vendredi 4 juin 2010
L’amorce d’une nouvelle phase de la mondialisation et le défi que l’Afrique se doit de relever.
Namory Camara

Il serait redondant d’affirmer que nous vivons dans une économie de plus en plus mondialisée depuis les deux dernières décennies de notre époque. Ce phénomène continuera de plus belle et ce en dépit du populisme de mauvais alois de certains politiciens occidentaux ou africains en panne d’imagination face aux nouveaux défis de notre temps. C’est justement en raison de cela qu’au cours de cet article, nous nous efforcerons de mettre en exergue d’une part l’émergence d’une nouvelle forme de mondialisation à laquelle nous assistons visiblement et d’autre part nous essayerons d’examiner le défi que l’Afrique se doit de relever face à cette nouvelle donne.

« Une première phase de mondialisation caractérisée par le cantonnement des pays émergents à une source de main d’œuvre à vil prix »

En effet, il n’est nullement risqué d’affirmer que les prouesses économiques des pays émergents en l’espace seulement de quelques générations constituent l’un des plus grands miracles économiques de tous les temps. L’histoire économique nous enseigne qu’il a fallu des siècles afin que les pays riches en l’occurrence la Grande Bretagne, les USA et la France amorcent un niveau de développement leur permettant de sortir des millions de leur citoyens de la pauvreté. En un laps de temps, les « pays émergents » sont parvenus non seulement à tirer de la pauvreté des centaines de millions de leurs populations respectives mais surtout partent maintenant à l’assaut du monde en phagocytant des entreprises considérées en d’autres temps comme étant des fleurons de l’industrie occidentale. Ce dernier point bouleverse non seulement les rapports de forces économiques mais aussi accroit le rôle joué par ces pays dans la définition d’un nouvel ordre économique mondial (il ne faudrait donc pas s’étonner de voir dans un avenir proche, le FMI ou la Banque Mondiale, sous l’autorité de l’un des hauts cadres ressortissants d’un pays émergent). Depuis les deux dernières décennies, les pays riches se sont désindustrialisés à grande vitesse en raison des coûts de productions dérisoires offerts par des pays tels que la Chine, l’Inde et le Vietnam. C’est pourquoi, la première phase de la mondialisation que nous avons connue a été substantiellement caractérisée par la stricte limitation des pays émergents au rôle de pourvoyeur de mains d’œuvres à coût insignifiant. Une sorte de consécration de la division internationale du travail dans laquelle les tâches ingrates sont effectuées en Asie et en Amérique latine. Si cette situation caractérise encore largement l’internationalisation de l’économie mondiale, il n’en reste pas moins que nous assistons peu à peu à un rééquilibrage non des moindres en matière de l’innovation technologique et de la science.

« L’amorce d’une nouvelle phase de la mondialisation caractérisée par un début de concurrence accrue des pays émergents dans le domaine de la Recherche & Développement »

En effet, sans pour autant revenir sur ce qui a déjà fait l’objet de gros titres dans différentes publications internationales et engendré des débats politiques des plus passionnés dans les pays dits développés, il est important de mettre en exergue l’amorce d’une nouvelle phase de la mondialisation qui, si elle se poursuit et se poursuivra inéluctablement, fera des pays émergents pas uniquement des sources de mains- d’œuvres à bas coût, l’usine du monde dans laquelle tous nos produits sont fabriqués mais surtout une source nouvelle d’Innovation ou de R&D ( recherche et développement). Les entreprises occidentales n’ont jamais voulu se départir de cette fonction vitale que constituent la Recherche et le Développement car cela aurait eu pour conséquence de favoriser le transfert de technologie et la création de potentiels concurrents qui déverseraient sur le marché, des produits et services compétitifs. Et bien, nous y sommes !

Les pays émergents longtemps considérés comme un vivier intarissable de mains-d’œuvre bon marché sont en passe de rivaliser d’avec les pays riches en termes de R&D. Ainsi, lesdits pays contribuent à changer le mode de management des entreprises à l’international en produisant des produits et services compétitifs et souvent à prix imbattables (une voiture neuve au prix dérisoire de $3,000, un téléphone à $30). Tout ceci contribue à la réinvention des systèmes de production et de distribution donc par conséquent à la genèse d’un nouveau Business model. La question à laquelle nous nous devons de répondre est la suivante : Comment et pourquoi ces pays émergents, considérés dans un passé très récent comme pourvoyeurs exclusifs de mains-d’œuvre à moindre coût, en sont-ils arrivés à devenir compétitifs en termes d’innovation ?

Avant de répondre à cette question, il me plait de faire une petite digression qui reflète en bien des points les changements constants auxquels les multinationales des économies des pays riches font face. Il y a de cela 8 ans lorsque l’auteur de ces lignes travaillait pour une multinationale très connue dans son domaine et qui existe maintenant depuis 79 ans, le « management team » ou le directoire était exclusivement composé de britanniques et d’américains sortis des écoles les plus prestigieuses de leurs pays. Aujourd’hui, l’équipe dirigeante de la même société comporte en son sein un indien sikh au poste non moins important de Chief Information Officer & Senior VP Operations donc au cœur de l’innovation technologique.

