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Lors d’un séjour dans la capitale des contreforts du Foutah Djallon, Labé, notre reporter a tendu son micro à la grande poétesse et gardienne du Musée du Foutah, descendante du roi Alpha Yaya Diallo, Koumanthio Zénab Diallo. Depuis la publication en 1988 par la maison d’édition Maguilen de Dakar de son tout premier recueil de poèmes titré ‘Comme les pétales du crépuscule’, Koumanthio n’a cessé d’émerveiller la Guinée et l’Afrique. Au mois de juillet passé, elle était une invitée spéciale et privilégiée du PANAF, le festival panafricain d’Alger. Dans cette interview, elle nous livre ses impressions par rapport à cet événement exceptionnel, ses engagements pour la littérature africaine et son combat pour une éclosion de femmes écrivains en Afrique.
Le Démocrate : Au PANAF, Festival Panafricain d’Alger, dans sa deuxième édition, Mme Koumanthio Zénab Diallo, vous étiez de la partie. Comment avez-vous eu cette invitation ?
Kouamnthio Zénab Diallo : Merci beaucoup. Je suis allée au PANAF en tant que déléguée de la Panafricaine des Ecrivains, cette structure mise en place pour gérer les écrivains au niveau de l’Union Africaine (U A).Je fais partie de ce staff. Au nom de la Panafricaine des écrivains donc, j’ai eu à participer au panel littéraire des écrivains. En tant que déléguée de mon musée, le Musée du Foutah, j’ai pu rencontrer d’autres muséologues africains avec lesquels j’ai eu à mener assez de discussions concernant notre métier.
Commençons par le panel littéraire des écrivains. Sur quoi portaient les discussions ?
D’abord des prix ont été décernés à des littéraires. Je pense à Pamela Bony, l’Ivoirienne qui a écrit pas mal de livres de poésie pour enfants. Egalement deux autres écrivains, un Algérien et une Sénégalaise, ont été primés. Ces prix ont été décernés par une maison d’édition qui affiche des ambitions de rassembleur, c’est-à-dire une panafricaine d’éditions et d’éditeurs. D’un autre côté il y a eu des rencontres, des conférences qui ont été dirigées par de grands littéraires du monde de la littérature africaine. Notre ami Sud-Africain André Brink, qui a eu un prix d’ailleurs, a présenté « l’Afrique, un lieu d’ici et de maintenant ». La Camerounaise Calixte Beyala, la Gabonaise Justine Minga, moi-même et tant d’autres avons eu à plancher sur l’avenir de la littérature, de l’écriture en Afrique et, si vous voulez aussi, l’apport de cette littérature dans l’édification d’une Afrique unie, d’une Afrique qui doit vaincre. Maintenant, la littérature, surtout pour nous les poètes, notre poésie, doit absolument franchir le cap de la beauté pour aller vers celui de la participation effective dans le combat culturel, scientifique et économique que mènent les Africains.
A vous entendre, Mme Koumanthio, on ne sent pas le vide laissé par les quarante années qui séparent ces deux éditions du PANAF, celle de cette année et de la première datant de 1969. Qu’est ce qui vous a le plus marquée au cours de cette deuxième édition ?
L’organisation. Sur le plan humain, ce festival a rendu d’énormes services aussi bien aux Algériens qu’aux autres Africains venus des différents pays. Pour des gens vivant dans le même continent, un grand fossé a été creusé entre nous et le Maghreb. Les organisateurs que sont les Algériens nous ont ouvert grandement leurs portes. Ils se sont mis à notre disposition. L’esprit qui prévalait, c’était l’esprit de la fraternité africaine. Ce festival, il fallait qu’il soit là. Il nous permis de nous regarder en face. Les littéraires africains ont pu se retrouver autour des thèmes qui mobilisent pour un continent fort. Avec ce festival on s’est dit qu’il faut absolument assassiner avec nos plumes toutes ces frontières. Certaines frontières ont été établies seulement en 1885 à Berlin. C’est là qu’on a morcelé l’Afrique. On se dit, en tant qu’écrivains, il faut nécessairement réécrire l’histoire, redonner aux jeunes générations quelque chose de bien, leur présenter la belle face de l’Afrique. Il faut que nos plumes participent au développement de l’Afrique. Ce festival a permis à des frères de se retrouver, des frères qui étaient divisés jusque dans leurs têtes. Nos plumes sont désormais affûtées pour tuer ces frontières érigées dans les têtes des Africains.
