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L’espace de défoulement ouvert par le Comité de veille au premier ministre guinéen aura offert l’occasion de renouer avec la tradition : la parole à son dépositaire. Aux questions et préoccupations des membres de ce Comité, Lansana Kouyaté proposera des solutions, non sans recourir, comme d’habitude, aux subterfuges. La couleuvre sera-t-elle avalée ? C’est la première fois que le premier ministre se présente devant le Comité de veille, parce que c’est la première fois qu’il y est invité, précisera-t-il, à l’intention de ceux qui sont surpris. Il faut dire que les syndicalistes présents sur les lieux n’auront pas manqué d’appréciations à l’endroit du premier ministre, malgré les préoccupations qu’ils se feront le devoir d’évoquer, moins pour charger l’invité que pour lui offrir l’occasion de tirer son épingle du jeu. En effet, Kouyaté ne manquera pas d’arguments et surtout de gestes majestueux, pour charmer l’auditoire dont le sérieux sera trahi par des applaudissements qui en disent long sur les bonnes dispositions de ce Comité devenu, par la force des choses, le cercle des amis. L’occasion donnée n’aura profité qu’au premier ministre qui se lancera dans un exposé teinté de commentaires, d’exemples, de projets, de promesses, le tout servi sur un plateau éblouissant. Rien à envier à un dépliant touristique soumis à l’appréciations des aventuriers de Cocagne. Puisqu’il fallait donner l’opportunité au chef du gouvernement de rassurer, une fois de plus, les populations sur le bilan de ses bonnes intentions, la cause sera entendue. Mais qu’en retenir ? Les bus indiens seront à Conakry le 4 mai prochain, c’est encore promis. Pour le riz, il nous sera rappelé les exploits réussis pendant le Ramadam passé, avec tout ce que cela aura coûté au gouvernement. Il est prévu plutôt de constituer des stocks de sécurité, pour nous éviter l’émeute de la faim qui sévit dans de nombreux coins du monde. Pour ce faire, des contacts seraient déjà pris. Des Malais qui sont dans nos murs, depuis quelques jours, miseraient, en contrepartie, sur notre bauxite. La solution définitive, selon Kouyaté, serait de se pencher sur la relance de la production nationale. Dans ce domaine nos amis chinois seraient déjà prêts, c’est du côté guinéen que les choses traîneraient. Le locataire de la primature, à défaut de ne pouvoir invoquer sa muse, fera recours à son génie. Il nous révèle que l’huile de palme, même non raffinée, peut remplacer le gazole. Il l’aurait expérimenté, sauf que l’odeur qui s’en dégage cause quelques désagréments aux non habitués. Mais, les conséquences seraient que si cette huile devait servir à d’autres usages, cela nuirait aux consommateurs qui verraient le cours de la denrée prendre de la hauteur. Le premier ministre nous fait savoir que même ceux qui ne consommaient pas du riz en sont devenus de grands mangeurs, sans compter la démographie qui se moque de la conjoncture. Ceci explique cela. Tout serait, en partie, lié à une histoire de spéculation. Le poisson sera bien noyé, inutile de recourir à l’eau de la marmite. Un membre du Comité demande à Kouyaté de veiller à la cohésion au sein de son gouvernement. Voilà qui explique toutes les inquiétudes. Le PM en prendra acte. Le locataire de la primature était souvent tenu de prendre des informations auprès de certains ministres, pour comprendre ce qu’il en est de tel sujet. Faudrait-il en déduire qu’il y a effectivement un problème de manque de cohésion au sein du gouvernement ? La question embarrassante aura été celle de M. Youssouf Diallo du patronat qui aimerait être situé sur la position du gouvernement sur la cacophonie régnant au sein de Conseil national. La réponse est à l’étude. Aujourd’hui, l’on se demande, quel rôle précis joue ce Comité qui semble tomber dans la somnolence, à force de veiller ? Serait-il un prolongement de ce gouvernement en mal d’équilibre dont le retrait de la scène mettrait à nu l’échec des syndicalistes ? C’est en Guinée, seulement, que le syndicat est un allié du gouvernement. Voilà pourquoi la hausse a précédé les mesures d’allègement. Et voilà pourquoi le travailleur guinéen ne sait plus à quel syndicat se vouer. La comédie continue. Thierno Dayèdio Barry Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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