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lundi 28 juin 2010 |
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L’amorce d’une nouvelle phase de la mondialisation et le défi auquel l’Afrique se doit de relever (2/2) |
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2e partie de l'article paru le 4 juin 2010
Qu’en est-il du continent africain dans cette nouvelle dynamique de la mondialisation? A-t-il su tirer profit de cette mondialisation initiale basée stricto sensu sur une division internationale du travail dans laquelle les tâches les plus pénibles sont délocalisées dans les pays émergents ? Se doit-il de relever le nouveau défi de ce que j’appelle une seconde phase de la mondialisation ?
« L’Afrique reste en marge de la mondialisation »
En effet, le constat demeure le suivant : la participation de l’Afrique dans le commerce mondial est de 1,2% alors que sa part y était de 9% dans les années 60-70s. Un net recul qui oblige à affirmer que l’Afrique reste encore peu mondialisée ; l’investissement direct étranger en Afrique équivaut à 3,42% (moins de la moitié de l’IDE d’un pays comme la France). L’Afrique n’attire donc pas les investisseurs étrangers qui préfèrent prendre la destination de l’Asie et des pays d’Amérique latine. Sans pour autant céder à l’afro-pessimisme ambiant, l’on peut donc affirmer que l’Afrique n’a absolument pas pu tirer profit de la mondialisation à l’exception de quelques pays en l’occurrence l’Afrique du Sud, l’ile Maurice, les pays du Maghreb, le Botswana (le seul pays au monde ayant affiche un taux de croissance de 9% sur 30 années consécutives) et dans une certaine mesure le Malawi qui en 5 ans a atteint l’autosuffisance alimentaire grâce à une politique volontariste de son Président actuel. Intelligemment, des pays tels que le Maroc, la Tunisie, l’Algérie, l’ile Maurice appliquent dans une certaine mesure « la théorie de l’avantage comparatif » pour intégrer l’économie mondiale : ils ont une main d’œuvre qualifiée à revendre à vil prix et en tirent un avantage comparatif dans ce sens. Pour preuve, des usines de montage d’automobile, d’appareils électroménagers ainsi que des services financiers gérés à travers les <> se créent peu à peu dans ces pays. La situation socio-économique des pays africains francophones est encore moins reluisante que celle des autres pays. Ces premiers, ne possédant ni infrastructure industrielle ni industrie agro-alimentaire, sont encore rivés au seul rôle de consommateurs.
Au regard du constat, l’Afrique n’a pas su saisir dès le début le train de la première vague de mondialisation en raison de son incapacité à créer un véritable climat socio-économique et politique qui aurait du, en principe, permettre un début de délocalisation des entreprises occidentales vers le continent africain, il donc est important pour les gouvernements africains de vouloir tirer une leçon de cet échec et s’armer d’une volonté réelle de sortir nos pays du mal gouvernance. Parfois, Il y a lieu sérieusement de douter du sérieux de la classe dirigeante africaine à vouloir le progrès économique de ce continent. La Guinée en est une piètre illustration ; les responsables de la déliquescence de notre pays sont malheureusement ceux qui sollicitent aujourd’hui nos suffrages.
A l’évidence, les pays africains auraient pu pleinement tirer profit de la mondialisation dans sa phase première (mettre à la disposition des industriels du nord leur force de travail) si les conditions suivantes étaient réunies : stabilité politique assortie d’institutions fortes et transparentes, des gouvernants imaginatifs et visionnaires, un investissement intelligent et sans précédent dans la formation des jeunes Africains.
