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Il aura été certainement l’un des cadres les plus humiliés, amoindris, rapetissés, etc. Mais il a continûment préféré plier sans jamais rompre. Aujourd’hui, le temps des adieux forcés a sonné. Kabinet Komara est contraint de partir, avec l’annonce d’un nouveau PM issu des forces vives.
Une sérieuse lassitude a toujours soufflé sur la Primature, rendant son locataire Kabinet Komara profusément mal en point. Malgré cela, l’homme s’est confiné inexorablement dans une pseudo détermination... au nom dit-il, de l’amour pour la Patrie.
Merci quand même pour la patience vieille d’un an et surtout du dos large ayant subi coup sur coup, les affres verbales d’un certain Moussa Dadis Camara. Kabinet Komara n’aura pas voulu démissionner, même pour sauver sa grâce, parce que n’étant « pas culotté ». Seulement voilà que l’arrivée d’un autre PM est envisagée et sa prise de fonction est imminente. L’actuel locataire de la Primature est cette fois-ci contraint de quitter les lieux qu’il occupe - dans un historique contexte de défaitisme rampant - depuis seulement un an. Il parait que ce n’est plus négociable pour ce banquier qui a réussi, parfois avec enthousiasme, à contenir toutes les découles congénitales du chef de la junte Moussa Dadis Camara, le tout aggravé par la défiance subtile de certains membres du gouvernement.
Il nous paraîtra donc bien aberrant de laisser partir cet autre PM impassible, plus que Lamine Sidimé, ‘’le M. Considérant’’ du vieux général Lansana Conté, sans faire un petit retour sur ‘’sa gestion’’. Une gestion souvent réduite à des voyages, à certaines audiences courantes, mais surtout à des béates séances d’applaudissements à chaque fois qu’il y a du Dadishow sur la lucarne joyeuse.
Komara dans le starting-block
Son heure qui avait failli venir depuis les regrettables soubresauts de janvier et février 2007 avait enfin sonné. Kabinet Komara, 7è PM de la Guinée post révolutionnaire, aussitôt promu au poste de Premier ministre du CNDD a instantanément rejoint le bercail pour servir son pays, sa patrie. Avec un authentique parfum de rupture avec l’ancien système de gestion administrative et financière.
De fait, il renvoie en lui les espoirs les plus fous, car précédé d’une certaine réputation. On se régale donc de facto et sans aucune extrême prudence, en espérant secrètement qu’il ne fera jamais partie de ceux qui quitteront le navire en pleine tempête. Cet espoir-là a été vécu. L’homme s’est juré d’accompagner le CNDD. Même au prix du poste à lui confié ! On peut donc déjà lui en remercier.
Kabinet Komara souvent appelé par les siens homme de dossier, connaissait son pays et les maux qui l’avarient. En mettant donc son équipe en place en ce 14 janvier 2009, ce après de mûres réflexions et de larges consultations, il est resté dans le starting-block pour entamer le redressement d’une économie anémiée, rassurer la communauté internationale en préparant entre autres les législatives et la présidentielle. Surtout qu’il n’a, à fortiori aucunement l’ambition affichée, pour devenir le prochain ‘’successeur’’ du Moussa Dadis Camara. La tâche ne devrait être point facile pour ce technocrate de 58 ans en provenance de la Banque africaine d’import-export (Afreximbank), au Caire, où il travaillait depuis 1995.
Voilà néanmoins le gouvernement de technocrates qu’il a dû concocter aux forceps avec le capitaine Dadis Camara. Il ne lui restait plus apparemment qu’à se retrousser les manches et à se mettre au travail. Travail, vous avez dit ? Il est titanesque et devait exiger beaucoup de rigueur, de loyauté, de constance et de patriotisme. Des vertus sacerdotales et d’autres que ne cessait de proclamer le Président du CNDD pour refaire la Guinée et lui donner une réelle éclaircie. Loin du terreau des narcotrafiquants, des « preneurs d’otages », des prédateurs des ressources nationales, etc. Il y avait de quoi s’insurger contre cette kyrielle de profiteurs. Car, l’identité de cette Guinée-là a été de tout temps, gommée, raturée et travestie, au gré des égoïstes intérêts et des humeurs des courtisans « présidentiels » et de leurs acolytes. On rêvait alors de voir l’ère de cette saga tournée à plus jamais. Cependant, cette fois-ci encore c’est raté !
