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Aussi loin qu’on remonte dans le temps, on ne peut trouver la moindre trace d’une action louable que l’armée guinéenne, en tant que corps organisé, aurait rendue à la population dont elle est pourtant issue. De 1958 à nos jours, elle a plus été un instrument de torture au service de tyrans sanguinaires, qu’un corps préoccupé par la décomposition de son propre pays. Ainsi, elle a maintenu Lansana Conté au pouvoir pendant 22 ans, en contrepartie de prébendes dérisoires que ce dernier lui ristournait sous diverses formes. Elle avait sa part du butin. Que ce butin provienne de la déchéance organisée de sa propre patrie, elle n’en n’avait rien à faire. Pourtant, même minoritaires, elle a en son sein quelques éléments authentiquement Républicains, désireux de rester à leurs places dans les casernes. Selon moi, ils ont été pris de vitesse le 23 Décembre 2008 par les exécuteurs testamentaires de Lansana Conté, c’est-à-dire le clan PIVI et autres.
Alors, d’où vient que, chez nous, ce sont toujours des médiocres qui s’installent à la tête de notre pays ? Plus fondamentalement, l’armée en tant que corps spécialisé a-t-elle une utilité dans un pays comme le nôtre ?
S’interroger sur l’hypothétique utilité sociale d’une armée en Guinée, n’est pas un exercice intellectuel gratuit, comme certains pourraient être tentés de le croire. Ce n’est pas non plus une rêverie oiseuse d’un pacifiste angélique naïf. Je n’ai pas d’hostilité de principe contre l’existence d’une armée. Loin de moi l’idée du dogme pacifiste béat. Je crois à la nécessité de défendre et préserver la Terre que nos ancêtres nous ont léguée, y compris par les armes.
Pour cela, faut-il une armée, c’est-à-dire un corps spécialisé doté d’armement acheté avec les fruits du travail de l’ensemble de la collectivité nationale ?
A l’évidence, dans le cas guinéen, la réponse est Non.
Choisir de confier la défense de la Terre héritée des Ancêtres à un groupe particulier armé qui en fait un métier est une erreur fondamentale et une bêtise économique. La Patrie est un Bien commun. Elle doit être collectivement défendue par tous ses enfants, sans hiérarchie particulière, ni professionnels rémunérés. De mon point de vue, la défense de la Terre des Ancêtres doit être un Devoir que tous Guinéens devraient s’imposer à titre personnel.
L’existence d’une armée en Guinée sous sa forme et dans sa composition actuelles n’est pas justifiée.
En effet, le choix de ce mode de défense implique que le pays tout entier s’en remette à un groupe d’individus auxquels on confie des outils de mort. En théorie, ce groupe est supposé avoir un niveau de conscience qui lui permette de comprendre qu’il a des Devoirs à l’égard du pays et de sa population. Ses membres ( soldats de base, sous-officiers et officiers…) ont en principe reçu une formation qui devrait les conduire à s’approprier les valeurs républicaines et le sens de responsabilité qu’on attend d’un corps à qui les populations, en toute confiance, ont donné des armes pour les défendre.
Or, de sa « création » à la date d’aujourd’hui, en tant qu’entité, les agissements de l’armée à l’égard de nos populations sont plutôt ceux d’un corps expéditionnaire colonial, avec ce que cela comporte d’exactions, de massacres domestiques et de viols. Depuis le 23 Décembre 2008, la situation paraît s’être aggravée. La garde dite « présidentielle » apparaît pour ce qu’elle est, c’est-à-dire, une bande armée semblable à une troupe d’occupation. Il est même vraisemblable que des troupes d’occupation étrangère observeraient plus de mesure, de retenue dans l’usage de la violence à l’encontre des civiles désarmés et pacifiques. On est là, très loin très loin du rôle d’une armée.
Et c’est là, de mon point de vue qu’il y a un mystère dans « l’armée guinéenne ». Dans cette armée, il y a des éléments Républicains. Ils perçoivent bien qu’ils sont enserrés dans une entité dont le comportement collectif est à l’opposé de leur adhésion aux principes républicains. Exemple : le fameux CNDD est composé pour l’essentiel de gens cooptés et qui ont en commun d’avoir planifié et mis à exécution les massacres de Janvier et Février 2007. L’emblématique Claude PIVI était le tueur en chef installé au pont du 8Novembre d’où il abattait avec une certaine jubilation, des jeunes filles et garçons tous désarmés et pacifiques. Et il n’est pas le seul. Certains, comme M. Moussa KEITA, secrétaire permanent du CNDD, prétendent avoir un droit naturel au pouvoir parce qu’ils auraient risqué leur vie.
Peut-on être un militaire Républicain et accepter une cohabitation avec la bande de meurtrier que constitue le clan de M. PIVI ?
En résumé, nous sommes ici dans un cas tout à fait singulier où des individus parce que disposant des armes acquises avec le fruit du travail de la collectivité nationale, estiment avoir droit de vie et de mort sur les 10 ou 11 millions de Guinéens.
Question : en quoi l’armée en tant qu’entité a-t-elle été utile aux populations de notre pays ?
D’un point de vue économique, l’armée de métier chez nous, est une aberration.
