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Le général Sékouba Konaté, président de la transition a prévenu ses compagnons d’armes vendredi dernier contre toute velléité éventuelle visant à remettre en cause le processus de démocratisation en cours dans le pays, au risque de se voir radier purement et simplement des rangs de l’armée et de s’exposer à des poursuites judiciaires. Ce coup de semonce s’adresse surtout à certains proches du capitaine Moussa Dadis Camara qui ont du mal à digérer leur mise à l’écart dans la gestion des affaires de l’Etat.
Le chef de la junte par intérim, Sékouba Konaté a présidé un rassemblement militaire au camp Alpha Yaya Diallo, dans la banlieue de Conakry, vendredi dernier. Au cours de cette rencontre avec ses frères d’armes, à laquelle étaient conviés les officiers, sous-officiers et hommes de rangs, le général Konaté a énuméré les acquis des accords de Ouagadougou signés le 15 janvier 2008, à la faveur desquels il a eu le blanc-seing de conduire le processus de transition, pour un retour rapide à l’ordre constitutionnel.
C’est ainsi qu’il a fait mention de la nomination d’un Premier ministre, chef de gouvernement issu des rangs de l’opposition, la mise en place d’un Conseil national de transition, un organe consultatif chargé de gérer la transition dont la présidente Mme Rabiatou Serah Diallo, syndicale chevronnée a pris fonction durant le week-end dernier.
A ces actes posés, il faut ajouter la définition du chronogramme électoral, qui fixe la date du scrutin présidentiel au 27 juin prochain.
Konaté a résumé tout ce succès dont il tire une réelle satisfaction par la formule suivante : « La paix à l’intérieur et la confiance à l’extérieur ont été rétablies ».
Mais cette paix est-elle pour autant à l’abri de toute menace ?
A entendre les propos du président de la transition durant cette réunion d’information, on ne peut répondre à cette question par l’affirmative.
En effet, dans sa sortie, Sékouba Konaté a eu des mots assez durs à l’endroit de ceux qui voudraient torpiller le processus de transition.
« Quiconque, par un esprit ethnique, se met contre le processus démocratique, on va l’offenser et le détruire », a averti le général Sékouba Konaté.
Qui a fait mention de certains endroits, notamment à Coyah et Maneyah dans la périphérie de la capitale, mais aussi dans la garnison abritant le génie militaire, où des velléitaires tiendraient des réunions secrètes destinées à saper le train de la démocratie qui a repris sa marche depuis le 15 janvier. Décochant ses flèches contre les hommes de rangs, Konaté les a tancés en ces termes : « Vous les caporaux, nous savons comment les recrutements dans l’armée se font ici, c’est le népotisme qui prévaut. Mais ça ne va plus continuer. Sachez que tous vos faits et gestes sont suivis à la loupe et le moindre faux pas ne restera pas impuni ».
Cette sortie musclée de Konaté vient confirmer les rumeurs qui enflaient ces derniers temps dans la cité, selon lesquelles des cadres militaires et civils issus de l’entourage du capitaine Moussa Dadis Camara étaient en train d’échafauder un plan consistant à faire revenir le chef de la junte au pays.
Seule voie de salut, peut-être pour ces membres du CNDD en disgrâce, de reprendre la main. Afin de continuer à jouir de leurs prébendes. Ces rumeurs ont fini par jeter la suspicion sur l’armée dans son ensemble où l’on est encore loin de la « cohésion et de l’entente souhaitées par Sékouba Konaté ».
Des sources militaires révèlent que l’interruption de la tournée du chef de la junte par intérim, qui est rentré précipitamment de Libye le 9 mars dernier après une visite d’Etat de 48 heures, est à mettre au compte du climat de suspicion qui commence à gagner les rangs.
Le chef de la junte par intérim avait dû renoncer aux étapes d’Abuja et de Dakar, figurant pourtant dans le programme de la délégation guinéenne pour ce périple.
Jusque-là, le seul membre du CNDD qui a été inquiété pour son hostilité aux accords de Ouaga, a été le colonel Moussa Kéïta, Secrétaire permanent de la junte, qui avait passé un sale quart d’heure dans les locaux du PM3, garnison de la gendarmerie située en plein cœur de la capitale, avant d’être libéré. Depuis cette chaude alerte, l’ancien porte-parole des putschistes aux négociations de Ouagadougou se fait discret. Ayant été délogé de ses bureaux, qui ont été affectés à Mme la présidente du Conseil national de la transition (CNT) Rabiatou Serah Diallo.
Quand on sait les privilèges qu’offre une haute fonction administrative ou au sein de l’armée dans des pays comme le nôtre, il y a de quoi comprendre la frustration qui anime ceux qui essaient de manœuvrer dans l’ombre pour pérenniser le pouvoir de la junte.
Nous n’allons pas perdre le temps à mettre des noms sur les visages de tous les « ennemis » des accords de Ouagadougou. Car, ce sont des gens dont l’identité est bien connue de l’opinion. Ces personnalités avaient poussé le cynisme jusqu’à verser dans le négationnisme au lendemain des massacres du 28 septembre qui avaient fait 156 morts, selon l’ONU.
De nombreuses filles et femmes avaient également été violentées par des bérets rouges de la garde rapprochée de Dadis Camara.
Le 14 janvier dernier, alors que la tension était très vive dans le pays, après les deux épisodes sanglants enregistrés le 28 septembre et le 3 décembre 2009, ils avaient également fait le déplacement auprès de Blaise Compaoré, au nom d’un collectif composé d’une vingtaine de militaires, pour réclamer le retour à Conakry de Moussa Dadis Camara.
Une démarche qui avait mis le « tigre » dans tous ses états
Il est temps pour eux de se raviser, en tout cas le général Sékouba Konaté promet de ne pas faire de cadeau à ceux qui seront pris la main dans le sac, en train d’ourdir des complots pour déstabiliser le pays.
Konaté a aussi fixé le cap concernant la feuille de route de la transition dans son intervention au quartier général du CNDD. Il s’est ainsi arrogé les pleins droits de se charger de redorer l’image de la Guinée auprès des partenaires bi et multilatéraux. Cette offensive diplomatique tous azimuts vers les bailleurs de fonds, dont l’appui s’avère nécessaire pour mener à terme cette transition sur fond de réformes des Forces armées.
A ce niveau, les besoins se résument « au règlement des problèmes d’indice salarial, à la mise sur pied de mesures d’accompagnement relatives aux départs à la retraite, à l’équipement des casernes et au casernement des militaires ».
La gestion du volet des « affaires internes » échoit au Premier ministre Jean Marie Doré, dont la mission portera essentiellement sur l’organisation des élections présidentielles. Un scrutin auquel ne prendront part ni les membres de la junte ni les membres du gouvernement d’union nationale.
L’entourage de Dadis va certainement s’en mordre les doigts, eux qui avaient contribué à encourager les dérapages du capitaine Camara, qui pour finir avait dévoilé ses ambitions politiques, en n’écartant pas la possibilité de se porter candidat à la prochaine présidentielle.
Ce sont ses errements du chef de la junte qui ont conduit à la répression du 28 septembre qui a eu aussi pour corollaire la tentative d’assassinat qui a visé le même Dadis Camara, de la part de son ancien aide de Camp Aboubacar « Toumba » Diakité, qui depuis vit dans la clandestinité.
Mamadou Dian Baldé Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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