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Je l’avais déjà noté quelque part, je ne me rappelle plus où : « En matière d’économie, nous sommes un hameau de culture; en matière de politique, nous sommes un bouillon de culture ». L’assertion m’a valu et risque encore de me valoir toutes les foudres du nationalisme ombrageux. Mais il faudra s’y faire. Question de décryptage ! Je commencerai donc par vous ennuyer avec une incursion dans les rayons tortueux de l’étymologie et de la sémantique. Les petites définitions pouvant souvent permettre d’accorder les violons discursifs, je m’en vais prendre ma déclaration aux mots. Et on va rôder au tour du mot « culture ». Parce qu’il figure dans les deux manches de la phrase, il peut facilement créer des liens diffus et noyer la précision. Le mot « culture » est en effet, multi souche et transversal. On le retrouve de l’éducation physique (culture physique) à l’expression artistique. Il nous promène vers la somme des connaissances, les acquis intellectuels, le savoir-faire, les traditions, us et coutumes, bref, les civilisations. Il pointe surtout le nez dans l’agriculture (culture vivrière, maraîchère…), dans l’élevage (culture des huîtres, des saumons…) et aussi, dans la biologie (expérimentations in vitro d’échantillons organiques : bactéries, ovocytes…). Et voilà ! Dans mes pensées, nous retiendrons simplement –et arbitrairement ?- deux cas de figure qui peuvent nous aider ici, à faire prospérer le débat et la compréhension : les domaines de l’agriculture et de la biologie. Je les cale bien donc, et je me reprends : « En matière d’économie, nous sommes un hameau de culture; en matière de politique, nous sommes un bouillon de culture ». Et comment alors ? Le hameau de culture, dans l’Afrique ancestrale, c’est l’équivalent de ce que l’on nomme de nos jours, le champ, la ferme ou la plantation, cet espace agricole ou d’élevage, toujours situé hors de la ville, ou même du village, et servant de grenier productif, de vivrier des citadins ou des villageois. Le hameau de culture trouve ainsi toute son importance (et le choix du site en dépend) à travers la fertilité de son sol et la générosité de ses prairies, de son paysage. Le hameau de culture ou le champ était généralement saisonnier (le temps d’une culture). Il ne prendra (parfois) des allures de sédentarisation, que lorsqu’il est la propriété d’un chef, un roi, un souverain… Il sera alors habité par des sujets, campés là, pour justement assurer le grenier royal. Dans l’un ou l’autre de ces cas, la remarque importante est que le hameau de culture ne bénéficiera jamais d’aménagements solides (édifices d’habitation ou de loisirs par exemple). Dans les zones rurales de Guinée, « l’habitat » dans le hameau de culture ou champ tient généralement en des abris précaires contre la pluie ou le soleil, souvent des huttes en tiges, en lianes ou en paille. Ce caractère précaire des aménagements dans le hameau de culture tient moins de son importance de rentabilité, que de son statut passager. Ainsi, on y apporte plus de soins aux outils de production et –parfois- à la main d’œuvre, qu’aux installations de résidence. Parce qu’on est sensé ne jamais y résider définitivement ! Il s’agira donc d’en tirer, au plus vite, le maximum de profit, quitte à y laisser des saccages environnementaux. D’ailleurs, qui s’en émeut ? Cette image du hameau de culture est exactement le reflet et l’effet que me donnent aujourd’hui notre continent, et nos différents territoires dits souverains. L’Afrique est, en effet, un vaste grenier de richesses naturelles et humaines. Une nomenclature ressassée de ses immenses ressources ne ferait qu’engorger ce paragraphe et estomaquer les plus « nationalistes ». Je m’en abstiens ! Mais posons-nous la question : Depuis que nous sommes rendus responsables de NOS richesses, qu’en avons-nous fait pour permettre à nos peuples de vivre plus décemment qu’avant ? Je me retiens fermement de rappeler ces redondants slogans sur « la traite négrière et son inhumain commerce triangulaire » ou encore « l’occupation coloniale ». L’échappatoire est vite trouvée pour les tenants des cris de foule ! Tous ces systèmes, si vous avez suivi mon raisonnement, n’ont évolué sur nos terres que dans le schéma du « hameau de culture ». Les édifices solides et voyants étaient des factoreries, des résidences de cadres coloniaux, si ce n’est des fortins ou des cachots. Les ports, les routes, les rails et les gares étaient dans le même catalogue de l’utilitaire drainant. Mais depuis cinquante ans, depuis que nous avons renvoyé ces « sales colons » chez leurs mamans, quelle démarche nos successives et multiples équipes dirigeantes ont-elles entreprises pour nous sortir de l’ornière, si ce n’est perpétrer et amplifier le schéma du « hameau de culture » ? Combien sont-ils, depuis l’ère des indépendances, à garnir les banques extérieures, à s’octroyer et à entretenir des résidences en Occident, tout en enrichissant les fiscs de ces pays ? Combien sont-ils qui ont, d’une manière éhontée, bradé ou hypothéqué nos ressources au profit de l’étranger, et qui continuent à se recycler, de génération en génération, à la tête de nos Etats pour perpétuer cette démarche avilissante et choquante ? En matière d’économie, nous sommes un hameau de culture ! On continue à nous traire sans jamais rien réaliser de solide pour nos pays, et ceci, cette fois, avec la complicité agissante des dirigeants que nous avons choisi pour nous défendre. En matière de politique, nous sommes un bouillon de culture ! Et ceci explique cela. Voyons nos Etats sous cet angle, et c’est l’effarement devant la misère intellectuelle et morale. Nous ne sommes que des consommateurs de slogans et de projets emballés. Des adeptes indécrottables du prêt-à-porter. La Révolution ? On est prêt. Le socialisme ? Ok, patron ! Le Communisme ? Rien de mieux ! La démocratie, le multipartisme ? On y était avant La Baule ! Le FMI, la Banque Mondiale, les experts de nos maux ! Le Partenariat de libre échange, on y sera plouf ! Et lorsque dans les bocaux expérimentaux de nos « maîtres à penser », certaines fusions échouent et conduisent à des réactions d’ébullition, des slogans sont encore concoctés sur mesure, et que nous clamerons à gorge déployée, sans même nous rendre compte que nous chantons nos propres misères. Allo, là ! « Les émeutes de la faim », c’est quand déjà ? C’est où… ? Comment et à partir d’où, çà se fabrique d’ailleurs « un chef de guerre » ? « L’homme fort de tel ou de tel » ? Et puis, quand le ruisseau a tari, « Le locataire des geôles du TPI à La Haye » ? Les africains doivent se réveiller et commencer à penser par eux-mêmes, pour eux-mêmes ! Mais d’ici là, pourquoi donc, ne vais-je pas persister et signer ? « En matière d’économie, nous sommes un hameau de culture ; en matière de politique, nous sommes un bouillon de culture ». Les tocs dans les produits de consommation, les produits pharmaceutiques ratées ou périmés, le riz pourri, la sardine ou le corned-beef rassis…, ce sera bien sûr, une autre paire de manches. Mais quelle différence ces crimes alimentaires et sanitaires ont-ils avec des contrats iniques sur nos ressources minières, ou des schémas et slogans importés et calqués sur des nations qui célèbrent leur 200 ou 300 ème année de pratiques huilées par des générations ? A pas forcés vers le bien-être ou vers… le chaos général et des ruines à rebâtir ? A chaque peuple sa culture et donc… sa cadence ! Fodé Tass Sylla www.guineeactu.com
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