On a l’impression que ce festival vous a motivée davantage, vous a donnée de nouvelles idées, une nouvelle inspiration. Est-ce qu’on peut attendre de vous quelque chose de nouveau, sur le plan de l’écriture par exemple ?
Tout à fait. D’abord je dois vous dire que j’ai été cooptée comme responsable des femmes écrivains au niveau de nos pays francophones au compte de la grande famille du PEN International. C’est une grande responsabilité. Le PEN International, je dois le rappeler, est la plus vieille association d’écrivains au niveau mondial. Elle est née en 1921 à Londres. Cette association, le premier Africain à y adhérer fut Léopold Sédar Senghor, vers les années 65-70, et à ouvrir le premier PEN Club africain à Dakar. Moi, je suis fondatrice du PEN Club Guinée et membre fondatrice du Comité International des Femmes Ecrivains. C’est à ce titre, et avec tous les services rendus à la littérature féminine, que j’ai été unanimement invitée à gérer les femmes au niveau de ces PEN Clubs. Je dirai que c’est un honneur pour la Guinée. Pour revenir à votre question, ce festival a suscité en moi cet engagement réel à continuer le combat que nous menons depuis un certains nombre d’années, mais aussi d’aller au devant de la scène pour déterrer des talents, des femmes, qu’on ne voit pas et qui sont de grandes conteuses, de grandes poétesses, de grandes littéraires. Ma mission consiste à déterrer les œuvres de ces femmes et de les faire connaître. Je couvre une aire géographique qui englobe la Guinée et toute la sous région ouest africaine.
Et qu’allez vous faire de la censure basée sur le sexe et qui plane au dessus de l’environnement littéraire africain ?
Au niveau de notre Comité International de Femmes Ecrivains nous dénonçons chaque fois la censure basée sur le genre. Pour nous, quand on parle de violences faites aux femmes comme l’excision, le mariage forcé, le mariage précoce, comme beaucoup d’autres violences, on parle aussi de la censure basée sur le genre. Cette violence existe. Les femmes écrivains que nous sommes, nous sommes un peu victimes. Dans certains pays c’est carrément le chaos. On piétine les œuvres des femmes. On ne les laisse pas s’exprimer. Même si elles arrivent difficilement à sortir de l’ombre et se faire éditer, elles n’ont pas les médias qu’il faut, la politique qu’il faut pour promouvoir leurs œuvres. C’est toujours des problèmes. Beaucoup de gens, quand il y a un écrit, ils se demandent si c’est un homme ou une femme qui en est l’auteur. Au sein de notre comité, en face d’un écrit, nous disons tout simplement qu’il est bon ou qu’il n’est pas bon. Qu’il soit écrit par un homme ou une femme nous importe peu. Notre plan d’action a été proposé à plusieurs associations. A tous les niveaux on doit mener la bataille contre la censure basée sur le genre. Ça dégrade la littérature africaine. Longtemps avant que les femmes n’aient eu accès à la scène littéraire, la littérature, beaucoup de problèmes n’étaient pas pris en compte. La prise d’écriture par les femmes comme une prise d’arme a apporté sur la scène les problèmes humains. Ce sont les femmes qui savent effectivement quel problème social il faut sortir de l’ombre.
Les femmes et leurs problèmes ne sont pour autant absents des écrits des auteurs masculins ?
Les écrivains masculins avaient essayé, on leur tire le chapeau, c’est vrai, de parler à la place des femmes. Mais quand les femmes sont arrivées, on a constaté qu’il fallait qu’elles soient là.
Pour le cas particulier de la Guinée, ce ne sont pas seulement les femmes écrivains qui sont passées sous –silence, mais toute la corporation. Partagez-vous cet avis ?