Aucun investissement étranger n’est possible, aucun développement socio économique n’est réalisable si un pays ne cesse de connaitre une instabilité politique chronique. Malheureusement, ce dernier point reste le dénominateur commun des pays d’Afrique subsaharienne. A l’exception des investissements dans le domaine de l’extraction minière, il serait maladroit de penser que d’autres types d’investissement ou le transfert de technologie pourraient suivre si nos pays ne connaissent pas un climat politique stable ou tout au moins apaisée, une absence totale d’inutiles conflits ethniques ou régionalistes. Au demeurant, des pays tels que la Chine, le Vietnam, la Tunisie, le Maroc, l’ile Maurice, le Sénégal etc. utilisent le facteur de stabilité politique pour amener les entreprises occidentales à délocaliser dans leur pays respectifs. Pour cela, faut-il que les gouvernants mesurent les grands enjeux de ce monde et fassent preuve de patriotisme véritable en mettant avant que le progrès de leurs pays. C’est pourquoi, au contraire de beaucoup d’autres, je souscris partiellement à l’affirmation d’Obama selon laquelle « Africa does not need strong men, it needs strong institutions » en d’autres termes l’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts mais d’institutions fortes. Il ne peut y avoir d’institutions fortes sans un leadership fort, sans des hommes et femmes visionnaires, honnêtes et capables de se sacrifier pour des causes justes et nobles. La qualité des institutions peut se mesurer a travers celle des hommes et femmes en charge de les animer. Qu’auraient été les institutions républicaines d’Afrique du Sud sans la bravoure historique et l’intelligence politique d’un Nelson Mandela ? General De Gaule, Franklin D. Roosevelt, Winston Churchill, Gandhi pour ne citer que ceux-ci, font aussi partie de ces hommes courageux, intègres et patriotes qui ont eu à façonner positivement l’histoire institutionnelle de leurs pays respectifs. En Afrique, nous avons connu des jeunes hommes et femmes menés par certains leaders politiques, syndicaux, etc., qui se sont érigés sans compromission contre l’absence de démocratie, la pratique d’une corruption endémique. Imaginez un seul instant, la Guinée regorger depuis longtemps de leaders politiques et d’opinions d’une intégrité morale remarquable et au service exclusif de l’intérêt général ? A défaut, nous avons une classe politique, en majorité kleptocrates, dont l’expérience professionnelle repose sur le pillage systématique des ressources de leur pays. Pauvre Guinée ! Il faut souhaiter que ce peuple plongé dans des décennies d’indigence matérielle et intellectuelle en raison des actions répréhensibles des différents gouvernants successifs, affirme sa volonté de rupture totale au sortir de l’élection présidentielle du 27 juin. Pour en revenir à l’affirmation d’Obama, ce dernier voulait sans doute dire que les africains n’ont pas besoin de dirigeants brutaux utilisant la coercition arbitraire pour asservir leur peuple mais plutôt des institutions fortes. En tout état de cause, l’existence d’institutions fortes exigent l’œuvre salvatrice des hommes et femmes courageux, intègres et au service de la vérité.
L’existence d’une stabilité politique avec les institutions transparentes ne suffissent pas pour participer de façon qualitative à cette mondialisation qui s’impose à nous. Il faut, en outre, que les pays africains se dotent de gouvernants imaginatifs et visionnaires à l’effet de penser objectivement le futur de leurs populations. L’on est parfois frustré face au mimétisme au rabais de la part de certains dirigeants et intellectuels africains qui n’ont jamais réellement pensé de manière endogène l’avenir de ce continent. Le succès et l’échec de l’Afrique repose sur elle-même. Il sera endogène ou ne le sera pas. C’est pourquoi la qualité des personnes, des dirigeants est d’un intérêt capital si l’Afrique se veut de tirer un profit de la mondialisation. Par ailleurs, depuis plus de 5O ans, le développement de l’Afrique a été pensé en lieu et place des africains ; des économistes africains au sortir des universités occidentales sont incapables de proposer des alternatives crédibles et ceux qui ont l’opportunité de le faire sont tout simplement ignores ou frappés d’ostracisme. Gouverner c’est prévoir et oser imaginer l’avenir de son peuple.
