l’avenir de la Guinée qui nous dicte d’éloigner tous les bourreaux de la première et de la deuxième république d’une quelconque alternative démocratique en Guinée.

Ainsi, bien que la prononciation de la vacance de pouvoir soit une voie démocratique d’alternance politique en Guinée, cependant, suite à l’analyse de l’intérêt et de l’applicabilité de l’article 34, il apparaît qu’aujourd’hui, non seulement la procédure regorge d’innombrables vices du fait de la non légitimité des institutions concernées, mais de plus, nous n’avons aucunement intérêt à demander l’application de l’article 34, car cela reviendra à offrir l’avenir de la Guinée à des personnages dont, non seulement le passé et le présent sont douteux, mais de plus, dont l’avenir est à craindre, car ils seront prêt à Tout pour garder le pouvoir.

Cela dit, il ne s’agit pas d’abandonner l’alternative de l’application de l’article 34, mais plutôt de la Construire. La construire revient à légitimer d’abord les institutions qui interviendront dans la prononciation de la vacance de pouvoir (Assemblée nationale et Cour suprême).

Si légitimer la Cour suprême est pratiquement impossible tant que le pouvoir exécutif n’a pas changé en Guinée, cependant, la légitimation de l’Assemblée nationale est à notre portée. C’est cette raison qui devrait amener les centrales syndicales et la société civile, vu qu’elles ont repris le flambeau d’acteurs du changement, à peser pour des élections législatives démocratiques, transparentes et dans les échéances prévues.

En arrivant à organiser des élections législatives transparentes, en arrivant à légitimer l’Assemblée nationale, certes, du fait de la non légitimation de la Cour suprême, la prononciation de la « vacance de pouvoir pour empêchement définitif » sera toujours exclue ; mais, sans le souhaiter, en cas de « vacance de pouvoir pour décès » nous arriverons à sauver l’alternance politique et démocratique, car la suppléance ne sera assurée que par le président d’une Assemblée nationale déjà crédibilisée et légitimée.

Ceux qui pèsent pour le retard dans l’organisation des élections législatives cherchent à profiter justement de cette vacance de pouvoir pour décès, afin de voler, encore une fois après 1984, l’alternance politique et démocratique aux populations en faisant de M. Somparé, l’incarnation suprême du PUP, l’héritier du pouvoir en Guinée.

C’est ainsi que, encore une fois, j’exhorte le Chef de l’Etat, le Gouvernement de M. Souaré, la CENI, la société civile et les centrales syndicales à œuvrer pour le respect des échéances et l’organisation d’élections législatives crédibles et transparentes. L’avenir démocratique de la Guinée dépendra de la volonté de chacun à faire de ces élections une véritable réussite.

« Vive la voix de la jeunesse guinéenne,
vive la transparence électorale, pour que vive la république de Guinée »

