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La récente visite du chef de l’Etat au ministère de la Justice continue de faire couler beaucoup d’encre et de salive dans le pays. Le capitaine Moussa Dadis Camara s’y était rendu le lundi 26 octobre pour s’enquérir du très sensible dossier des présumés narcotrafiquants. Il n’en a pas fallu davantage pour faire dire à certains, non sans raison, que la séparation des pouvoirs est encore loin d’être une réalité tangible en Guinée.
Dans un Etat de droit digne de ce nom, le principe de séparation des pouvoirs est sacré. Le pouvoir législatif adopte et vote les lois de façon démocratique. Le pouvoir exécutif veille à l’exécution et à l’application correcte desdites lois, dans l’intérêt supérieur de la nation tout entière. Quant au pouvoir judiciaire, il joue librement le rôle d’arbitre impartial en cas de litiges. Mais le triste constat est que, de 1958 à nos jours, la séparation de ces trois pouvoirs n’aura été que théorique en Guinée. Sous la première République, le Responsable suprême de la révolution, feu Ahmed Sékou Touré, avec la bénédiction des caciques de son régime, avait fini par se donner les pouvoirs illimités dans la gestion quotidienne des affaires publiques. Le Législatif, l’Exécutif et le Judicaire se sont concentrés entre les mains d’un seul homme, avec les conséquences dramatiques que tout le monde connaît. Pendant 26 ans, les Guinéens se sont vu imposer un système autoritaire. Ceux qui ont osé ramer à contre-courant de la Révolution globale et multiforme ont été contraints à l’exil ou jetés en prison. Sous la deuxième République, le chef de l’Etat, feu Général Lansana Conté, ne ratait aucune occasion pour rappeler à ses concitoyens, par des propos ou des actes, que la séparation des pouvoirs est toujours restée le cadet de ses soucis. En décembre 2006 par exemple, en pleine journée, il a surpris plus d’un observateur en se rendant personnellement à la Maison centrale de Coronthie pour faire libérer deux de ses proches qui avaient maille à partir avec la justice. « La justice, c’est moi », avait-il lancé par la suite, à la grosse déception des partisans d’une véritable séparation des pouvoirs en Guinée, comme c’est le cas dans bon nombre de pays africains. Avec l’avènement du CNDD au pouvoir, beaucoup ont pensé, naïvement peut-être, que les choses allaient positivement changer dans le secteur stratégique de la justice. Mais hélas, la situation qui prévaut actuellement dans le pays pousse plutôt au scepticisme. Plus d’une fois, la famille judiciaire a eu à « croiser le fer » avec la junte au pouvoir depuis le 23 décembre 2008. La récente visite du chef de l’Etat au ministère de la Justice et à la cour d’Appel de Conakry pour s’intéresser particulièrement au dossier des présumés narcotrafiquants a eu le don de faire sortir les Avocats de leur gond pour dénoncer, sans ambages, ce qu’ils considèrent certainement comme une ingérence de l’Exécutif dans les affaires judicaires. Et de là penser que la séparation des pouvoirs est loin d’être effective en Guinée, il y a un pas que certains observateurs avisés n’hésiteront pas à franchir avec empressement.
Mamy Dioubaté L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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