Depuis le mercredi 17 mars, le président de la République par intérim et président de la Transition effectue une visite officielle de 72 heures au pays de la Téranga. Le général Sékouba Konaté répond ainsi à l’invitation du président sénégalais Me. Abdoulaye Wade.
Cette visite qui s’inscrit dans le cadre du raffermissement des relations d’amitié et de coopération entre le Sénégal et la Guinée est la première pour El Tigre depuis qu’il a été intronisé à la présidence par intérim de la République. Elle fait suite à l’offensive diplomatique de séduction tous azimuts qu’entreprend le Général Parusky, depuis les Accords de Ouagadougou, auprès de certains pays amis et partenaires de la Guinée.
Selon des sources proches de la présidence de la République, ce déplacement qui était prévu à l’agenda du général Konaté sur le chemin de son retour de Tripoli, a dû être annulé in extremis. En raison de rumeurs persistantes de bruits de bottes qui arpentaient les rues de Conakry à l’époque. Des informations qui ont obligé le général Sékouba Konaté, précise-t-on, à écourter sa visite au pays du colonel Mouammar El Khadafi pour regagner Conakry. Pour beaucoup d’observateurs, cette visite va permettre de réchauffer les relations entre la junte militaire de Conakry et le président Me. Wade qui a été, faut-il le rappeler, le parrain et supporter numéro un du capitaine Dadis et compagnon dès les premières heures de leur avènement au pouvoir.
A ce titre, il sera le tout premier chef d’Etat à se rendre à Conakry à la prise du pouvoir par le CNDD. Mais ce rapport prendra, au fil du temps, un coup de froid, une certaine distanciation entre Dakar et Conakry, disons-le, entre le père spirituel et son fils. Ces relations tendues font suite aux bourdes et dérives répétées du maître de la junte de Conakry, le Capitaine Moussa Dadis Camara face à ses nombreuses promesses faites lorsqu’il arrivait au pouvoir. Entretenant le flou sur sa non candidature et celle des membres de la junte et du gouvernement, qu’il a prônée au début, le capitaine Dadis tombera progressivement dans un isolement politique et économique tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Cette crise de confiance entre l’homme et l’ensemble de la Communauté nationale et internationale va s’accentuer avec la sanglante répression de la manifestation de l’opposition le 28 septembre au stade du même nom.
En dehors de ces raisons officielles et diplomatiques invoquées par la présidence guinéenne, nombreux sont ceux qui estiment aujourd’hui à Conakry, à tort ou raison, que le général Konaté est à la recherche d’une terre promise pour son ami et compagnon d’arme, le capitaine Moussa Dadis qui est, depuis son départ précipité de Rabat, en escale de convalescence à Ouagadougou auprès du président Blaise Compaoré, médiateur désigné de la CEDEAO dans la crise guinéenne. Le père Wade accorderait-il l’hospitalité de la Téranga à son "fils" échoué à Ouaga et qui semble vivre de plus en plus une situation d’isolement pour ne pas dire de bannissement loin de sa Guinée natale ?
Cette éventualité a peu de chance de se réaliser. Pour la simple raison que le président Wade a encore sur les bras un autre étranger encombrant et vivement réclamé par la CPI, l’ancien président tchadien Hissène Habré. Le Président sénégalais prendrait-il ce risque d’ajouter à ce casse-tête chinois un autre plus controversé et compromettant encore ? Pas si évident.
Le retour du président de la transition à Conakry est prévu pour ce vendredi 19 mars.
Camara Moro Amara
L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com