dimanche 10 mai 2009
Komara-Dadis : les derniers jours d’une lune de miel ?
Thierno Fodé Sow

Une sérieuse lassitude souffle actuellement sur la Primature. Son locataire Kabinet Komara est très mal en point. Dans ce contexte de défaitisme, la pseudo détermination du PM ne semble pas tout à fait faire recette. C’est pourquoi l’hypothèse d’un départ anticipé est de plus en plus avancée dans certains milieux politiques.

 

Le tandem Dadis-Komara a presque cédé. Même si chacun d’entre eux paraît toujours aussi "serein". Connaissant son Président dans ses découles irréparables, le PM invite sans cesse le Capitaine Dadis à s’abstenir de faire des déclarations fracassantes susceptibles de décourager les investisseurs ou de braquer les bailleurs de fonds. Cette invite tombe dans des oreilles de sourd. Le chef de la junte garde en effet, sa liberté de ton et improvise des discours fleuves et pas toujours dans l’air du temps. Qui ne se souvient pas de ses déclarations agaçantes à l’endroit de la communauté internationale ! Ce monde là, bien propice à notre Dadis national, Komara a dû se l’approprier à son corps défendant. Puisqu’il n’est pas du tout le sien. Aujourd’hui, c’est la lassitude en somme, avec ces derniers jours d’une cohabitation presque forcée.

 

Sûr du lien qu'il pense avoir tissé avec les Guinéens, le Capitaine, lui suit son bonhomme de chemin : soit en narguant la communauté internationale et les bailleurs de fonds, soit les interpellant sur des supposées intoxications dont la junte fait l’objet. Tout dépend de ses sauts d’humeurs qu’on lui reconnaît. Héritant d’un Etat plombé par un déficit de près de 100 milliards GNF pour le seul exercice budgétaire en cours, Komara, lui a sa tête ailleurs : faire face à des sérieuses difficultés économiques et financières et en trouver des solutions urgentes. Il continue tout de même de tracer sa route et de motiver ses troupes, malgré les couleuvres qu'il avale. Il n’a pas trop de choix surtout qu’il n’a jamais eu les mains libres pour constituer, comme cela se devait, son gouvernement : partout Dadis Camara a imposé ses hommes, dans dit-on, son patriotique souci de performance.

 

Et si aujourd’hui le président décidait de renvoyer son PM faute de résultats fiables comme la rumeur le fait croire d’une façon persistante, laisserait-il la Guinée dans un meilleur état ? Pas si sûr, le bilan est bien maigre : un des taux de chômage les plus élevés, une croissance poussive, une réforme administrative qu'il a soutenue du bout des lèvres, un échec cuisant dans l'accroissement des services de base, eau, électricité...

 

Et surtout une méfiance abyssale des Guinéens à l'égard de sa gestion réduite à quelques audiences çà et là.  Ce PM  a déjà échappé de justesse à un limogeage, lorsqu’il s’était permis, sans l’aval de l’homme fort de Conakry de désigner Justin Morel Junior comme porte parole du gouvernement.

 

« A moi de choisir celui qui doit parler en mon nom… », aurait martelé le président autoproclamé. Pourtant, Komara est précédé d’une certaine réputation, mais il a manifestement reculé suite aux circonstances du moment. Son piédestal s’est fendillé, aussitôt qu'il avait commencé à constituer ses écuries.

 

Technocrate et issu des grandes instances administratives et bancaires, ce PM là étouffe et s’essouffle.  Il ne sait plus quoi faire face à une junte ‘’en débandade’’ mais qui a fait sensation dans certains départements ministériels : Santé, Télécoms, Sécurité routière, Commerce, etc. Pour souffler un peu et changer d’air, le PM s’est envolé pour la capitale sénégalaise pour assister aux funérailles de la belle fille de Me Abdoulaye Wade. Ce voyage est quand même mal vu par l’opinion. En effet, le contexte est différent de celui de son déplacement pour les funérailles de la douce moitié du vieux Bongo, car là, il s'agissait de l'épouse d'un Chef d'Etat et non d’un fils qui cherche à remplacer son père à la tête de la République.

 

Cependant, pour qui sait l’appui inestimable du président sénégalais aux nouvelles autorités de Conakry, se rendre à Dakar avec une forte délégation ne fera que renforcer les liens déjà scellés au lendemain même de la prise du pouvoir par l’armée.

 

N’eut été donc cet état de fait, du reste singulier, le PM Komara pouvait simplement demander à l'ambassadeur en poste à Dakar de représenter le Peuple et le gouvernement guinéens. Un peu de tolérance, ironise-t-on puisqu’il a bien chaud au pays : manque d’autorité qui se mue en incompétence. C’est ce qui est manifestement faux. Sauf que le pouvoir militaire est bien différent de celui des civils. La compétence sans autorité est aussi impuissante que l'autorité sans compétence. A bon entendeur chahut !

 

 

Thierno Fodé SOW
pour www.guineeactu.com
 

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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