Des entreprises publiques créées par gouvernements africains durant la période couvrant 60 à 80, l’on a versé, sans faire un bilan préalable, dans une liquidation sauvage. Ainsi, il fallait donc tout liquider sous l’injonction des économistes du FMI et de la Banque tandis qu’au même moment les pays asiatiques se refusaient d’appliquer naïvement une telle politique ; la France se refusait de céder au libéralisme intégral. La Guinée constitue un exemple éloquent dans ce domaine. Pour preuve, le régime de Lansana Conté est parvenu à liquider plus d’une centaine d’entreprises publiques créées sous le régime de Sékou Toure. La Tunisie, l’un des pays les plus développés en Afrique, a savamment su allier dirigisme étatique de son économie et libéralisme économique (son taux de croissance depuis dix ans est de 10%). En somme, les pays émergents on su aisément s’insérer dans la mondialisation parce qu’ils étaient dotés de gouvernants visionnaires, stratèges ayant la latitude de saisir les opportunités en faveur de l’intérêt exclusif de leurs pays.
Peut-on parler de transfert de technologie, de délocalisation des entreprises des pays occidentaux vers l’Afrique si celle-ci possède une main-d’œuvre mal qualifie, un système d’enseignement parfois au rabais ? La réponse a cette question ne peut-être que négative. L ‘Afrique continuera à rester en marge de la mondialisation tant que ces gouvernants ne prennent pas conscience des enjeux liés à la maitrise du savoir. En effet, le niveau de formation de la population et la qualité de la main-d’œuvre africaine constituent la condition primordiale si l’Afrique en finir avec la pauvreté. Un peuple peu éduqué, mal formé avec un système éducatif en déliquescence ne pourra jamais atteindre ses objectifs de développement socio-économique et encore moins avoir la prétention de tirer profit de la mondialisation se traduisant par un transfert de savoir et de technologie en sa faveur. C’est pourquoi l’on peut affirmer que le niveau de formation des jeunes africains ne leurs permet pas de saisir les opportunités que la mondialisation de l’économie et surtout celle du savoir offrent aux jeunes d’autres continents. Le succès économique des pays asiatiques, célébré aujourd’hui, repose sur la qualité de formation de leur population. Pour illustration l’on peut citer le cas du Japon. Ce dernier s’est imposé comme puissance économique en mettant un accent particulier dans la formation des jeunes japonais. Soutenues par le gouvernement japonais, les universités américaines étaient prises d’assaut par les étudiants japonais qui avaient une soif intarissable de savoir. Depuis quelques décennies, l’Inde la Chine, et le Brésil pour ne citer que ceux-ci ont emprunté une stratégie identique. C’est pourquoi, il ne faut s’étonner de voir des milliers d’étudiants chinois arpenter les grands campus universitaires américains, britanniques etc. Le dynamisme de la recherche scientifique américaine repose aujourd’hui sur les ressortissants des pays émergents. Par ailleurs, si l’on analyse la situation de certains pays économiquement performantes en Afrique notamment le Maroc, l’Ile Maurice, la Tunisie, le Botswana, l’on s’apercevra que leurs croissances économiques repose sur la qualité des leurs ressources humaines. C’est pourquoi, le Président du Rwanda promet de faire de son pays la Silicon Valley de l’Afrique centrale (une usine d’assemblage de tracteurs est en cours de réalisation dans ce pays). Si des usines d’assemblage de voitures, d’appareils électroniques et le transfert de certains métiers de services (call center, tourisme médicale) sont entrain d’apparaitre dans une poignée de pays africains, l’on peut aisément convenir qu’il n’est pas une chimère de penser que beaucoup d’autres pays africains pourraient s’inspirer du succès économique desdits pays. Pour ce faire il faut absolument qu’ils de dotent non seulement de ressources humaines qualifiées comme nous l’avions signifié plus haut mais aussi ces pays africains doivent se distinguer par une stabilité politique assortie d’instituions fortes et transparentes, de gouvernants visionnaires ayant la capacité à mieux imaginer le futur de leur peuple. C’est justement ce défi que les pays africains se doivent de relever.
Namory CAMARA
www.guineeactu.com
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