L’avènement de cette nouvelle ère qui devait trancher en effet avec les 50 années de gestion nous consolait de fait de toute l’actualité déprimante de notre ‘’Château d’eau de l’Afrique occidentale’’ et de notre ‘’Scandale géologique’’. Ces slogans – qui collent mal actuellement à la Guinée - que notre pays porte dorénavant sont à ce jour en passe de nous ingurgiter à cause des projets mal ficelés enfantés ces dernières années sous la complicité tacite ou avouée des cadres véreux de la République. Relativement peu connu par les Guinéens, malgré un haut poste au ministère des Finances et du Plan, le nouveau PM, précédé d’une certaine réputation – fonctionnaire à la Banque centrale puis dirigeant de FRIGUIA et de la Compagnie des bauxites de Guinée (CBG) – incarne somme toute une nouvelle Guinée.
Ces réalités et d’autres ne font donc pas de lui le PM le plus conventionnel. Pour cette raison, les Guinéens, à des exceptions près, projetaient en lui leur espoir et leur rêve. Un rêve de voir par exemple gardés loin les loups derrière la bergerie : les griots, courtisans et autres arrivistes, véritables brigands de la République doivent être mis hors d’état de nuire. L’on a fini par découvrir que Kabinet Komara en cachait un autre. Celui de la passivité et du point de chute de toutes les pénitences. Il n’y a pourtant pire suicide que de se tuer à l’œuvre, nous apprend-on.
Des couacs aux humiliations... gaîment subies
Dadis et Komara, les deux têtes de l’exécutif d’alors devraient faire de ce tournant atypique qu’ils vivaient, leur marque de fabrique pour une Guinée relookée, riche et idéalisée. Ce tandem sera vite écorché mais sans jamais se rompre. Nommé en qualité de PM et chef du gouvernement, à priori avec des pouvoirs élargis, Komara s’est vu herbe être coupée à ses pieds : Dadis contre toute attente, nomme Boubacar Barry, symbole d’un népotisme complaisant, puis impose 10 militaires dans un gouvernement de 27 membres.
Pour faire passer adroitement la pilule (avant, pendant et après l’installation du PM) les décrets portaient l’estampille : ‘’Nomination provisoire’’. Un premier camouflet pour Kabinet Komara lequel ne faisait que prendre acte avec sagesse. La marge de manœuvre étant trop petite et figé face à une obligation de résultat, Komara, moins d’une semaine après sa nomination, fait licencier un agent de la Banque centrale coupable dit-on de mauvaise gestion d’un fonds de la BID. On y a cru. Et les autres requins avaient commencé à prendre peur. Le PM lui, pensait fermement que les choses allaient changer plus tard. Le rêve se transforme vite en cauchemar. Il faut tout de même tenir.
Dans cette obsession maladive, il avait été désavoué aux premiers jours de sa prise de fonction pour avoir nommé Justin Morel Junior de l’Information comme porte parole du Gouvernement. « C’est moi qui sait qui doit parler en mon nom et à celui du gouvernement », s’est offusqué le chef de la junte lequel, le soir tombé signe un décret pour justement confirmer JMJ.
Comme si cela ne suffisait pas et connaissant désormais son Président dans ses découles irréparables, le PM invite sans cesse le Capitaine Dadis Camara à s’abstenir de faire des déclarations fracassantes susceptibles de rebuter les investisseurs ou de braquer les bailleurs de fonds. Cette invite tombe dans des oreilles de sourd. Le chef de la junte garde en effet, sa liberté de ton et improvise des discours fleuves et pas toujours dans l’air du temps. Qui ne se souvient pas de ses déclarations agaçantes à l’endroit de la communauté internationale ! Ce monde-là, bien propice à notre Dadis national, Komara a dû se l’approprier à son corps défendant. Puisqu’il n’est pas du tout le sien. Sûr du lien qu'il pense avoir tissé avec les Guinéens – à l’époque il jouissait d’une forte sollicitude -, le Capitaine, lui suit son bonhomme de chemin : soit en narguant la communauté internationale et les bailleurs de fonds, soit les interpellant sur des supposées intoxications dont la junte fait l’objet. La pure paranoïa, quoi !
