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Les transferts financiers de la diaspora Guinéenne vers le pays représentent de nos jours une importante et croissante part dans le revenu national. Ces flux financiers ne viennent pas seulement des pays occidentaux (Amérique, Europe et Japon), ils viennent aussi de l’Asie et des pays Africains comme la Cote d’Ivoire, le Sénégal, le Mali, l’Angola, la RD Congo, le Mozambique, l’Afrique du Sud etc.…A défaut de statistiques sur le volume annuel de ces transferts, il faudrait se référer sur les cas Maliens et Sénégalais, deux pays qui ont en commun les mêmes caractéristiques et histoires migratoires que la Guinée.
Dans un rapport conjoint de la Banque africaine de développement (BAD) et du ministère français de l’économie, des finances et de l’emploi, paru en janvier 2008, 449 millions d’euros auraient été transférés de la France vers le Sénégal (soit 19 % du produit intérieur brut -PIB et 218 % de l’aide public au développement - APD). Le Mali aurait reçu 295 millions d’euros (11 % du PIB, 79 % de l’APD). En ajoutant les transferts provenant de l’ Amérique du nord, de l’Asie et des pays d’Afrique, on peut affirmer sans se tromper que la Guinée, le Mali et le Sénégal reçoivent chaque année environ 2 milliards de dollars. La part de la Guinée dans ces transferts peut être estimée à 15% de ce montant soit 300 millions de dollars.
Ainsi la Guinée reçoit chaque année 300 millions de dollars (1.500 milliards de FG) de ses fils et filles vivant à l’extérieur du pays. Ce montant représente 50% des exportations et trois fois le volume total des investissements directs (secteurs miniers, téléphonie et autres entreprises étrangères) et deux fois le montant de l’aide au développement.
Malgré ce flux financier, la Guinée manque de sous pour financer son développement. Le chômage s’accroit d’année en année. Les jeunes pourtant bras valides du pays s’expatrient massivement, compromettant ainsi l’avenir même l’avenir du pays.
Les appels à l’aide financière auprès des bailleurs bilatéraux et multilatéraux sont devenus les seules stratégies gouvernementales de développement économiques.
Mais pourquoi ces transferts financiers colossaux n’on pas un d’impact au niveau macroéconomiques ?
Les transferts ne contribuent pas au développement parce qu’ils ne sont pas utilisés à des fins d’investissement. Ils servent généralement à arrondir les fins de mois des bénéficiaires, mais particulièrement a la consommation des produits de luxes et surtout au financement des activités improductives comme la construction des logements et l’achat des parcelles. Mais ils sont aussi gaspillés dans une consommation ostentatoire pendant les mariages, les baptêmes, les cérémonies de décès et le rituel annuel de pèlerinage à la Mecque.
En clair, 1.500 milliards de FG disparaissent chaque année dans la consommation. Un montant qui, investit dans l’agriculture et dans les petites et moyennes entreprises permettra la création des milliers d’emplois indispensable pour lutter contre la pauvreté.
Le gouvernement et la diaspora Guinéenne devraient élaborés des politiques visant à capter cette manne financière de Guinéens de l’extérieur pour l’orienter vers les investissements productifs.
C’est possible par exemple de financer l’électrification du pays par un vaste programme d’emprunt au près des Guinéens de l’extérieur.
Ainsi le ministère de l’économie et des finances peut émettre un bon de trésor à l’intention de la diaspora Guinéenne dans le but de lever un financement uniquement pour le secteur de l’énergie. Cet instrument peut mobiliser le placement des compatriotes vivant à l’étranger pour financer les besoins d’investissement dans le domaine de l’energie.
« Ce bon de la diaspora » ne doit pas avoir un taux d’intérêt inferieur au taux d’inflation et aux taux d’intérêt pratiques dans les pays occidentaux, car il faut donner la possibilité aux Guinéens de l’extérieur de faire du business tout en aidant leur pays.
Il est grand temps que les nouveaux bailleurs de fonds Guinéens posent aussi des conditionnalités comme la Banque Mondiale et le Fond Monétaire International pour la mobilisation de leurs sous vers le pays.
Sinon la Guinée va devenir une vase sans fond qu’on ne pourra pas remplir même avec tous les dollars du monde.
La Mine Camara, Columbus, Ohio, USA
Economiste
www.guineeactu.com
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