Je m’en vais profiter de votre organe pour demander au Ministère de la culture, aux responsables ayant en charge la culture, de penser un peu à la littérature. Quand ils pensent culture, généralement, depuis un certain nombre d’années, ce constat triste nous fait dire qu’on s’intéresse plus aux percussions, aux musiciens et on parle peu de la littérature. N’oublions pas que la Guinée est le pays de Camara Laye, Wiliams Sassine, Thierno Monenembo et tant d’autres. Ce sont des ambassadeurs de la République de Guinée qui ont porté haut les couleurs nationales. La Guinée est le pays de moi-même Koumnathio Zénab Diallo. Je fais partie de ces ambassadeurs qui ont décidé, entre guillemets, de vendre la beauté de la Guinée et qui, quand ils sortent, ramènent de bonnes moissons pour le pays. Je lance cet appel au Ministère de la Culture. Quand il compose une délégation pour aller dans un festival comme celui-ci, le PANAF, il faut penser aux littéraires aussi. Moi je suis allée à ce festival, mais je ne faisais pas partie de la délégation guinéenne. Au niveau de la Panafricaine des Ecrivains, ils se sont dits qu’il faut absolument que Thierno Monenembo et Koumanthio Zénab Diallo, deux écrivains Guinéens, soient de la partie. Et mon billet, et ma prise en charge m’ont été signifiés comme ça. Si Thierno Monenembo et moi-même n’étions pas allés à ce festival, aucun littéraire guinéen n’aurait été de la partie. Et je me dis pourtant, il y a de grands littéraires dans ce pays. Il y a beaucoup d’autres festivals qui se font ailleurs, beaucoup de rencontres au niveau international. Qu’au Ministère de la Culture, on pense aux littéraires, comme on le fait pour les musiciens, les danseurs des Ballets Africains, le Théâtre National. Qu’on leur dégage un espace de concertation à la radio, à la télévision, pour les entendre. Eux (les écrivains) aussi ont leur opinion. Dans tous les pays du monde les écrivains font partie de ces forces vives qui parlent, qui agissent, qui participent aux mouvements, au développement du pays. Ici on a tendance à les oublier. Je me dis, quelque part, on va aider le Ministère de la Culture pour qu’on ne nous oublie pas.
Et si vous n’êtes pas entendus de si tôt ?
A mes collègues écrivains, je leur dirai de ne pas attendre. Moi je n’attends pas. Je fais une offensive diplomatique. Il faut aller vers les médias, les organisateurs de fora, les festivaliers. Il y en a qui font des festivals de contes, de musique, de romans, que sais-je encore. Qu’ils sortent. Il faut qu’on aille rencontrer le Ministre, le Directeur National de la Culture. Il faut que les écrivains sortent de l’ombre. Qu’ils cessent de penser à des postes mais qu’ils se disent, avant tout, nous sommes des écrivains et nous avons notre mot à dire. Je ne reproche pas les uns et les autres. Je dis simplement qu’il faut se rencontrer. Les écrivains constituent, dans tous les pays du monde une dynamique. Pourquoi pas en Guinée ? Nous devons apporter quelque chose pour le changement du pays. Nous ne devons pas être à la remorque. Il faut absolument que les écrivains sortent de ce cercle fermé. Il faut casser cette grande glace pour participer aux débats, c’est là que nous avons notre place pour pouvoir dire notre opinion, pour dire comment nous voulons que la Guinée soit. Nos plumes sont prophétiques. Ils le savent bien. Nous ne devons pas rester à l’écart.
Pour revenir dans les limites de votre participation au PANAF de cette année, vous avez dit que vous étiez, parallèlement à la littérature, déléguée du Musée du Foutah. Qu’avez –vous moissonné à ce niveau ?
A part la littérature, la poésie, il y a eu assez de rencontres qui ont été planifiées dans des lieux différents. Je dirai que les Algériens ont mis le paquet. Cette fois-ci le festival a été très bien organisé. Il y avait des villages de cinéastes, de poètes, d’hommes de théâtre, de musiciens, des gens qui se sont retrouvés pour parler des langues africaines, mais aussi et surtout, des gens qui cherchent à préserver le patrimoine africain comme vous venez de le dire. En tant que gestionnaire d’un musée africain je me suis intéressée à ce grand panel de muséologues africains. Autour de la table, une cinquantaine de muséologues ont eu à plancher sur l’avenir du patrimoine culturel africain. A ce grand forum aussi j’ai eu mon mot à dire.
Propos recueillis par Ras JediJah Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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