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Que l’argent de la drogue ait été versé dans les caisses de l’Etat ou ait servi pour la rénovation de l’OCAD, son utilisation n’honore guère l’Etat guinéen. Pourquoi nul ne s’en émeut-il outre mesure alors que l’image du pays n’en est que davantage écorchée ?
Le trafic de drogue tient toujours l’affiche sur la scène nationale. Le dernier développement en date fait état du remboursement de 150 000 dollars US par l’ex-ministre de l’Economie et des Finances Ousmane Doré. Selon les explications de l’un de ses pairs dans le gouvernement de consensus, Mamadou Beau Kéita, alors ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, le Conseil des ministres avait ordonné de verser au Trésor public cette somme prise sur des narcotrafiquants. Après avoir remis 10 000 dollars US au ministre des Finances qui à l’époque, dit-il, peinerait à compléter les frais d’une mission gouvernementale en France, Mamadou Beau Kéita a affirmé devant le président de la République, le capitaine Moussa Dadis Camara, qu’il aurait commis son DAAF d’aller verser les 140 000 dollars US restants au ministère de l’Economie et des Finances conformément aux instructions du Dr. Ousmane Doré. Au dernier moment donc, l’on apprend que l’ancien ministre de l’Economie et des Finances n’aurait pas versé les 150 000 dollars US au Trésor public comme l’avait décidé le Conseil des ministres. Autre révélation faite au sujet de l’argent de la drogue : celle du Commissaire Thermite Mara, inculpé dans le cadre de son implication présumée dans le trafic de drogue en Guinée. Lors d’un débat télévisé sur ce trafic, M. Mara reconnaissait devant le chef de l’Etat, avoir utilisé une somme prise sur des narcotrafiquants pour rénover les locaux de l’OCAD (Office de lutte anti-drogue) dont il était le directeur général. D’ailleurs, dans ses explications, le Commissaire Mara en a plus que tiré vanité. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, nul sur le plateau de la télévision guinéenne -même pas le capitaine Dadis- ne s’est ému outre mesure de ces deux actes. C’est-à-dire la rénovation des locaux de l’OCAD avec l’argent de la drogue et la décision gouvernementale de verser les 150 000 dollars US au Trésor public. Et justement, pendant que nous y sommes, ces deux actes ne semblent pas vertueux du moment où cet argent ne peut-être que de l’argent sale. Pris sur des gens dont on a la quasi certitude qu’ils l’ont obtenu grâce au trafic de drogue, un Etat qui se respecte ne saurait ordonner que cet argent soit versé dans ses caisses. Encore moins que l’argent de la drogue serve pour la rénovation du service officiellement chargé de la lutte contre la drogue dans notre pays. Comme me le faisait remarquer un confrère : qui sait si cette somme n’est pas maculée du sang d’un crime commis par ces narcotrafiquants ? Qu’une partie de cet argent (les 10 000 dollars US) soit utilisé pour assurer les frais de mission du Premier ministre d’alors et de sa suite. Ces actes parmi tant d’autres qui ne sont peut-être pas connus du public n’honorent en rien l’Etat guinéen. Mais, faut-il pour autant s’en faire hara-kiri quand on sait que le narcotrafic était presque devenu une pratique légale en Guinée. En témoigne, au détour des débats télévisés, la palette de cadres présumés impliqués dans cette pratique. Du simple citoyen lambda à des hauts gradés de l’armée et de la police en passant par des membres de la famille du défunt président Lansana Conté. Pourtant, sauf avis contraire d’un ou des spécialistes en la matière, aucune disposition légale n’autorise qu’un tel usage soit fait de l’argent de la drogue. Le Code pénal énonce plutôt des lourdes peines contre ce trafic et ses activités connexes. Mais sur ce coup, l’imposture est telle que les narcos qui ont nargué notre Etat fantôme ont mis la main à la poche avant de se volatiliser dans la nature. Diantre ! Quoi qu’il en soit, ces deux actes apportent de l’eau aux moulins de ceux qui affirmaient mordicus que la Guinée était devenue un narco Etat.
Pour leur part, certains observateurs pensent que la décision responsable qu’on aurait prise aurait été la mise sous scellé de l’ensemble des montants saisis jusqu’à ce que des destinations, autres que la rénovation de l’OCAD et le Trésor public, leur soient trouvées. Cet argent aurait permis de faire face, expliquent-ils, à des besoins humanitaires ou caritatifs. Mais, comble d’ironie, tout porte à croire que les 150 000 dollars US auraient été détournés des mêmes caisses de l’Etat par l’ex ministre Ousmane Doré, qui aurait été contraint de les rembourser. Si c’est le cas, le CNDD devrait s’abstenir d’injecter cet argent dans les caisses publiques. Il y va à la fois de sa crédibilité et de sa respectabilité en ces heures importantes de la refondation d’un Etat plus fort et d’une Guinée aux antipodes de la voyoucratie.
Talibé Barry L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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