Depuis donc que le PM a prêté le flanc, à l’époque, il n’a jamais eu la vie sauve : il s’est vu aussi désavouer avec des communiqués autorisant les partis politiques à reprendre du service ; il s’est vu refuser de voyager au profit d’autres cadres de l’Etat ; il s’est fait humilier en se faisant traiter de « gonflé », etc. Cette énième claque, la plus anthologique faisait suite à une audience que Komara avait accordée aux responsables d’une société minière. Et l’irascible capitaine Dadis Camara de dégainer : «Komara n’est pas culotté pour recevoir un Directeur d’une zone aurifère sans me tenir informer. (…) S’il se croit super Premier ministre, nous allons mettre de l’eau dans son vin ». Ce déchaînement des passions fait le tour des téléphones portables et des grands sites Internet. Komara prend peur. Il panse ses plaies et contre toute attente, il se rebiffe. Avant d’être réduit au simple applaudisseur souriant et niais pendant les dadishows et autres rencontres publiques. On a crié sous tous les toits encore que cette fois-ci s’est complètement fini. Les pronostics sont faussés : le PM patriote et sans influence tient encore.
Cette réaction disproportionnée du chef de la junte a déclenché une tempête d’indignation. Rien de plus. Ça a été admis et avalé. Ce PM, lui cherchait manifestement d’autres repères dans un environnement - de treillis ou de kaki - aussi détraqué qu’hostile. Ce qui fait qu’il deviendra de plus en plus très indésirable aux yeux du capitaine Moussa Dadis Camara. Le divorce a été souvent annoncé par les observateurs et autres détracteurs. Mais sans jamais être consommé. Komara plie, mais ne rompt en aucun cas. Dépourvu de plus en plus de tout, il a opté, dans cette impossible mitoyenneté, pour la passivité et l’inattention. Finalement, ce comportement atypique deviendra sa marque de fabrique qui n’émeut plus personne. Pour se faire absoudre d’un préjudice non causé, toujours au nom d’un patriotisme qui n’en était vraiment pas un, le plus passif des PM se rend au Caire...
Démission à Afreximbank du Caire...
On se rappelle qu’il s’était rendu récemment Au Caire, en Egypte pour : participer à une rencontre internationale sur les énergies renouvelables ; déposer sa démission au poste de directeur senior du département des services administratifs et patrimoines puis revenir pour servir sa patrie, la Guinée. Cette réelle volonté de Komara n’a rien changé en Dadis car les deux hommes ont continué à mener une difficile cohabitation. Seulement, après son départ pour l’Egypte, on s’est dit qu’il était en train de suivre un certain Fall. Grosse erreur de jugement. Extrait : « Mon retour au pays est une nouvelle occasion pour moi de m’engager avec tout le patriotisme dont le peuple de Guinée m’a investi. Et je suis très heureux de rentrer au pays.»
A propos des rumeurs faisant état de sa démission, Kabinet Komara a expliqué : « Il y a deux idées qui m’ont traversé en écoutant ces folles rumeurs : soit certains ont mal compris parce que j’ai dit que je démissionnais de l’institution pour laquelle j’ai travaillé depuis 14 ans. Et avant de partir, j’ai remis cette lettre au Chef de l’Etat qui m’a encouragé, qui m’a félicité. Ceux qui ont mal compris, ceux-ci je ne leur en veux pas. D’autre part, il y a ceux qui, volontairement, souhaitent affaiblir l’action du CNDD en pensant que le Chef du gouvernement que je peux quitter le bateau en plein milieu à un moment où le pays est confronté à des défis majeurs. Je crois que ceux-ci, je leur laisse juges de leurs commentaires, de leurs décisions. »
Aujourd’hui donc avec l’annonce d’un PM de consensus issu des forces vives, Komara n’a aucune autre chance à la Primature et même à ses alentours. Car son départ ne semble pas du tout être regretté par nombreux Guinéens et autres acteurs politiques et syndicaux. Mais les marchands d’illusions qui auraient souhaité profiter du champ de ruines laissé par le malade encombrant de Rabat vont certainement pleurer son départ. Surtout s’insurger contre Dadis Camara, les forces vives et tout le bataclan.
On conviendra néanmoins avec Machiavel et la vie courante que « Dans les actions des hommes ce qui l’on considère, c’est le résultat ». Ce qu’a dû oublier Kabinet Komara et qui lui a été fatal c’est bien de savoir qu’avec l’avènement de la nouvelle ère, la Guinée était quasiment devenue un espace pour tout dire et ne rien faire. Juste créer l’évènement : un cirque ridicule en somme où tous ou presque jouaient le clown. Merci quand même M. Komara pour les loyaux services rendus à la Nation !
Thierno Fodé SOW
www.guineeactu.com
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