Mamadou Oury Diallo, Rabat
pour www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Mamadou Oury Diallo, Rabat, lundi 25 août 2008
Mr Bah, je vous remercie pour votre réaction. En effet, il n`est pas facile d`avoir des élections transparentes dans des pays comme la Guinée. Mais voyez-vous Mr Bah, c`est justement sur le champ du combat democratique que nous ne devons jamais battre en retraite, car la dictature ne peut se permettre que d`occuper l`espace que nous auront cédé. Par exemple, si nous continuons à rendre populaire l`alternative d`un coup d`Etat militaire, il est évident que la dictature va se réjouir et pourra encore user de cette voie que nous lui offrons pour péréniser ses intérêts, d`autant plus qu`un coup d`Etat militaire fait partie de ses moyens et de son monde. mais si nous lui acculons à des élections, nous l`amenons justement dans un monde démocratique qui l`amène à se dévoiler au grand jour et à s`user au fur et à mesure... ne soyez surtout pas pessimiste M.Bah, l`état de siège est la dernière arme d`une dictature, or janvier 2007 n`est que l`annonce de ce que la génération de 2007 est prête à sacrifier pour se libérer de cette exploitation et de cette misère... Sincères salutations!
Oumar Bah, dimanche 24 août 2008
Bonsoir Mr. Diallo, je ne pense pas que des élections législatives équitables soient possibles tant que le Général Conté et ses suppots sont là. Des pays comme le Tchad, le Togo, le Cameroun, le Burkina etc. avaient aussi leur CENI mais les dictateurs sont toujours sur place. Il y a même de fortes chances que le Général nous impose un successeur à lui, comme Kassory ou Dalein (voir l`article du frère Drahmane) ou au pire encore un militaire pour sauvegarder ses intérêts et ceux de sa famille. En outre, si sa santé le lui permet, Conté peut se présenter encore en 2010 car la Constitution ne le lui interdit plus. En somme, je suis plutôt pessimiste pour la Guinée.
Mamadou Oury Diallo, Rabat, samedi 23 août 2008
M.Konaté, je vous remercie pour votre réaction à cette analyse. Je partage l`idée selon laquelle "il est nécessaire que nous nous ressemblions et parlions de la même voix" afin de peser et être capable de participer aux changements démocratiques en Guinée. Vous avez cité des noms d`éminentes personnes que je respecte également, à savoir Mr Doré, Mr Savané, ...(même si quelquefois nous sommes radicalement oposé sur la même méthode, mais nous avons le même objectif et c`est cela le plus important à conserver). Quant au gouvernement de Mr Souaré, vous savez M.Konaté, je préfère toujours juger à l`acte. Autant Mr Kouyaté à bénéficier de mon doute pour ses 10 premiers mois d`exercice, autant il serait préférable de laisser le bénéfice du doute à M.Souaré. De plus, en tant que démocrate convaincu, nous devons observer avec beaucoup d`attention cette première expérience d`un gouvernement d`ouverture en Guinée car ce sera certainement un gouvernement d`union nationale qui succédera à celui de M.Souaré... Ce n`est qu`un point de vue, et je ne pense pas que cela risque de nous éloigner sur les points que nous partageons. Encore une fois, je vous remercie M. Konaté et nous pouvons déjà envisager ce projet de mobilisation de la riche (sur tous les plans) diaspora guinéenne...Sincères salutations!
NOUHAN, samedi 23 août 2008
Man arretes des betises. pour somparé tu parles de credibilité et pour votre premier des ministres Fouaré? lui il est credicle où? peut etre au foutah comme il est au pouvoir pour les gens de fouta.
Moussa Konate@Toronto, Canada, samedi 23 août 2008
Tres bonne analyse Mr Diallo. Comme vous le dites vous meme, nous ne connaitrons jamais une avancee democratique tant que nous aurons a la tete de nos institutions, des personnes comme Sompare ou Sidime.Ces deux personnes pouvaient changer le cours des evenements en Guinee s`ils etaient animes du sentiment patriotique.N`attendons rien de Souare car il n`est qu`un executant donc pas un leader.Quant aux syndicats, ils se sont dedits et comme je l`ai dit dans mon dernier article "le Retrait des saints du cas Guineen",ils ont trahi la nation entiere en negociant une sortie de crise basee sur la nomination d`un premier ministre de consensus alors que le peuple ne demandait que le depart de Conte et de son "systeme". L`alternative qui nous reste et qui n`est pas des moindres, est la creation d`un mouvement mondial regroupant tous les Guineens de partout pour lancer le cri d`alarme comme les juifs l`ont fait en creant le congres mondial juif.A ce niveau, nous nous ferons entendre.Pour cela, nous devons miser sur des voies ecoutees comme celles du prof Ansoumane Dore ou encore de Mr Sy Savane.Mr Diallo, le tibet n`a pas plus de problemes que la Guinee mais a la difference de la Guinee, elle a cree un lobby autour d`elle et aujourdhui,le dalai lama est l`autorite morale la plus respectee du monde entier,il force le respect. Donc sans synergie, nous ne sommes pas prets a voir le bout du tunnel et le premier ministre"fouare"comme l`appelle Kyle n`est pas l`homme de la situation.
Moussa Konate@Toronto, Canada, samedi 23 août 2008
Tres bonne analyse Mr Diallo. Comme vous le dites vous meme, nous ne connaitrons jamais une avancee democratique tant que nous aurons a la tete de nos institutions, des personnes comme Sompare ou Sidime.Ces deux personnes pouvaient changer le cours des evenements en Guinee s`ils etaient animes du sentiment patriotique.N`attendons rien de Souare car il n`est qu`un executant donc pas un leader.Quant aux syndicats, ils se sont dedits et comme je l`ai dit dans mon dernier article "le Retrait des saints du cas Guineen",ils ont trahi la nation entiere en negociant une sortie de crise basee sur la nomination d`un premier ministre de consensus alors que le peuple ne demandait que le depart de Conte et de son "systeme". L`alternative qui nous reste et qui n`est pas des moindres, est la creation d`un mouvement mondial regroupant tous les Guineens de partout pour lancer le cri d`alarme comme les juifs l`ont fait en creant le congres mondial juif.A ce niveau, nous nous ferons entendre.Pour cela, nous devons miser sur des voies ecoutees comme celles du prof Ansoumane Dore ou encore de Mr Sy Savane.Mr Diallo, le tibet n`a pas plus de problemes que la Guinee mais a la difference de la Guinee, elle a cree un lobby autour d`elle et aujourdhui,le dalai lama est l`autorite morale la plus respectee du monde entier,il force le respect. Donc sans synergie, nous ne sommes pas prets a voir le bout du tunnel et le premier ministre"fouare"comme l`appelle Kyle n`est pas l`homme de la situation.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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