jeudi 31 janvier 2008
Kouyaté prêche la paix
Lansana Kouyaté

Après un temps de recueillement profond, le premier ministre qui ne démissionne pas, se convertit en apôtre de la paix, au service d’un peuple qui a vraiment besoin de tranquillité. Du glaçon dans le breuvage, pour plus de lucidité. Mais avec qui composer, désormais, pour conserver ce fauteuil envoûtant qui a failli être une chaise électrique ? Les syndicalistes observent eux-aussi le calme. Leur mérite c’est d’avoir compris, pour une fois, qu’il ne servirait à rien de sacrifier des innocents sur l’autel des ambitions absurdes. Le changement reste cependant irréversible, mais faudrait-il, pour y arriver, ménager des vies et des biens ? Kouyaté semble avoir tiré la leçon de tous ces remous suscités par ce protocole d’accords auquel il ne croyait pas plus qu’à sa capacité de conduire une mission avec des formules ésotériques déléguées.

Le temps qu’il aura consacré au silence, après l’avortement de la tentative de grève de ses anciens alliés, lui aura porté conseil. Surtout que Maître Abdoulaye Wade, venu comme par enchantement, ne lui aurait pas caché son penchant pour le respect du Chef. Un premier ministre, pour Me Wade, doit composer avec le chef de l’Etat. Toute insubordination étant passible de sanction immédiate. Donc, par de dyarchie au sommet de l’Etat. L’essentiel aurait été signifié à Kouyaté. A bon entendeur, bon séjour à la Primature ! Mais, Kouyaté qui semble être revenu à de meilleurs sentiments, pourra-t-il se racheter, pour mériter, à nouveau, de la confiance de son mandant ? C’est la question.

L’inauguration de l’Eléphant noir, de 45 tonnes, lourdement dressé sur piédestal au Rond-point de Belle- Vue, serait l’un des monuments célèbres que le premier ministre Kouyaté entendrait laisser au pays, en guise de témoignages de son passage bien marqué dans les affaires de l’Etat. Au Mali, Alpha Oumar en aura laissé un nombre impressionnant, au point que ses détracteurs l’accusaient d’avoir dressé des idoles à tous les carrefours de la capitale. C’est, aurait-on voulu le faire comprendre dans les discours qui ont défini la cérémonie inaugurale, une façon de donner un avant-goût  de la fête du cinquantenaire. Une préoccupation de portée secondaire par rapport au plus pressé : les trois besoins quotidiens du guinéen, la bouffe à moindre coût,  l’eau potable et la  lumière, pour exorciser les démons de la nuit. L’on ne se fatiguera jamais de le dire. Malheureusement, les pensées sont ailleurs. Le gouvernement est toujours en place, plus par un concours de circonstance assez surprenant, dans l’état actuel des choses, que par le fait de la volonté de ceux qui l’avaient demandé il y a douze mois. Les syndicalistes nourrissent peut-être le sentiment de s’être trompés, même s’ils se battent toujours pour préserver le processus de changement. Le pouvoir, lui, observe de la patience, pour donner largement le temps à ceux qui attendraient, encore, du miracle de ce gouvernement, d’être désabusés. En tout cas , le chef de l’Etat est le seul avec lequel, il faudra composer. Il faut peut-être un gouvernement plus consensuel qui puisse répondre, de façon plus spontanée, aux besoins des populations.

La transition semble arrivée à terme, sans avoir apporté le changement attendu. Kouyaté entendrait-il encore conserver son titre ? C’est son plein droit. Jusqu’à preuve du contraire.

Thierno D. Barry  

Source : Journal Le Démocrate, Conakry, partenaire de guineectu.com.

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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