lundi 28 janvier 2008
L’Afrique entre la Chine et les Autres

Pourquoi la réunification de la Chine fait peur à tout le monde ?

En effet : Après l’admission de la Chine à l’ONU, après la rétrocession de Hong Kong, après son admission à l’OMC - partie de rien, la Chine a fait un bond fulgurant pour rattraper plusieurs décennies de retard - c’est maintenant Taiwan qui est poussée à un rapprochement et à un  rattachement à la mère patrie pour susciter une autre vague d’inquiétude. Que pensent les USA, le Japon, l’Union Européenne, pour ne citer que ces cylindrées ? Qu’attend l’Afrique de la Chine ?

Si la rétrocession de Hong Kong a été possible, avec deux systèmes diamétralement opposés, il ne sera pas difficile d’en faire autant avec la Chine Nationaliste.

Entre 1993-94, la Chine était au 13e rang des puissances commerciales ; en 2003, elle était déjà au 6e rang, et en 2007, elle est parmi les quatre premiers, entre les USA, le Japon, et l’Allemagne Fédérale. Qu’en sera-t-il en 2010 ?

La panique vient de s’emparer de l’Europe au point de convoquer le sommet Europe-Afrique en décembre 2007 pour d’abord avaler des couleuvres de Mugabe et de Kadhafi et pour ensuite accoucher de l’APE, une trouvaille qui n’est pas du tout du goût de tous, au vu de la levée des boucliers sur le continent jusqu’à Bruxelles et pour cause, la Chine occupe peu à peu la première place commerciale en Afrique

Mais pour combien de temps va-t-elle occuper cette place ou va-t-elle faire un feu de paille ?

Là encore, la question est brûlante et les Chinois savent que dans cette mondialisation impitoyable, ses concurrents occidentaux feront tout pour la déstabiliser sur le continent africain. Mais aussi, comment ces mêmes concurrents occidentaux parviendront-ils à faire face à cette main d’œuvre hors compétition et des marchés défiant tous les prix ? En 2003, l’heure de travail coûte 20 dollars aux USA, 19 au Japon et 18 en Europe occidentale et cette même heure ne coûte que 1 dollar en Chine. Personne ne peut mieux avec, en plus, une maîtrise de la main d’œuvre sans reproche, ce qui lui permet de rafler tous les marchés dans tout le monde. Pas un secteur n’est éludé : les jouets, le textile, le matériel électrique, l’électronique et l’informatique en passant par les ordinateurs, téléviseurs, téléphones, motos, bicyclettes, horlogeries, riz…

L’appétit boulimique de la Chine fait aussi des vagues jusque chez l’Oncle Sam. George Bush vient de faire la relance de l’économie en injectant près de 140 milliards de dollars parce qu’avec la chute du dollar il y a eu inévitablement thésaurisation par des investisseurs qui attendent les jours meilleurs…

La panique est dans les rangs des premiers producteurs mondiaux des biens de consommation qui détiennent encore la palme dans le domaine de l’automobile, mais pour combien de temps encore ? L’Inde ne vient-elle pas de produire une voiture à un prix défiant toute concurrence, à 1700 euros. Il faudrait s’attendre à une course poursuite dans ce sens.

Cette nouvelle percée met déjà l’Occident dans de gênantes postures. La chute programmée et calculée du dollar est subtile pour tenter de sauver une économie forte. Pour les économistes, un dollar qui plonge, donc faible, permet de vendre et d’attirer les investisseurs mais permet-il d’acheter ? Pour le moment, le prix du pétrole continue sa hausse. Les autres produits miniers ne vont-ils pas suivre ? Le dollar a été décroché pour tenter d’équilibrer le déficit commercial, seulement la plongée est telle qu’il ne vaut presque plus que la moitié de sa parité avec la monnaie européenne et le butoir n’est pas encore en vue. On craint qu’à force de flamber de cette manière, le redressement risque de devenir problématique, ce qui ne cesse d’inquiéter tout le monde. Conclusion : à force de glisser volontairement, on risque de tomber involontairement. Qu’en sera-t-il ? Que fera le plan de relance des USA ?

A côté des difficultés de ses concurrents, la Chine s’en frotte les mains avec son Yuan faible (8,30 pour un dollar), avec sa main d’œuvre hors compétition, avec son industrie en pleine ouverture et en pleine expansion qui facilite la délocalisation et le transfert des technologies les domaines de l’aéronautique, dans les chemins de fer avec des TGV et des métros, dans des centrales nucléaires dans tous les secteurs, les Chinois risquent de rattraper le peloton de tête en moins d’années que prévu par les spécialistes.

D’abord, ils sont une puissance nucléaire, ils commencent à lancer des satellites, ils ont déjà  leur premier Taïkonaute (en octobre 2OO2, son nom Yang Liwei, le Youri Gagarine chinois a fait plus de 20 heures à tourner autour de la terre), ils savent détruire un satellite en perdition depuis la terre.

D’ailleurs, dans cette histoire, certains pensent que la pulvérisation de ce satellite « sacrifié » n’était autre qu’une démonstration de leur précision militaire. Et cela pour montrer à Taïwan que l’achat des missiles et des frégates aux USA et en France ne les dérange pas outre mesure.

Sans doute, tous les facteurs de développement effarants cités ont non seulement fait frémir les voisins de la Chine mais aussi ils ont dû faire réfléchir leur autre moitié, Taïwan, qui vient de voter pour le Guomindang, une tendance politique qui avait été au début alliée aux communistes et qui vient de manifester son désir d’un rapprochement avec la Chine continentale. Un vrai drame pour le DPP au pouvoir. D’autres raisons encore ont pu motiver Taïwan à penser à la réunification : après près de 60 ans d’isolation et de multiples vaines tentatives de se faire reconnaître aux Nations-Unies par la majorité des membres, la lassitude peut se faire voir. La récente  rupture avec la presque totalité des pays africains a contribué à sonner le glas de la séparation. Il ne reste plus que le Burkina Faso et la Gambie dans tout l’ouest africain. Ensuite, on est mieux avec les siens qu’avec les alliés, quels qu’ils soient.

Avec ce rapprochement programmé des deux Chines, la réunification peut faire peur à la concurrence, et les bâtons dans les roues de la réunification ne vont pas manquer, tant au niveau intérieur qu’au niveau extérieur. Les politiques sociales des deux Chines connaissent un gap considérable. Il ne reste plus qu’à la Grande Chine d’améliorer cette politique sociale sans prendre un coup fatal à son développement. Mais aussi, va-t-elle entendre les leçons de démocratie et des mœurs occidentales dans un pays qui va avoisiner les deux milliards d’expressions ?

Certains voient déjà que cette réunification  peut donner envie aux deux Corées…

Quelle sera la position de la Chine parmi ces puissances économiques dans quelques années ? Quelle sera aussi la nature de la coopération avec l’Afrique, de manière à faire oublier cet APE (accord de partenariat économique) ?

Si les autres concurrents occidentaux ont de bonnes raisons de craindre le rapprochement des deux Chines, l’Afrique doit-elle aussi en avoir ?

Quelle solution de rechange va-t-elle nous proposer ?

La question reste posée !

A la revoyure !

Service du Journal L’indépendant, Conakry.

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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