Si nous admettons que l’existence d’une armée de métier ne se justifie que par la nécessité de protéger l’intégrité du territoire, on accepte implicitement que l’extérieur peut avoir des visées de conquête territoriale. L’extérieur pour nous, ne peut pas être la Sierra-Léone, ou le LIBERIA, encore moins le MALI, le SENEGAL ou la CÖTE d’IVOIRE. Aucun de nos voisins n’a jamais menacé ni nos frontières, ni notre existence en tant que communauté historique. Et il ne peut y avoir « d’agression extérieure ». Les grandes puissances extra-continentales ont des moyens autres que l’occupation militaire pour obtenir ce qu’elles veulent de nous. Leurs populations et leur philosophie de la puissance ne tolèrent plus la moindre violence exercée contre de petits pays.
Il n’y a plus aucune raison sérieuse de défendre le maintien d’une armée de métier chez nous. Puisque de fait, sa justification a disparu, vouloir la maintenir, c’est de facto l’ériger en instrument d’oppression domestique. Elle-même ne se conçoit plus qu’en terme de corporation, c’est-à-dire une association d’intérêts de groupe, au service de ce groupe et défendant exclusivement les intérêts matériels de ce groupe. D’où la sortie de M. Moussa KEITA secrétaire permanent du CNDD pour dire qu’ils ont « risqué » leur vie et donc le pouvoir revient à leur corporation, ou la récompense de M. PIVI pour avoir massacré des centaines de nos compatriotes. Mais c’était très exactement l’argument et la méthode employés par les occupants coloniaux pour justifier l’occupation et l’exploitation de l’Afrique Noire.
On peut estimer sans risque de se tromper que plus de la moitié des recettes extérieures du pays étaient confisquées et l’est toujours par « l’armée » pendant tout le règne de Lansana Conté. Ce qui s’est traduit mécaniquement par la décomposition économique perceptible du pays. Or, l’armée en tant que corps, ne produit rien. Ses membres y sont attirées moins par vertu républicaine que par les capacités qu’elle offre de rapiner sur l’ensemble du territoitre. Et il n’est pas certain que l’armée (officiers ou pas) soit dans sa majorité habitée par l’attachement aux valeurs républicaines. Mais avec les armes, elle siphonne toutes les richesses du pays. D’ailleurs, du temps de Lansana Conté à la date d’aujourd’hui, elle n’a pas eu besoin qu’on vote un budget pour elle. Elle s’est appropriée le pays. Elle n’a donc pas besoin d’autorisation pour prendre ce qu’elle pense être sa propriété exclusive. De ce point de vue, l’armée est un obstacle majeur au progrès du pays. Elle est inutile et presque anti-patriotique.
Chez nous, l’armée n’a donc pas de finalité autre que celle qu’elle se donne, c’est-à-dire se soustraire aux normes du pays pour mieux écraser les populations démunies. Ce passage par l’écrasement des populations n’est pas gratuit. Il s’agit juste d’un calcul qui lui, a une finalité que je pense avoir identifiée. Et qui selon moi est la suivante : on érige la sécurité en valeur absolue. C’est bien. Il faut la sécurité des biens et des personnes. Par ailleurs on créé soi-même l’insécurité aux frontières et à l’intérieur du pays. On multiplie des hold-up militarisés, on effraie les populations par d’incessants rackettes. Pour finir, le CNDD conclu à l’existence d’une « insécurité » qu’il a lui-même fabriquée. Et il avance sa « solution » qui n’est autre que celle qu’il a toujours préparée : celle de son propre maintien au pouvoir
Pour conclure provisoirement, je suggère aux leaders politiques (Sidya TOURE, Cellou Dalein DIALLO, Louncény FALL et Alpha CONDE) et aux acteurs de la société civile de faire une déclaration solennelle commune qui pourrait ressembler à ceci ou en tout cas d’étudier collectivement cette proposition. Je suis disposé à faire parvenir une note de synthèse à qui me le demandera, ou à en débattre publiquement à Conakry.
1°. L’armée en tant que corps n’est ni nécessaire, ni utile. Elle est une aberration économique. Elle seule ponctionne plus de la moitié des ressources extérieures. C’est un obstacle à tout progrès.
2°. Elle doit être dissoute et ses membres reclassés dans des corps utiles dont les principaux sont selon nous :
-une gendarmerie et une police éduquées et formées aux valeurs républicaines .
-la création d’un corps important de sécurité civile( sapeurs pompiers, aides soignants, infirmiers(es)…
-la création d’un corps de garde-côte dont le rôle serait exclusivement de surveiller nos côtes et nos zones marines de pêche.
-Un corps de garde et de préservation de l’espace territorial national.
Après la disparition du P.D.G. qui était le premier obstacle au progrès de notre pays, il faut s’atteler à la dissolution de l’armée qui constitue désormais le dernier vrai obstacle à l’amélioration des conditions de vie de nos populations. Le pillage infligé au pays en cinq mois par le CNDD est plus préoccupant en terme de gravité que les 12 ou 15 mois de détournements de Lansiné KOUYATE.
Namadou Billo SY SAVANE (Rouen) France
Pour
www.guineeactu.com
NB : mes amis et moi, nous sommes disposés à discuter des modalités de dissolution de l’armée, à Conakry ou devant toute autre instance.
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