mardi 30 juin 2009
Kabinet Komara ou la rançon de la passivité ?

 Kabinet Komara qui cherchait ses repères dans un environnement - de treillis ou de kaki - aussi détraqué qu’hostile est devenu en effet très indésirable aux yeux du capitaine Moussa Dadis Camara.

 

Aujourd’hui, plus qu’hier, les rapports entre le chef de la junte et son Premier ministre ne sont visiblement plus au beau fixe. Kabinet Komara qui cherchait ses repères dans un environnement - de treillis ou de kaki - aussi détraqué qu’hostile est devenu en effet très indésirable aux yeux du capitaine Moussa Dadis Camara. Le divorce est quasiment consommé. Nonobstant, à y réfléchir, Komara n’aura récolté que ce qu’il a semé : sa passivité et son inattention. Flash-back sur une impossible mitoyenneté !

  

Son heure qui avait failli venir depuis les regrettables soubresauts de janvier et février 2007 avait enfin sonné en ce début d’année 2009. Kabinet Komara 7è PM de la Guinée post révolutionnaire, aussitôt promu au poste de Premier Ministre du CNDD a instantanément rejoint le bercail pour servir son pays, sa patrie. Avec un authentique parfum de rupture avec l’ancien système de gestion administrative et financière. On s’est vite régalé et sans aucune extrême prudence, en espérant secrètement qu’il ne fera jamais partie de ceux qui quitteront le navire en pleine tempête ou de ceux qui vont entretenir l’apathie, en vers et contre tout.

 

 Kabinet Komara souvent appelé par les siens homme de dossier, connaît son pays et les maux qui l’avarient. En mettant alors son équipe en place, ce, après de mûres réflexions et de larges consultations, il est resté dans le starting-block pour entamer le redressement d’une économie anémiée, rassurer la communauté internationale en préparant entre autres les législatives et la présidentielle. La tâche ne devrait point être facile pour ce technocrate de 58 ans en provenance de la Banque africaine d’import-export (Afreximbank), au Caire, où il travaillait depuis 1995.

 

 Deux semaines après sa nomination auront suffi à Komara de mettre en place le 14 janvier, son gouvernement de technocrates, manifestement né aux forceps. Le capitaine Dadis n’aura pas trop cédé quant au choix porté sur les membres du gouvernement. Ce capitaine a imposé 10 militaires dans un gouvernement de 27. Comme le chef l’a voulu, il nommé plein de hauts cadres, à l’époque, à titre provisoire ( ?), avant l’arrivée du PM, pendant son installation et après son installation. Ce PM était pour autant chef du gouvernement. Mais il n’a jamais été consulté pour la nomination d’un quelconque membre du gouvernement. Lequel est d’ailleurs infesté d’homme en uniforme : Economie et finances, Commerce, Santé, Sports (avant), Télécoms, etc. Bref, sans même attendre la formation du gouvernement, la présidence était déjà sur les nominations. Le reste des civiles sont quasiment issus de la diaspora. La marge de manœuvre étant trop petite et figé face à une obligation de résultat, Komara, moins d’une semaine après sa nomination, fait licencier un agent de la Banque centrale coupable dit-on de mauvaise gestion d’un fonds de la BID. Mais c’était sans compter sur l’impossible cohabitation avec Dadis Camara.

  

De toute évidence, l’avènement de cette nouvelle ère avait commencé à consoler les Guinéens. Relativement peu connu par les Guinéens, malgré un poste de ministre des Finances et du Plan entre 1992 et 1995, le nouveau PM, précédé d’une certaine réputation – fonctionnaire à la Banque centrale puis dirigeant de FRIGUIA et de la Compagnie des bauxites de Guinée (CBG) – incarnait somme toute une nouvelle Guinée. Pour cette raison, les Guinéens, à des exceptions près, ont projeté en lui leur espoir et leur rêve. Un rêve de voir par exemple gardés loin les loups derrière la bergerie : les griots, courtisans et autres arrivistes, bandits à col blanc, ces véritables brigands de la République doivent être mis hors d’état de nuire.

 

 Les deux têtes de l’Exécutif font de ce tournant atypique qu’ils vivent, leur marque de fabrique pour une Guinée relookée, riche et idéalisée. Trop ambitieux, trop tôt, commentent à longueur de journée des observateurs. Mais le tandem (peu solide) Komara-Dadis savait que son heure était arrivée. Et il est dorénavant entré dans l’Histoire avec les 30 technocrates dont le PM lui-même, 9 militaires et trois femmes. Ces hommes et femmes constituaient tout l’espoir de la Guinée. On a sifflé donc la fin de la recréation. Aujourd’hui, six mois après, tout s’écroule inexorablement comme un château de cartes. Les rapports PM et chef de la junte sont au plus mal. Le civil est encore victime du déchaînement des passions du militaire. Le banquier ne sait plus à quel saint se vouer.

  

Aux dernières nouvelles, il est en Egypte pour : participer à une rencontre internationale sur les énergies renouvelables ; déposer sa démission au poste de directeur senior du département des services administratifs et patrimoines puis revenir pour servir sa patrie, la Guinée. Mais selon les mauvaises langues, on risque de vivre le même scénario que celui de François Loncény Fall avec Lansana Conté. Certains condamnent Komara d’avoir attendu jusqu’à ce que les choses pourrissent afin de penser à partir. Il avait été désavoué aux premiers jours de sa prise de fonction pour avoir nommé Justin Morel Junior de l’Information comme porte parole du Gouvernement. Depuis qu’il a prêté le flanc, à l’époque, il n’a jamais eu la vie sauve : il s’est vu désavouer avec les récents communiqués autorisant les partis politiques à reprendre du service ; il s’est vu refuser de voyager au profit d’autres cadres de l’Etat ; il s’est fait humilier récemment en se faisant traiter de « gonflé », etc. avant d’être réduit au simple applaudisseur souriant pendant les dadishows et autres rencontres publiques.

  

Komara n’aura payé que le prix de sa passivité (notamment dans la nomination des membres du gouvernement et autres grandes décisions de l’Etat), de son inattention (les vrais intentions du chef de la junte, ses humeurs, etc.). Mais surtout de sa naturelle affabilité. De réelles vertus en somme. Toutefois, pour les uns, Komara n’a eu que ce qu’il mérite : ‘’le renvoi-paître’’. Les autres, cet homme humble s’est voulu être patriote au service de la Guinée. Même au prix de l’humiliation ( ?).

  

Ce qui est certain, les jours de Kabinet Komara semblent comptés à la tête de la Primature, puisque, même recevoir de petites délégations des sociétés minières (aurifères) n’est pas de son ressort. «Komara n’est pas culotté pour recevoir un Directeur d’une zone aurifère sans me tenir informer. (…) S’il se croit super Premier ministre, nous allons mettre de l’eau dans son vin », pour ainsi reprendre les propos stupéfiants du capitaine Dadis Camara. Sidimé, ‘’M. Considérant’’, était-il meilleur que Komara ? A chacun de juger !

  

Thierno Fodé SOW
pour www.guineeactu.com

 

 

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Vos commentaires
Pap BAH, mercredi 1 juillet 2009
Je fais parti de ceux-la qui pense que Komara a voulu etre patriote et servir son pays meme au prix de l`humiliation.Personnellement j`ai honte pour lui et a sa place j`aurai demissionné.Avec des petites personnes complexés comme DADIS il ne faut jamais opter pour la passivité.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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