« Un investissement sans précédent dans l’éducation »

Il est tout simplement manifeste que la principale raison pour laquelle l’on constate que de plus en plus de multinationales des pays émergents excellent en matière d’innovation demeure la place accordée à l’EDUCATION. Il convient de noter que la Chine, le Brésil et l’Inde ont investi des sommes pharaoniques dans leurs systèmes éducatifs durant les deux dernières décennies. Chaque année la Chine et l’Inde produisent respectivement plus de 75,000 et 60,000 ingénieurs de très haut niveau en sciences et en informatique. Cette armée d’ingénieurs hautement qualifiée favorise la création de centres de recherche et de développement des multinationales qui y trouvent le vivier intarissable d’imagination et d’innovation indispensable à la survie de leurs activités. Parmi les plus grandes firmes du monde, l’on peut dénombrer plus de 90 qui disposent d’un centre de R&D en Chine et plus de 60 en Inde. Cisco a investi plus d’un milliard de dollars dans son centre d’innovation à Bangalore alors que Microsoft possède en inde, à l’exception de celui basé aux USA, son plus grand centre de R&D. C’est une preuve évidente que les entreprises des pays riches misent sans complexe sur l’utilisation de cette source d’innovation abondante.

« Les multinationales des pays émergents affichent une ambition réelle de revanche sur l’histoire »

Si l’abondance d’ingénieurs de haute qualité dans les pays émergents indispensables à l’innovation technologique constitue l’une des raisons pour lesquelles nous constatons l’émergence d’un certain leadership dans ce domaine, il n’en demeure pas moins que la grande ambition affichée par les entreprises des pays émergents en constitue aussi une raison majeure. Ces entreprises rêvent de partager le podium mondial des plus grandes fusions et acquisitions de tous les temps ; une façon pour eux de prendre leur revanche sur l’histoire. Ainsi, selon une étude récente des Nations Unies, il existe plus de 21,500 multinationales basées dans les pays émergents. Les meilleures parmi celles-ci sont entre autres Bharat Forge en Inde (la transformation du fer), Embraer au Brésil (construction d’avions) et BYD en Chine (fabrication de batterie).Ces firmes sont aussi performantes que leurs concurrentes des pays riches. Pour preuve, Il y a peu Mittal était inconnu du monde, aujourd’hui, avec ArcelorMittal, elle est leader mondial de l’acier. Lenovo en chine, qui n’existe que depuis peu, a racheté IBM pour devenir le 4e mondial des PC. Le sud-africain Breweries qui n’a largement fait son apparition sur la scène mondiale qu’après la levée de l’apartheid est parvenu à se hisser au 3e rang mondial dans la production de la bière. Le succès économique et financier des pays émergents force aujourd’hui à la fois l’admiration et le respect des pays issus de la « vieille économie » pour emprunter une expression consacrée (constatez simplement l’obséquiosité récente des Présidents Obama et Sarkozy a l’égard du Président Chinois pour se rendre à l’évidence qu’il y a un nivellement des rapports de forces économiques sur la scène internationale). Au total donc, il est ainsi aisé d’aboutir à la conclusion que les pays asiatiques voire certains pays d’Amérique latine ont totalement bénéficié des avantages de la mondialisation initiée par les pays occidentaux. Et ils sont de surcroit en passe de les surpasser dans des domaines non négligeables. Des pays tels que la France, l’Angleterre sont en perte de vitesse économique ; l’homme le plus riche du monde n’est plus américain mais mexicain ; les plus grands chantiers de ce monde ne se trouvent plus aux USA et encore moins en Europe mais en Asie ou au moyen orient.

Qu’en est-il du continent africain dans cette nouvelle dynamique ? A-t-il su tirer profit de cette mondialisation initiale basée stricto sensu sur une division internationale du travail dans laquelle les tâches les plus pénibles sont délocalisées dans les pays émergents ? Se doit-il de relever le nouveau défi de ce que j’appelle une seconde phase de la mondialisation ? Nous y reviendrons dans la seconde partie de cette tribune.


Namory CAMARA


www.guineeactu.com

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Vos commentaires
cisse sory, mercredi 9 juin 2010
une opinion excellente donne toujours des resultats meilleurs.
A.O.T. Diallo, lundi 7 juin 2010
Tout simplement excellent Mr Camara - je suis tres fier de vous! J`espere que la 3e partie concernera des propositons concretes de ce que nous devons faire progressivement en Guinee une fois que le Vrai Changement aura effectivement commence...
Boubacar Diallo, lundi 7 juin 2010
Sujet pertinent et intéressant à plus d’un titre, et qui mérite l’attention de nos compatriotes, particulièrement en cette période historique de notre pays. Juste une petite remarque qui, du reste, ne change en rien la portée de cette grande contribution de Mr. Namori Camara. Généralement, la Chine forme trois fois plus d’ingénieurs que l’Inde, et au cours de ces dernières années, les Etats Unis produisent un nombre qui se place entre ceux de ces deux pays. A titre d’exemple, en 2004 la Chine a formé 351 537 ingénieurs, l’Inde 112 000 et quant aux Etats Unis, 137 437 ingénieurs. Ces nombres comprennent les spécialistes de la technologie de l’information qui en est liée. Avec mes compliments à Mr. NamoriCamara, merci.
Gando BARRY, samedi 5 juin 2010
Un article de tres bonne qualite qui nous permet de voir `in concreto`, ce qui est la globalisation. Tout au long de cette lecture, je me suis redonne espoir en l`Afrique et en la Guinee. La mention faite sur la place des investissements dans le secteur de l`education demontre que, developpement rime avec qualite et capacite des ressources humaines. Les exemples cites sont revelateurs des impacts dans le progres des pays emergents. Namory renforce les idees du Roi de Jordanie et de l`ancien premier ministre de Singapour `education, education, education` Vivement, la suite de l`article.
Diallo oumar, samedi 5 juin 2010
Un article sur la mondialisation riche. J attends impatiemment la partie deux...vous contribuer a rehausser le niveau des sites web guineens.
Modibo Traore, UK, vendredi 4 juin 2010
Cher ami, j`ai eu du plaisir a lire ton texte. On apprend toujours avec ce genre de contribution scientifique objective, sereine et très recherchée. La plume est aussi charmante que son auteur.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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